Accéder au contenu principal

Analyses

Iles Baléares : l’hôtellerie à la fête, des projets à la pelle

L’archipel espagnol des Baléares, destination phare du tourisme balnéaire, connaît un fort succès auprès des clientèles européennes, notamment d’Allemagne et du Royaume-Uni. Connues pour leur littoral, la douceur de leur climat et leur rapport qualité/prix, les îles Baléares sont perçues comme un haut-lieu du tourisme de masse, une image qui tend parfois à leur nuire. Mais l’hôtellerie de la région va connaître un important renouvellement dans les mois à venir, l’amélioration récente des performances d’activité ayant permis de lancer des investissements importants. Comment réagira la demande ?

Baignées par la Méditerranée, les Baléares forment un archipel à l’est des côtes espagnoles, à proximité de la péninsule Ibérique. Communauté indépendante d’Espagne, Las Ilsas Baleares sont composées de 8 îles principales, dominées par l’île de Majorque, qui couvre près de 75% de la superficie de la région et abrite la capitale Palma de Majorque. Minorque ne compte que 695 km², Ibiza 570 km² et Formentera 81 km². Parmi les autres îles de superficie moins importante, on compte Cabrera, Dragonera, Conejera et Espalmador. Les Baléares englobent également une centaine d’îlots, pour la plupart inhabités. Bien qu’appartenant au même archipel et partageant une évolution commune, chacune des îles bénéficie d’une identité propre. Rendues célèbres pendant la seconde moitié du XIXe siècle par le passage orageux de Chopin et Georges Sand, c’est à partir des années 50 que les Baléares s’affirment en tant que destination touristique, jusqu’à se consacrer presque intégralement à cette activité. Les premières infrastructures apparaissent alors, préalables à une large urbanisation du littoral. A l’époque, l’expansion de la destination est favorisée par le développement du transport aérien, la généralisation des congés payés et la main d’œuvre locale bon-marché. Ainsi, l’économie de l’archipel bascule vers le tourisme de masse, qui lui permet une croissance économique considérable et engendre des processus d’urbanisation très denses, particulièrement sur l’île de Majorque.  Le tourisme emploie aujourd’hui 168 000 personnes dans l’archipel, soit 27% des actifs, et engendre directement et indirectement pas moins de 45% du PIB de la communauté autonome.Les Baléares comptent 1 105 180 habitants, soit une densité de 223 habitants au km². Douzième économie régionale d’Espagne, elles enregistrent un PIB de 27 546 M€, dominé par l’activité touristique. En 2015, l’archipel accueillait près de 50 millions de nuitées hôtelières internationales (soit 3,6% de plus qu’en 2014) en faisant la deuxième destination touristique d’Espagne, après les Canaries, auprès de la clientèle étrangère. Pour autant, l’évolution des arrivées sur la décennie 20052015 n’a été que de +1,5% par an en moyenne, en-deçà donc des standards nationaux. Les nuitées accueillies étaient restées dans des proportions comparables entre 2012 et 2015, alors que la plupart des régions espagnoles gagnaient des parts de marché du fait des troubles économiques ou sécuritaires ayant impacté différents marchés internationaux concurrents (notamment sur les rives Sud et Est de la Méditerranée). Les Baléares sont donc un marché solide et établi, mais avec une dynamique de croissance dont le rythme a quelque peu ralenti.Mais 2016 a marqué une rupture importante : les arrivées internationales aux aéroports de l’île ont bondi de près de 12% sur l’année. Cela a permis au taux d’occupation des hôtels de gagner 3,6 points pour atteindre pas moins de 72,7% en moyenne sur l’année 2016, selon les données de l’Observatoire MKG Consulting - OlaKala_destination. Soutenus par cet afflux de clientèle internationale, les prix moyens ont également flambé en 2016 : +13,9%. Le RevPAR des hôtels de l’île s’élève donc aujourd’hui à plus de 92 € TTC en moyenne. Il faut cependant rappeler que, compte tenu de la saisonnalité de la destination, les établissements ne sont pas ouverts toute l’année mais en moyenne pendant 7 mois par an (généralement d’avril à octobre) ; sur 12 mois le chiffre d’affaires dégagé reste donc en-deçà des 20 000 € par chambre.Le marché