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Tendances

Arabie Saoudite : le nouveau pèlerinage des hôteliers

Portée par la fréquentation des pèlerins et des voyageurs d’affaires, le tourisme de l’Arabie Saoudite se développe d’année en année et doit adapter ses infrastructures au nombre grandissant de visiteurs qui se rendent dans la destination, notamment en ce qui concerne l’hôtellerie. Plusieurs défis persistent néanmoins, comme la sévérité des formalités aux frontières du pays, peu ouvertes aux clientèles étrangères, et le rapport qualité/prix des services proposés dans les établissements.

Données clés
  • Population : 26,5 millions habitants
  • Surperficie : 2,1 millions de km2
  • Nombre d'hôtels: 11 023 hôtels en 2013
  • Arrivées touristiques : 13 millions
  • Principaux marchés émetteurs : les pays du Conseil de Coopération du Golfe

L'Arabie Saoudite n'est pas seulement la première puissance économique du Moyen-Orient, mais également le pays le plus aisé du monde arabe. Reposant largement sur l'industrie du pétrole, avec 22% des réserves mondiales, sa situation économique et financière évolue au rythme de l'augmentation continue du prix du baril et ne cesse de progresser depuis plusieurs années. En 2012, le PIB du pays atteignait les 25 700 dollars par habitant, contre 23 500 en 2010, et son taux de croissance s'approchait des 7%. Mais le Royaume ne se repose pas sur ses acquis et oeuvre pour s'assurer un avenir prospère, avec notamment la récente mise en place d'une politique de diversification de ses activités économiques pour réduire sa dépendance à l'industrie pétrolière. En 2012, le secteur représentait 41% du PIB, 87% du revenu des exportations et 91% des recettes budgétaires. Si les secteurs de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de l'industrie sont aujourd'hui devenus une priorité pour les autorités saoudiennes, le tourisme fait également partie du programme de diversification.Nettement dominé par le tourisme, le secteur des services pèse pour près de 38% dans le PIB de l'Arabie Saoudite. L'industrie touristique est d'autant plus importante pour la prospérité du Royaume qu'elle est actuellement le deuxième secteur économique du pays en termes d'emploi pour ses habitants, faisant travailler près d'un millions de Saoudiens au total. Selon le président de la Saudi Commission for Tourism and Antiquities, le Prince Sultan Bin Salman, le secteur devrait devenir le premier employeur national au cours des prochaines années.Les pèlerins en marche pour le tourismeL'Arabie Saoudite s'apprête à accueillir plus de 15 millions de visiteurs d'ici l'année 2014, avec un rythme de croissance de 6,7% par an. Cette progression annoncée de la fréquentation du Royaume est notamment à mettre sur le compte du dynamisme de son tourisme religieux, constituant aujourd'hui le principal motif de voyage pour les visiteurs domestiques comme étrangers. Sur l'ensemble de l'année 2012, quelques 12 millions de fidèles se sont rendus dans le pays pour effectuer le pèlerinage annuel de La Mecque (au mois d'octobre) et celui de la Omra (tout au long de l'année), générant 16,5 milliards de dollars de recettes touristiques. Ces chiffres augmentent d'année en année et plus de six millions de pèlerins, locaux pour la plupart, ont déjà fait le déplacement pour la Omra depuis début 2013, soit 10% à 20% de plus que l'an dernier. "L'activité touristique et hôtelière de l'Arabie Saoudite est sur une courbe croissante, le tourisme domestique poursuivant sa progression au sein du Royaume. On ne peut pas ignorer le poids du tourisme religieux dans l'industrie, étant l'un des piliers du secteur. Les villes saintes de La Mecque et Médine connaissent des développements massifs pour accueillir un nombre croissant de visiteurs, dont la fréquentation résiste aux difficultés économiques régionales et internationales du monde actuel", témoigne Elie Milky, directeur Business Development Moyen-Orient & Afrique pour le groupe Rezidor.Aujourd'hui, le dynamisme du tourisme religieux en Arabie Saoudite repose principalement sur les déplacements des clientèles domestiques. En effet, le gouvernement ne délivre pas de visa touristique mais uniquement des visas "Omra-Plus" aux étrangers résidant dans les états du Conseil de Coopération du Golfe, soit le Bahreïn, le Koweït, Oman, le Qatar et les Emirats Arabes Unis. Une récente décision des autorités d'assouplir les règles, très strictes, d'obtention de visa pourrait néanmoins changer la donne et faire exploser les chiffres du tourisme religieux. La Commission Saoudienne pour le Tourisme et les Antiquités a notamment annoncé sa volonté de délivrer des visas "Omra-Plus" aux étrangers résidant hors du Conseil de Coopération du Golfe s'ils participent aux visites de lieux saints islamiques. La mise en place d'une telle mesure pourrait révolutionner le tourisme dans la destination en ouvrant son accès à toutes les nationalités et en permettant aux pèlerins du