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Analyses

#GLF19 | « Il n’y a pas d’un côté l’Homme et la Nature, mais les deux inextricablement liés »

Urgence écologique, urgence sociale et sociétale. Quels rôles l’industrie du tourisme peut-elle jouer dans ces problématiques mondiales ? Quels bénéfices concrets retirer d’une politique de développement durable ? Quels impacts sur la gestion des unités d’hébergement ? Intervention de Nicolas Dubreuil, Director of Expedition Cruises and Sustainability pour PONANT et discussion entre Diego Harari, Directeur de l’Innovation et du Développement Durable, VINCI et Arnaud Herrmann, Directeur Développement Durable chez Accor.

L’URGENCE ÉCOLOGIQUE PAR NICOLAS DUBREUIL

On m’a demandé de vous parler de l’urgence climatique et écologique. C’est compliqué. C’est un sujet devenu barbant. Alors je vais plutôt le prendre via le sujet de l’expérience. Je vis au Groenland, dans une maison sans eau courante. Ma vie : c’est un monde d’aventure où elle a été tournée.

J’ai été au Pôle Nord en ski. J’ai grandi à Gennevilliers, dans une grande barre. C’est loin de ma vie aujourd’hui. J’avais une vision de la nature nourricière, protectrice… Et je suis parti à 18 ans à Vancouver. Avec un Kayak, pour remonter jusqu’au nord. Evidemment 3 mois d’enfer, car j’ai été confronté à la vraie Nature, pas la Nature fantasmée. Je suis passé par des zones blanches, dans des endroits non cartographié.

Là, la Nature passe de la mère nourricière à l’Enfer. Aujourd’hui avec mes 150 expéditions, j’ai découvert : l’homme pardonne parfois, dieu toujours, la nature ne pardonne jamais. La nature on ne peut pas la dominer.

J’ai découvert les autochtones, les gens qui vivent au Nord, dans le Groenland. Ils vivent dans des lieux où la nature les domine et ils savent se mettre à son niveau. J’ai découvert ce lien intime qui nous lie à la nature. Il n’y a pas d’un côté l’Homme et la Nature, mais les deux inextricablement liés. C’est cela que l’on fait chez Ponant, on amène les gens dans la vraie nature, la nature dure et vierge.

Il y a un vrai décalage entre les réalités du terrain et les images qui sont transmises aux hommes. Une vision d’un ours polaire famélique n’a rien d’exceptionnel à l’arrivée du printemps quand la femelle a passé l’hiver à nourrir ses petits. Avec des images déformées des besoins et des vraies urgences, on ne s’attaque pas aux vrais problèmes.

Voici un proverbe inuit que je souhaite partager avec vous : « Seul le temps et la glace sont maîtres. »

UN CONSTRUCTEUR ET UN OPÉRATEUR : QUELLES VISIONS ONT-ILS DU DÉVELOPPEMENT DURABLE ?

Avec Diego Harari, Directeur de l’Innovation et du Développement Durable, VINCI et Arnaud Herrmann, Directeur Développement Durable chez Accor.

Qu’est-ce le développement durable ? Comment a-t-il évolué ? Quels sont ces enjeux principaux ?

Arnaud Herrmann : Aujourd’hui on n’a plus besoin de définir le développement durable. Depuis 18 mois il y a eu du changement, notamment à la suite des Accords de Paris. Il y a aussi le changement de regard de la société civile. Aujourd’hui le développement durable qui était en périphérie est devenu central. On se rend compte qu’on n’a pas le choix : il faut le mettre au centre. Le développement durable est partout, au centre et à l’origine de toutes nos idées et de nos conceptions.

Le développement durable : sur l’efficacité des chantiers ?

Diego Harari : Sur le côté promoteur, la réglementation sur le bâtiment avec ce qui est thermique. Il y a eu des changements. Mais nous allons encore plus loin avec notre Building Information Modeling (BIM), nous optimisons la conception et son suivi grâce aux technologies. Nous mettons en place des outils d’anticipation du chantier, de gagner du temps et de la qualité sur nos chantiers.

Au niveau des clients est-ce reconnu cette prise en charge du développement durable ?

A. Herrmann : Aujourd’hui, non. Les pratiques sont trop peu déployées pour le moment, mais c’est très promoteur. Ne serait-ce que pour l’optimisation des actifs avec le traitement de l’énergie. On se rend compte que le développement durable améliore l’expérience client aussi : cela permet de prévenir les fuites par exemple. Et puis ça fait le lien entre le digital et l’hôtel : un bâtiment durable c’est aussi celui où on ouvre sa porte avec son smartphone.

Des réglementations particulières pour le recyclage ?

D. Harari : Sur le mobilier non. Sur la construction oui. Pour ne pas rompre la chaine assurantielle quand il y a des matériaux non neuf, c’est très compliqué.

Pourtant c’est une attente client non ?