des Baléares est très dominé par les clientèles allemandes, qui y génèrent 32% des nuitées, et britanniques (27% des nuitées). Plus largement, l’essentiel des nuitées est issu des clientèles européennes : la clientèle domestique n’y représente que 12% des nuitées, et la demande asiatique et nord-américaine, très dynamiques à l’échelle de l’Espagne mais centrée sur les pôles urbains, est marginale dans les Îles Baléares. Compte tenu de cette répartition, les Iles Baléares vont être un intéressant baromètre européen de l’évolution des nuitées estivale en provenance d’un Royaume-Uni qui vient d’amorcer son «Brexit » et surtout subit une importante dévaluation de sa monnaie. Il faut toutefois souligner que le Royaume-Uni avait enregistré une très forte hausse de sa demande en 2016, qui s’est d’ailleurs traduite par l’obtention de taux d’occupation très élevés dans les resorts des Baléares. Cela leur a permis d’enclencher une dynamique de hausse significative de leurs prix, d’autant qu’en parallèle les arrivées touristiques en Turquie (et notamment la région-clé d’Antalya) ont sombré depuis 2016, convergeant avec des destinations d’Afrique du Nord encore largement sinistrées. Or, la Turquie était jusqu’ici l’une des principales destinations soleil de la clientèle allemande, l’autre grand marché-source des Iles Baléares… Plusieurs dynamiques sont donc à l’œuvre sur ce marché hôtelier atypique. Mais les réalités ne sont pas les mêmes sur les différentes îles.Majorque :  entre patrimoine naturel et « baléarisation »Plus grande île de l’archipel, Majorque abrite également sa capitale, Palma de Majorque. L’île est riche de la beauté de ses paysages naturels : plages de sable blanc, eaux limpides, forêts de pins ; criques et falaises, ainsi que d’une offre touristique variée, entre nature et culture. La ville de Palma donne ainsi à voir la seule cathédrale de bord de mer d’Europe et des dédales de ruelles. D’autre part, La Serra de Tramuntana, principal massif montagneux de l’île, a été préservée de l’urbanisation par la création d’une réserve naturelle et a été inscrite au patrimoine mondial de l’humanité de l’UNESCO. Ses terrasses accueillent orangeraies, vignobles, oliveraies, citronnerais et versants abrupts. L’île souffre cependant de sa réputation de « destination de masse », qui fait suite à la large urbanisation de certaines de ses côtes dès les années 50 et au volume considérable de touristes affluant chaque année. L’aéroport de Palma de Mallorca, 3ème d’Espagne, a enregistré plus de 26 millions de passagers en 2016, soit 71% du flux aéroportuaire des Baléares.  A l’image des destinations qu’il dessert, Palma Airport connait un effet de saisonnalité très fort, avec des arrivées groupées entre mai et septembre, et un pic de fréquentation en juillet et en août (dont les flux concentrent chacun 15% du total annuel en 2016). A l’inverse, décembre et janvier sont caractérisés par un très faible trafic (3% et 2% du total annuel).Sous l’effet d’un volume toujours croissant de visiteurs, on observe une montée en gamme générale de l’offre hôtelière, qui tente progressivement de cibler un segment de clientèle plus haut de gamme à travers des rénovations. De nombreuses ouvertures sont attendues sur l’archipel à l’horizon 2017, presque essentiellement positionnées sur le segment 4 et 5 étoiles et avec des volumes relativement larges. Majorque accueille la plus grosse capacité hôtelière des Baléares avec plus de 76000 chambres, soit 75% de l’offre de la région. L’offre y est principalement partagée entre le 3 étoiles et le 4/5 étoiles, qui comptent respectivement plus de 38 000 et près de 34 000 clés. La capacité moyenne d’un établissement y est de 275 chambres : il est ainsi intéressant d’observer que dans ce territoire où la domination du tourisme de masse peut parfois porter préjudice en termes d’image, c’est pourtant ce même vecteur qui a permis l’émergence d’une réelle dynamique de développement local.  Mais afin de se défaire de son image stéréotypée, la destination souhaite aussi revaloriser son patrimoine rural et culturel. Ainsi, en coopération avec 7 autres destinations européennes, Majorque a présenté un programme de tourisme solidaire et participatif, Eurorural Tourism (ERT), à la commission européenne.  