monde entier de visiter le pays au-delà des lieux saints traditionnels, pendant une période pouvant s'étendre jusqu'à un mois.Jusque là, seuls les voyageurs d'affaires pouvaient adresser une demande de visa aux autorités du Royaume Saoudien. La mesure annoncée n'est pas pour déplaire aux professionnels du tourisme d'affaires, qui y voient un premier pas vers une ouverture de la destination aux visiteurs étrangers, donc vers un développement plus accru de leur activité, déjà en expansion depuis quelques années. "Il y a une demande croissante sur le secteur du tourisme d'affaires, les entreprises nationales et internationales se bousculant dans le pays pour y conclure des contrats et autres affaires", explique Elie Milky. De manière générale, le gouvernement saoudien a récemment redoublé d'efforts pour devenir une véritable destination touristique, via le renforcement de ses infrastructures. D'importantes sommes ont ainsi été investies pour augmenter la capacité des 27 aéroports du Royaume, au cours des trois prochaines années, et rénover 30 musées et attractions sur le thème de l'Islam dans les principales villes du pays. Le tourisme religieux est le premier concerné par l'amélioration des infrastructures, puisque les autorités ont décidé cette année de réduire temporairement le nombre de fidèles autorisés à effectuer le grand pèlerinage du mois d'octobre (de 20% pour les étrangers et de 50% pour les Saoudiens) afin de réaliser des travaux d'extension de la Mosquée de La Mecque. Cette rénovation devrait permettre d'étendre le site de 400 000 mètres carrés et de porter sa capacité d'accueil à 3,2 millions de personnes, contre 2 millions aujourd'hui. L'objectif du gouvernement est de pouvoir accueillir 88 millions de personnes au total d'ici l'année 2020.L'un des plus grands marchés hôteliers du GolfeAvec les Emirats Arabes Unis, l'Arabie Saoudite dispose du plus grand marché hôtelier de la région du Golfe. Au vu du nombre grandissant de visiteurs qui se rendent chaque année dans la destination, et des prévisions à la hausse en termes de fréquentation du pays pour les années à venir, l'offre hôtelière doit sans cesse s'adapter à la demande. Entre les années 2004 et 2012, le nombre de chambres dans le Royaume a grimpé de plus de 50%, selon le vice-président de l'Investment and Tourism Development de la General Authority for Tourism and Antiquities. Le ministère du Tourisme parle d'un parc hôtelier de 951 hôtels en 2011, représentant 157 430 chambres. La majorité de cette offre se concentre dans la ville de La Mecque, soit 61 319 chambres, suivie par Khobar (12 186 chambres), Jeddah (11 500 chambres), Riyadh (10 514 chambres) et Médine (7 890 chambres). Malgré le renforcement de son offre, l'industrie hôtelière saoudienne reste en mesure de faire progresser ses indicateurs d'année en année. Selon les données récoltées par MKG Hospitality, la tendance est à la hausse pour l'évolution des performances du secteur sur les neuf premiers mois de l'année 2013 : les taux d'occupation et les prix moyens ont progressé de respectivement 0,1 point et 6,1% sur la période, pour atteindre une hausse de 6,3% du Revenu par chambre disponible des hôteliers. Outre le déséquilibre entre l'offre et la demande hôtelière, qui créé un manque de chambres dans certaines régions du pays à plusieurs périodes de l'année, l'une des lacunes actuelles du secteur est la faiblesse des niveaux de services proposés dans un grand nombre d'établissements. Pour y remédier, les autorités ont élaboré un plan de promotion et de développement de l'hébergement touristique dans le pays. Il se penche ainsi sur le manque de services de haute qualité en tentant d'attirer davantage d'investissements et de combler le fossé existant entre les prestations proposées et leur prix. Les projets hôteliers seront donc examinés de près au cours des trois prochaines années par un certain nombre d'entreprises locales en coopération avec des groupes internationaux.Une nouvelle offre en constructionIl faut dire que les projets de développements hôteliers sont nombreux dans le Royaume, qui est actuellement témoin d'un changement sans précédent en termes de volumes d'investissements. "L'Arabie Saoudite est une locomotive pour le reste du monde, étant l'une des économies les plus riches et au développement soutenu. Une large offre de chambres est nécessaire dans le Royaume pour répondre à la demande croissante de tourisme. Il paraît actuellement logique de faire de l'Arabie Saoudite une priorité pour notre développement et de saisir les opportunités qu'elle offre aujourd'hui", explique Elie Milky. Les autorités du pays parlent de 50 000 chambres supplémentaires pour les trois prochaines années, dans les villes majeures et les centres économiques du pays. La Mecque et Médine sont les principales terres d'investissements du Royaume et leur offre hôtelière devrait augmenter de respectivement 18% et 14% au cours des prochaines années, en nombre de chambres. Avec 