A. Herrmann : Oui, prenez la marque Greet. Sur l’entrée de gamme, la notion de réemploie est centrale dans le design. Surtout car cela n’apporte que des solutions gagnantes : mobilier à moindre coût, des bénéfices environnementaux, des économies, y compris en traitement des déchets et puis cela envoie des signaux à la clientèle qui est sensible à cette problématique. Surtout si c’est visible : plus c’est visible, puis cela rejaillit sur les marques.

Comment travaillez-vous avec le Plan Climat dans une ville comme Paris ?

D. Harari : Paris est un défi technique. Le Plan Climat de la ville n’a pas été pensé pour des hôtels, mais pour les résidences. D’où des problèmes. Il a fallu beaucoup discuter avec les services de la ville.

A. Herrmann : Spontanément c’est la dimension énergétique qui est au centre. Puis la dimension mobilier : l’hôtel peut être point de recharge pour les voitures électriques. Puis il y a le problème de l’alimentation : comment réduire l’emprunte carbone de la chaine alimentaire ? Avec ce schéma très centralisé sur Rungis. Comment transformer la chaine agricole de base qui est très polluante ? On se rend compte que le rural et l’urbain sont très liés, notamment dans l’hôtellerie et la restauration.

Quels sont les principales évolutions en termes de consommation d’électricité ?

D. Harari : Pour les hôteliers, l’énergie est un gros poste de dépense, d’où de nombreuses discussions et enjeux. On créer des capteurs pour mieux optimiser les systèmes et la consommation. La consommation du bâtiment est au centre en fait des dépenses. Aujourd’hui on cherche la récupération de l’énergie, notamment sur l’eau chaude, pour limiter la facture à la fin du mois.

Quelles sont les sphères qui pourraient être plus efficaces ?

A. Herrmann : Il y a une très bonne adéquation entre les enjeux et les charges de l’hôtel : l’énergie, l’alimentation, tout cela c’est dans le compte de résultat. Donc réduire son emprunte, c’est aussi améliorer ses comptes d’exploitation. Par exemple sur le gaspillage alimentaire on s’aperçoit qu’il y a encore beaucoup de gâchis, non pas que les chefs travaillent mal, mais parce qu’on ne mesure pas bien ce qu’on utilise. Autre exemple : la blanchisserie, qui a beaucoup d’impact. On peut tout à fait proposer au client moins de draps et de serviettes. Surtout qu’elles sont toutes nettoyées après le passage du client, alors qu’il en a utiliser qu’une.

Est-ce que vous allez intégrer la gestion du client dans le bâtiment ?

D. Harari : Le bâtiment va forcément influencer le comportement du consommateur. C’est difficile en hôtellerie. La seule chose que l’on peut faire, c’est de la sensibilisation. Installer des matériaux visibles, comme du bois, peut sensibiliser les clients à ces évolutions de la société.

Est-ce que le développement durable est perçu comme clef par le client cadre qui vient dans un établissement de luxe ?

A. Herrmann : Dans les faits, ce n’est pas un critère d’achat et de choix de la marque. Mais c’est en train de changer. Notre enjeu, c’est d’accompagner le client pour lui faire comprendre qu’il peut tout à fait préserver son niveau de confort en restant respectueux de l’environnement. Exemple : la réduction des flacons en plastique des shampooings et des gels douches au sein de la marque Raffles. On a fait des études qui montrent que les consommateurs sont prêts à le faire. Mais le changement est toujours compliqué. Il faut savoir expliquer, sans juger, l’importance de se comporter autrement.

D. Harari : Dans le B2B, ce ne sont pas les mêmes problématiques. Les choses ont bien changé en quinze ans. En amont, notre chaine de valeur est attendu par les collectivités et en aval, les acquéreurs des murs attentent les labels qui font le lien entre l’investissement vert et le bâtiment vert.

Est-ce que la neutralité Carbonne est possible dans l’hôtellerie ?

A. Herrmann : On le vise. La vraie question, c’est à quelle échéance. Les difficultés ne sont même pas techniques. Aujourd’hui, on saurait faire des bâtiments neutres en Carbonne. Mais il y a un enjeu de rénovation qui est beaucoup plus important que l’enjeu de construction. Et puis il y a toutes les émissions qui ne sont pas directement contrôlées par le groupe. Exemple : l’alimentation ou le fournisseur d’électricité. Beaucoup d’éléments sont à mutualiser.

D. Harari : Il y a déjà eu une division par deux des bâtiments neufs à la suite de toutes ses réglementations thermiques. On présage encore une division par deux, mais le bâtiment neutre en Carbonne n’existe pas. On peut réduire, réduire, réduire mais si on ne fait pas de la compensation, on n’arrive jamais à la neutralité. Mais là encore, c’est surtout la réhabilitation qui est le vrai enjeu. Améliorer la performance d’un bâtiment ancien à un bâtiment neuf va participer à cette transition.

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