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Entretiens

[Podcast] "Il a fallu plusieurs semaines pour qu’il y ait une réelle prise de conscience"

Entretien avec Michel Durrieu Directeur Général du Comité Régional du Tourisme Nouvelle Aquitaine. Conseiller spécial du secrétaire général de l’OMT sur les sujets de développement durable et développement territorial. Quel impact de la crise en Nouvelle Aquitaine, quel devenir pour la destination ?

Entretien avec Michel Durieux

Michel Durieux Directeur Général du comité régional du tourisme nouvelle aquitaine. Conseiller spécial du secrétaire général de l’OMT sur les sujets de développement durable et développement territorial. Quel impact de la crise en Nouvelle Aquitaine, quel devenir pour la destination ?

Que représente le tourisme pour la Nouvelle Aquitaine ?

C’est le premier segment économique de la région devant l’agriculture et devant l’aéronautique. Cela représente 18 milliards d’euros de revenus touristiques soit 144 000 emplois. Nous recevons 32 000 000 de touristes et cela représente 9 % du PIB régional.

Vous recevez 4 000 000 d’étrangers quelles conséquences de la crise sur vos destinations ?

Nous allons clairement avoir une problématique. Le déconfinement va être très long avec des frontières qui vont rester fermées longtemps. Le tourisme étranger va être très fortement impacté. Nous estimons la perte supérieure à 60 % pour les clientèles étrangères sur l’ensemble de l’année. Il y aura également clairement un impact pour le Pays Basque puisque la frontière espagnole risque de ne pas être très fluide.

Comment le CRT Nouvelle Aquitaine accompagne-t-il les professionnels du secteur ?

Il y a eu une période de sensibilisation des acteurs. Au départ ils n’étaient pas conscients de la gravité de la situation. Il a fallu plusieurs semaines pour qu’il y ait une réelle prise de conscience. Il a fallu donner des informations, pour voir la gravité de la crise sanitaire et de la crise économique. Donc de l’impact que ça allait avoir sur le tourisme. Nous avons dit très tôt, qu’il n’y aurait pas de mois d’avril ni de ponts. C’était un discours très difficile à porter.

Nous avons informé les professionnels qu’il y aurait des choix économiques à faire, qu’il allait falloir adapter l’offre. Nous les avons invités à y réfléchir ensemble. Nous leur avons expliqué qu’il fallait commencer à penser à l’annulation des événements. Certains ont résisté.

Il y a ensuite eu des aides financières de la région pour compléter les aides de l’état.

Il fallait arrêter d’avoir une communication traditionnelle durant cette période. C’est tout cet accompagnement que nous avons mis en œuvre.

Quel rôle joue le CRT Nouvelle Aquitaine dans le travail de concertation au sein d’ADN Tourisme ?

C’est un travail d’équipe. Il y a des réflexions communes aux offices de tourisme et aux départements. Cela permet une cohérence dans ce qui est fait. Il y aura beaucoup plus de travail dans les semaines à venir. Nous aurons besoin d’une observation commune de l’évolution post Covid 19. Nous aurons besoin de connaître les attentes des touristes. Ce sont des sujets qui sont historiquement gérés par les CRT. ADN tourisme permettra d’avoir un dialogue direct avec le gouvernement.

[…]

Le secteur du tourisme est certainement celui qui va être le plus impacté. C’est celui qui sera le plus demandeur des aides proposées. Que ce soit le chômage technique où les aides de trésorerie.

Qu’attendez-vous du gouvernement et du travail mené avec le Comité de Filière ?

J’ai été pendant trois ans directeur du tourisme, au Ministère des affaires étrangères. […] Nous espérons beaucoup de ces réunions. Il faut y aller motiver et avec tous les arguments. Il faut également écouter ce qui est transmis. Il y a beaucoup d’informations qui sont attendues. […] On attend de ce comité de filières les premières indications sur comment on va déconfiner le tourisme. Le Président de la République a indiqué que le 11 mai nos structures touristiques seraient toujours fermées. Il a également indiqué que les grands événements et les grandes réunions seraient interdits jusqu’à mi-juillet. […] les hôtels, les campings, les activités touristiques, nous espérons qu’ils seront ouverts très tôt après le 11 mai. Le comité de filières et une bonne structure pour pouvoir aborder ces sujets.

Comment envisagez-vous la reprise en région Nouvelle Aquitaine ?

La Nouvelle Aquitaine est la première destination des français. Nous avons une très grande fidélité des clientèles françaises. […] Il y a 50 % des français qui iront toujours au même endroit en vacances. Il y a 50 % des français qui se baigneront toujours sur la même plage. On peut estimer que les français cette année continueront à venir en Nouvelle Aquitaine.