10 tours en cours de construction, le parc hôtelier de La Mecque devrait prochainement s'agrandir de 24 480 chambres, avec des investissements estimés à près de 4 milliards d'euros. Plusieurs projets ont des dimensions pharaoniques, comme le Jabal Al Kabah hotel qui comptera 8 500 chambres réparties dans six tours. Un second complexe hôtelier Jabal Omar s'étalera sur 15 hectares avec 38 hôtels de catégories différentes sur le même site, totalisant 13 000 chambres. Le montant total des investissements prévu dans l'industrie pour l'année 2020 est estimé à 144 milliards de rials saoudiens (environ 28 milliards euros).Au vu des opportunités qu'offre le marché touristique et hôtelier de l'Arabie Saoudite, un grand nombre de groupes hôteliers internationaux ont fait, ou prévoient de faire, leur entrée dans la destination. L'hôtellerie de chaînes compterait ainsi plus de 85 projets en cours de développement sur le territoire saoudien, représentant l'ajout de plus de 27 000 chambres au parc hôtelier du Royaume : dont plus de 30 établissements à Riyadh, plus de 17 à Jeddah, ou encore plus de 16 à La Mecque. Parmi les groupes hôteliers déjà présents dans la destination, Carlson Rezidor y dispose d'un réseau de six hôtels pour 1 200 chambres en opération. "Au vu de la fréquentation grandissante de la destination, quelle soit étrangère ou nationale, les autorités, investisseurs, consultants et opérateurs observent un besoin croissant de répondre à la demande en développant des hôtels, pas seulement dans les villes principales comme Riyadh, Jeddah, La Mecque ou Médine, mais également dans les villes secondaires comme celle de l'Est du pays : Jizan, Taif, Yanbu... Nous souhaitons également diversifier notre offre avec plus d'établissements moyen et haut de gamme, mais également avec des produits allant des hôtels traditionnels, aux résidences et resorts", explique Elie Milky, directeur Business Development Moyen-Orient & Afrique pour Rezidor. Le groupe souhaite renforcer sa présence sur le marché et a annoncé le développement de deux nouveaux établissements : le Park Inn by Radisson Riyadh de 170 chambres, prévu pour l'année 2016, et le Radisson Blu Hotel Jeddah Al Salamah de 142 chambres, prévu pour l'année 2015. Ces deux nouveaux développements viennent compléter un pipeline de neuf hôtels, représentant 1 700 chambres.Surfant sur la vague du tourisme religieux et des développements pharaoniques, le groupe InterContinental a également entrepris de renforcer sa présence dans la destination, en annonçant notamment l'ouverture d'un hôtel Holiday Inn dans la ville de La Mecque pour l'année 2016. Il ne s'agit cependant pas de n'importe quel établissement mais du plus grand de l'enseigne dans le monde avec pas moins de 1 238 chambres à lui seul. A ce jour, l'Arabie Saoudite est le deuxième marché de Starwood Hotels & Resorts au Moyen Orient, après les Emirats Arabes Unis. Le groupe a d'ailleurs récemment signé un accord avec la société Jabal Omar Development pour le développement de trois établissements en Arabie Saoudite, sous enseignes Sheraton, Westin et Four Point by Sheraton. Avec ces trois nouveaux hôtels, prévus pour ouvrir leurs portes dans la ville de La Mecque en 2015, le groupe disposera d'un réseau de 1 496 chambres dans la ville et plus de 3 000 chambres dans la région. Parmi les autres groupes hôteliers ayant fait de leur développement en Arabie Saoudite une priorité, le groupe Accor prévoit d'ouvrir son troisième hôtel Sofitel dans le pays en 2015, à Jeddah avec 189 chambres, et Melià Hotels International a annoncé la signature d'un accord pour le développement de son premier établissement dans le pays, le Grand Melià Riyad de 252 chambres.Si plusieurs défis sont encore à relever par les professionnels du tourisme sur le marché saoudien, comme "le processus de saoudisation, l'emploi de plus de citoyens saoudiens dans l'industrie du service, et l'amélioration des procédures de visa au frontières (pour le travail comme pour le tourisme)", les autorités sont sur la bonne voie et ont "réalisé des efforts considérables ces dernières années, comme la simplification des procédures administratives ou la mise en place d'une politique d'encouragement à destination des Saoudiens pour les pousser à travailler dans l'industrie hôtelière", explique Elie Milky. Récemment, à la fin du mois d'octobre 2013, le Conseil des ministres du pays a approuvé une nouvelle loi sur le tourisme, dont l'objectif est de donner plus de pouvoir à la Saudi Commision for Tourism and Antiquities. Elle aura ainsi à sa charge la gestion de tous les centres touristiques publics du Royaume et plus de marge de manœuvre pour développer le secteur. Son principal objectif sera d'offrir aux consommateurs de meilleurs services à des prix abordables, soit d'être transparent sur les tarifs hôteliers, les installations d'hébergement touristique, ou encore la qualité des services.

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