Celui-ci proposera, à l’horizon 2017, des séjours participatifs en lien avec la culture et la population locales. Un premier pas vers le repositionnement progressif de son offre ?Ibiza, la festive Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, Ibiza jouit d’une biodiversité luxuriante ainsi que d’un ensemble de biens culturels remarquables. Parmi eux, on compte le parc naturel de Ses Salines, un espace protégé qui comporte une partie terrestre et une partie marine, le site archéologique de Sa Caleta, et la ville haute d’Eivissa, cité phocéenne fortifiée. En plus de ses remarquables fonds marins, l’île bénéficie donc d’un patrimoine historique et culturel préservé.  Mais la destination est avant tout mondialement réputée pour ses nuits endiablées, dont le succès a commencé dès les années 70. Aujourd’hui, les discothèques d’Ibiza, dont les capacités atteignent jusqu’à 3000 personnes, accueillent des DJs internationalement reconnus.  La vie nocturne de l’île est principalement concentrée dans les villages d’Eivissa et San Antonio. Ibiza, qui compte 862 390 habitants, a totalisé plus de 9 millions de nuitées hôtelières en 2016. Le marché est largement dominé par les clientèles britanniques, qui sont à l’origine de 38% des nuitées de l’île, loin devant les allemands (16%) qui y sont nettement moins présents que dans le reste de l’archipel, les italiens (12%) et les espagnols (11%). En 2016, les nuitées hôtelières y ont enregistré une croissance de 6,1% par rapport à l’année précédente et de 11,6% depuis 2012. Concentrée sur le segment loisirs, l’offre d’Ibiza compte 105 établissements hôteliers pour 18 190 chambres, soit un volume moyen de 173 clés par hôtel. Après Majorque, c’est l’autre principal pôle hôtelier des Baléares. La catégorie 3 étoiles est la plus représentée, avec près de la moitié (48%) de l’offre de l’île. Les hôtels classés 4 et 5 étoiles représentent, eux, 36% du parc. Comme évoqué précédemment, Ibiza est essentiellement fréquentée pendant la saison estivale. Cependant, la ville de San Antonio accueille chaque année le Flower Power Festival au mois de janvier, qui permet de dynamiser la fréquentation hivernale. Pendant la haute saison, Ibiza est le théâtre de nombreux événements de portée internationale, notamment la régate Ruta de la Sal, compétition nautique pour embarcations de croisière au mois d’avril, ou le Sommet international de la musique qui rassemble les plus grands professionnels de la scène électronique au mois de mai.Minorque, la préservée Alors que Majorque et Ibiza accueillent 91% des visiteurs des Baléares et regroupent l’immense majorité de l’offre hôtelière, la petite île de Minorque semble être restée à l’écart de l’afflux touristique de l’archipel.  Sa richesse n’en est pas moins importante. En effet, Minorque est considérée comme la plus sauvage des îles des Baléares, et ses paysages ont été préservés de l’urbanisation touristique.  Déclarée « réserve mondiale de la biosphère » par l’UNESCO, l’île regorge de petits villages atypiques et compte 215 km de côtes.  D’intéressants vestiges historiques présentent un intérêt touristique, tel que la vieille ville de Ciutadella, la Naveta dels Tudons (site préhistorique), le port de Mahon ou les petits ports de pécheurs traditionnels. Minorque compte 93 910 habitants et a accueilli 4 659 540 nuitées hôtelières en 2016. Bien que l’île n’engrange pour l’instant que 8% des nuitées de l’archipel des Baléares, le volume de nuitées hôtelières est en forte croissance depuis deux ans : il a en effet enregistré une hausse de 9,8% entre 2014 et 2015, puis de 11,8% entre 2015 et 2016. Cette croissance est globalement portée par la clientèle britannique, à l’origine de 45% des nuitées en 2016. A noter également que Minorque est l’île qui accueille la plus large part de clientèle domestique (19% des nuitées, contre 11% à Ibiza et seulement 6% à Majorque). Ce ratio refléterait-il la recherche de sérénité d’une partie des clientèles espagnoles ? L’aéroport de Minorque, 3ème des Baléares, réunit 9% du trafic de l’archipel, un taux qui est en rapport avec le volume de nuitées qu’accueille l’île. Cette dernière n’échappe pas à l’effet de