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Analyses

Rouen, L’autre ville sur la Seine

Du haut de son demi-million d’habitants, la préfecture de Normandie connaît de belles évolutions touristiques ces dernières années. Véritable musée à ciel ouvert, Rouen s’impose progressivement comme une destination qui sait faire valoir ses atouts sans pour autant perdre son ancrage traditionnel, celui d’une bourgade d’artisans figée dans le temps. Et si cent-trente kilomètres la séparent de la capitale, elle espère à terme s’imposer comme « l’autre ville sur la Seine ».

Rouen se trouve en remontant le cours de la Seine, au nord-ouest de Paris. Capitale de la région Normandie, son économie repose notamment sur ses activités portuaires et son industrie textile ; on y retrouve également de nombreux artisans, qui mettent en avant leur savoir-faire au cours de la Grande Braderie d’automne, chaque année. Rouen est bien desservie par plusieurs aéroports à proximité (Rouen, Deauville, Caen) et n’est située qu’à une heure et quart de train de Paris.

Par ailleurs, la cité est labellisée « ville d’art et d’histoire » et pour cause : dévastée par les Vikings, envahie par les Prussiens, bombardée pendant la seconde guerre mondiale, elle a été le théâtre de nombreux conflits au cours de son histoire. Le patrimoine historique qui a survécu jusqu’à nos jours est plébiscité par les visiteurs de Rouen, à commencer par sa Cathédrale Notre-Dame, l’Abbatiale Saint-Ouen ainsi que la vieille ville, s’étendant le long de la rue du Gros Horloge. La ville normande s’est aussi auto-proclamée « pays de l’impressionnisme » depuis les visites de Manet, Turner, Gauguin ou encore Pissarro : le street art y prend même parfois des tournures impressionnistes.

Mais ce ne sont pas uniquement musées et églises qui composent les atouts de « la ville aux cent clochers ». Les initiatives locales cherchent à remettre ce patrimoine au goût du jour, à l’entretenir, voire à le moderniser. Sur place a récemment ouvert le Panorama XXL, qui projette des paysages à 360° allant jusqu’à 32 mètres de hauteur, permettant (notamment) de modéliser la ville à d’autres époques, comme au XVème siècle, lorsque Jeanne d’Arc finissait ses jours sur le bûcher de Rouen. De même, un véritable symbole de la ville est l’Armada, un rassemblement unique de voiliers dans son port, tous les cinq ans. Lors de sa dernière édition, en 2013, l’événement avait rassemblé plusieurs millions de visiteurs, générant 12 400 chambres hôtelières occupées de plus, selon l’Insee.

Preuve de son succès, la cité portuaire a accueilli en mars 2017 le Salon International du Tourisme, attirant ainsi plusieurs centaines de professionnels internationaux. L’occasion rêvée de promouvoir le terroir local, car les visiteurs de la ville se contentent souvent du minimum. Ainsi, la métropole Rouen-Normandie avance une durée moyenne de séjour de 1,51 jours en 2015, avec des touristes qui se pressent à la Cathédrale (près d’un million et demi de visites) mais ne soutiennent que partiellement les nuitées hôtelières dans la ville (environ 970 000 en 2015).

Son parc hôtelier est pourtant relativement dense : on y retrouve plusieurs acteurs majeurs, notamment AccorHotels qui y exploite 14 établissements, et Louvre Hotels. L’offre d’hébergement est cependant peu diversifiée, puisqu’elle regroupe une grande majorité de chaînes économiques (ibis, hôtelF1) ou moyen de gamme (B&B, Mercure, Novotel). Plusieurs hôtels de luxe sont en cours d’implantation sur le territoire : le Palais des Consuls, l’hôtel Matmut doivent voir le jour en 2021, tandis qu’un Radisson Blu prévu pour 2015 n’est pas encore sorti de terre. Ce dernier avait en effet suscité la colère des Rouennais, car son implantation avait été jugée menaçante pour le patrimoine historique de la cité. Le dense tissu hôtelier, plutôt orienté sur les segments de gamme économiques, est de plus concurrencé par les particuliers : Airbnb dispose de plus de 900 logements listés sur sa plateforme, en hausse de plus de 50% depuis l’an dernier.

  Notre-Dame de Rouen

Les indicateurs hôteliers témoignent pourtant d’une montée en puissance de la cité normande. Sur la première moitié de l’année 2017, le parc hôtelier de chaînes rouennais affiche un RevPAR (revenu par chambre disponible) en hausse de 13,4% par rapport à la même période deux ans plus tôt. Conséquence de prix moyens qui augmentent légèrement et d’une fréquentation qui s’améliore, à plus de 65% de moyenne cette année. Les performances de la ville creusent l’écart en hors-saison, ce qui colle avec le choix de séjours courts et la croissance d’Airbnb sur place, privilégié pour les « city breaks ». D’autres villes françaises, comme Bordeaux, ont amorcé leur succès touristique et l’appel à la clientèle internationale en se caractérisant comme des destinations privilégiées pour des séjours courts ou des week-ends à l’étranger.

Justement, un autre enjeu qui apparaît prépondérant pour faire de la ville une destination d’échelle européenne est l’accueil de la clientèle internationale. En 2015, la métropole Rouen-Normandie rapporte que 72% des nuitées hôtelières sont réservées par des Français, suivis des Britanniques, des Allemands et des Japonais. Boudée faute de sa réputation d’une ville à la mauvaise météo qui lui colle à la peau, Rouen adapte sa communication. L’office de tourisme local présente sur son site web une page consacrée aux activités d’intérieur, brillamment intitulée « Que faire sous la pluie à Rouen ? » et listant musées, points de restauration et sites touristiques.

Enfin, si la cité normande se positionne en grande partie sur le segment loisirs, ses dernières orientations laissent à penser qu’elle ambitionne de séduire les voyageurs d’affaires. L’aménagement de la ville est en marche, porté notamment par l’écoquartier Flaubert et le plan de déplacements urbains, visant à valoriser la ville et ses environs. La rénovation du Parc des Expositions de Rouen, en 2015, ainsi que le développement de la gare et des lignes ferroviaires (notamment la connexion avec Paris) et aériennes (liaison entre Rouen et Lyon inaugurée cet été) poussent en faveur de l’attractivité du territoire. Toutefois, l’abandon de la construction d’un nouveau palais des congrès, projet porté par la Matmut depuis 2012 et estimé à 80 millions d’euros (il doit maintenant être remplacé par un hôtel de luxe), témoigne de la fragilité des ambitions rouennaises.

La normande, finalement, navigue entre l’image d’une ville millénaire, berceau de traditions et d’authenticité, et celle d’une cité moderne, urbaine, ouverte aux visiteurs internationaux et aux voyageurs d’affaires. Reste à voir si les performances touristiques et hôtelières qu’elle enregistre ces dernières années pourront lui permettre de ne pas avoir à choisir un camp.

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