Il va y avoir des contraintes de transport. De nombreux français ont été touchés par la maladie. Le chômage technique aura un impact économique et sur les ménages. Les 16% de perte de salaire, correspondent au budget loisirs et vacances des français. Il y aura donc un impact certain. Les gens vont vouloir visiter leurs familles avant de partir en vacances.

Nous attendons tout d’abord en Nouvelle Aquitaine beaucoup de solidarité. Nous avons lancé très tôt la communication Solidarité Tourisme, juste avant l’annonce du confinement. Nous avons été la première région à dire Rester chez vous. Nous nous sommes associés à l’OMT, qui en parallèle disait : Voyagez Demain. […] Nous avons également fait remonter les actions de solidarité des professionnels du secteur. […] Nous allons maintenant demander une certaine solidarité des français, notamment ceux qui ont l’habitude de venir sur nos destinations. […] Cette situation va obliger à beaucoup de solidarité.

Le CDT Béarn Pays Basque a mis en place l’opération Le Repos des Héros

Une très belle opération du département des Pyrénées Atlantiques, cela inclut Pau Béarn. Plus de 200 familles de professionnels de la santé, vont avoir la possibilité de séjourner sur le territoire. Je pense qu’il y aura beaucoup d’autres initiatives de ce type sur le territoire et en France. Il est important de reconnaître ce qui a été fait par tous les personnels qui sont en contact avec la population. […]

Comment imaginez-vous que l’on consommera le tourisme demain ?

Il y avait déjà une évolution qui avait commencé. Il y avait des signaux faibles. On parlait de tourisme durable, de limiter l’impact du tourisme sur le réchauffement climatique. Il avait ces réflexions, ces avancées, ces politiques qui se mettaient en place. En région Nouvelle Aquitaine, le schéma de développement touristique régional avait intégré cette volonté de tourisme durable.

Au niveau de l’OMT, l’année 2019 était l’année du tourisme durable. On estimait qu’il fallait 10 à 15 ans pour réaliser cette transformation. La première réalité, c’est que cette évolution on va devoir la faire entre un et cinq ans. Il y a un avant et un après Covid 19. Nous allons devoir faire cette transition très rapidement. Le tourisme durable, c’est environnemental, économique et social. Nous allons rapidement constater dans cette crise, que le tourisme touche énormément de population en termes d’emplois. Il a un poids économique est très important. Il va falloir faire du tourisme durable économiquement soutenable. Comment allons-nous pouvoir financer toutes ces évolutions et à quelle vitesse allons-nous pouvoir les faire ? La grosse difficulté pour les acteurs du tourisme actuellement, c’est une perte de trésorerie et une perte d’activité. Il va falloir tenir une période longue avant le rétablissement de la trésorerie. Les professionnels vont être obligés en plus, de financer cette transition. Il va falloir repenser les modèles économiques pour financer cette transition.

Il va falloir observer les évolutions dans les attentes des touristes. […] Il y aura clairement une évolution sur les transports aériens. Les compagnies aériennes disent qu’elles ne reviendront pas à 50 % de leur capacité d’ici la fin de l’année. C’est un impact colossal. Nous verrons aussi l’impact sur Airbus et sur Boeing. Les avions vont devoir évoluer. Nous avions déjà la technologie pour faire voler des avions à l’hydrogène. Les investissements étaient tellement importants, qu’on ne le mettait pas en place. […] Notre mobilité va changer. On risque de se déplacer plus dans un rayon de 2/3 heures. Il y aura moins de longs courriers dans un premier temps.

Il y aura une très forte évolution en termes d’hébergement. Des infrastructures plus petites, plus ouvertes, avec des espaces communs moins restreints. On risque d’aller plus sur le camping. Le Camping en France, c’est la première capacité d’hébergement touristique. Le camping en Nouvelles Aquitaine, c’est la première capacité de France. […] A l’inverse de la tendance de ces dernières années, on risque d’avoir des campings moins denses. Pour aller vers le glamping, le camping glamour. Des structures plus petites, avec moins de densification, qui intègrent la partie environnementale. […]

Le tourisme et les voyages ont commencé à l’époque de la préhistoire. […] L’humanité a toujours organisé des voyages. […] on a accéléré les modes de déplacement, on est allé de plus en plus vite de plus en plus loin. Maintenant, nous allons peut-être revoir cela pour revenir à des choses beaucoup plus simples. Le tourisme va continuer. Pour le tourisme d’affaires, il faut redémarrer une certaine économie qui va évoluer. On dit que le tourisme d’affaires est anti cyclique. Il anticipe les crises et redémarre plus tôt. […] Tant que le tourisme d’affaires ne redémarrera pas, malheureusement cela voudra dire que nous sommes toujours en crise.

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