saisonnalité : en effet, 40% de la fréquentation annuelle est regroupée sur les deux seuls mois de juillet et d’août. Le parc de l’île est relativement restreint (et proportionnel à sa taille), représentant 6% de l’offre des Baléares avec moins de 7 000 clés. Les autres îles de l’archipel ont un parc hôtelier très faible. Constructions et rénovations animent le marché Dans l’ensemble, le marché hôtelier des Baléares reste donc largement concentré à Majorque et Ibiza. Il est en revanche partagé entre de nombreux opérateurs spécialistes du segment « resort ». Près d’une trentaine de groupes offrent plus de 1 000 chambres aux Baléares et la plupart d’entre eux sont espagnols, même si le leader allemand du secteur, TUI, y est logiquement n°1 avec près de 10 000 chambres. Le britannique Thomas Cook (4e) n’est pas en reste avec plus de 5 000 clés aux Baléares, même s’il reste derrière Fiesta Hoteles et Hoteles Globales au classement des principaux opérateurs de l’archipel.Les acteurs locaux et internationaux ayant retrouvé des marges de manœuvre financières compte tenu de la croissance récente des performances, de nombreux projets de construction, conversion et rénovation ont fleuri dans l’archipel (voir notre infographie p87). Par exemple, 3 établissements supplémentaires pour 431 clés 4 étoiles seront opérés sous enseigne All Tours à Majorque à compter de l’été 2017, tandis qu’en parallèle HM Hotels gagnera 3 unités étoiles, soit un gain de 635 chambres pour le groupe. Hiphotels, déjà le 8e groupe hôtelier de l’archipel, va pour sa part ajouter à son portefeuille l’Hipotel Gran Playa de Palma (4* de 368 chambres) et le Playa de Palma Palace Hotel & Spa (5* de 224 chambres).De manière générale l’offre hôtelière semble engagée dans une certaine dynamique de montée en gamme, en témoignent l’ouverture prochaine d’un nouveau 5 étoiles de plus petite capacité, le Grand Hotel Portals Nous (65 chambres) à Majorque et récemment l’ouverture du Blanco Hotel Formentera, le premier 5* de l’île (79 clés). Sans compter les traditionnels resorts de grande capacité, comme le Viva Zafiro Palmanova & Spa (5*, 198 clés) qui ouvrira bientôt ses portes. Mais les constructions, nombreuses, ne doivent pas occulter les importants investissements de renouvellement des produits existants. Cela peut se traduire par une extension, comme au Allsun Christopher Columbus qui va ajouter 40 chambres et rénover de sa terrasse ; le groupe Alltours ciblant par ailleurs une remise à neuf de toutes les chambres du Allsun Riviera Beach (4 étoiles). Sirenis, autre opérateur local, prévoit de rénover 3 de ses établissements aux Baléares, notamment à travers une amélioration des espaces de loisir au Sirenis Seaview Country Club et une rénovation complète des chambres au Sirenis Goleta & Spa d’Ibiza.  Enfin, Bluebay Hotels a investi 20 millions d’euros dans la remise à neuf du Bellevue Club et du Bellevue Lagomonte à Majorque. Le groupe prévoit notamment une modernisation des chambres (changement du design et des meubles), deux nouveaux restaurants à thème, un nouveau snack bar et une rénovation de l’espace de réception.Destination internationale phare, les Baléares disposent de nombreuses infrastructures qui ont contribué à leur succès touristique. Et si l’archipel n’a pas désempli depuis sa mise en tourisme, ce dernier est loin de s’être reposé sur ses lauriers, avec l’objectif de s’adapter aux mutations du secteur et de proposer un produit renouvelé. Comment réagira la demande, alors que le Brexit et les difficultés toujours plus fortes des destinations méditerranéennes concurrentes envoient des signaux divergents ?

Cet article est réservé aux abonnés

Accédez à l'ensemble des contenus et profitez des avantages abonnés

J'en profite

Déjà inscrit ?

Un article

Achetez l'article

Un pack de 10 articles

Achetez le pack
Chargement...

Vous avez consulté 10 articles. Revenir à l'accueil ou en haut de la page.

Accéder à l'article suivant.

Inscrivez-vous pour ajouter des thèmes en favoris. Inscrivez-vous pour ajouter des catégories en favoris. Inscrivez-vous pour ajouter des articles en favoris. Register for free to Vote pour la candidature.

Déjà inscrit ? Déjà inscrit ? Déjà inscrit ? Déjà inscrit ?