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Enquêtes

Paris Île-de-France, une destination polymorphe et résiliente [2/2]

Le développement de filières touristiques à thématiques fortes est un réel facteur de fédération des acteurs, de structuration de l’offre et de promotion des destinations et produits concernés. Plusieurs thématiques sont mises en avant par les collectivités territoriales.

DES FILIÈRES THÉMATIQUES POUR STRUCTURER L’OFFRE ET RÉPARTIR LES FLUX

Tourisme lié à l’histoire qui a marqué la destination (Louis XIV et le Château de Versailles, Napoléon, 1ère Guerre Mondiale) un vecteur d’attractivité pour les clientèles étrangères notamment.

  • La gastronomie qui s’adresse aux Franciliens, au Français et aux amateurs européens.
  • Ou encore le tourisme au vert, l’itinérance, le shopping.

La première thématique forte à avoir été travaillée pour structurer l’offre fut celle de l’Impressionnisme, née d’un Contrat de Destination signé entre les régions Île-de-France et Normandie, une logique de territoire vue sous un angle différent où l’on colle à une destination en dehors de ses limites administratives. De Moret sur Loing au Havre, les paysages immortalisés par les peintres Impressionnistes offrent des opportunités de promotion et de développement de l’offre. Graph1

L’impressionnisme est un marqueur culturel et artistique fort de la destination France et des destinations Normandie et Paris Île-de-France. Les produits touristiques liés à cette thématique attirent une clientèle de curieux, de nostalgiques, de rêveurs et de passionnés sur les traces de peintres emblématiques comme Monet, Van Gogh ou encore Pissarro et Renoir qui ont marqué de leur empreinte et figé dans le temps des paysages franciliens et normands encore préservés. Cette thématique attire, fidélise et émerveille des catégories de clientèles à forte valeur ajoutée pour les territoires concernés.

10 ans après la tenue du premier Festival Normandie Impressionnisme qui regroupait 1 million de visiteurs, 5 ans de travaux communs ont été consacrés à :

  • Recenser et mieux structurer l’offre existante, la développer.
  • Multiplier les synergies.
  • Définir une identité pour cette destination.
  • Dresser les contours d’une stratégie marketing commune.

Ce cadre de travail commun rassemble :

  • L’Etat, Atout France, les deux Régions Ile-de-France et Normandie ;
  • Les deux Comités Régionaux de Tourisme de Normandie et de Paris Ile-de-France ;
  • Quatre Conseils Départementaux : Calvados, Eure, Manche, Seine-Maritime ;
  • Trois intercommunalités à cheval sur les deux régions, douze villes, neuf Comités Départementaux de Tourisme et agences d’attractivités ;
  • Sept musées, sites et collections ;
  • Quatre structures d’information et d’animation ;
  • Une Chambre de commerce ;
  • Quatre entreprises privées.

Un large spectre d’acteurs fédérés autour d’une thématique structurante qui a vu naitre de nouvelles offres. 2024

 

DES ÉCHÉANCES INTERNATIONALES QUI AIGUILLONNENT L’ÉVOLUTION DE LA DESTINATION

Paris et l’Île-de-France accueilleront en 2023 et 2024 deux grandes compétitions internationales. La première est la Coupe du Monde de Rugby du 8 septembre au 21 octobre 2023, compétition qui amènera de l’activité dans les neuf villes hôtes qui accueilleront les matchs et les 20 équipes. Bordeaux, Le Grand Paris et le Stade de France, à Saint-Denis, Lyon, Marseille, Nantes, Nice, Toulouse, Saint-Etienne et Villeneuve-d'Ascq pourront s’attendre à un marché saturé durant les périodes de matchs et à un RevPAR conséquent. L’offre d’hébergements collaboratifs sera néanmoins à surveiller. L’Île-de-France avec la tenue de matchs au Stade de France pourra bénéficier de la présence des joueurs, du staff mais aussi des supporters français et étrangers pour remplir ses hébergements, bars et restaurants.

Autre événement international à fortes répercussions, les Jeux Olympiques et Paralympiques du 26 juillet au 11 août 2024 accueillis en Île-de-France. Les épreuves se tiendront depuis la colline d’Elancourt à l’ouest pour le VTT, jusqu’à l’Île de Loisirs de Vaires sur Marne à l’est pour les épreuves en eau vive. Au nord le centre aquatique d’Aulnay-sous-Bois accueillera les entrainements de natation.

La destination sera transformée dans certaines de ses composantes, y compris pour ses habitants qui pourront ensuite bénéficier des installations déployées pour la compétition comme le Cluster des médias à cheval sur les communes de Dugny, du Bourget et de la Courneuve, ou encore le Village des athlètes construit sur les communes de Saint-Denis, Saint-Ouen-sur- Seine et L’Île-Saint-Denis.

Ces infrastructures sont adossées à un projet de grande envergure, qui n’en finit pas de faire parler de lui : le Grand Paris Express. L’arrivée du hub Noisy Champs à l’est devrait rapprocher les épreuves d’eau de la Capitale, tout comme l’amélioration des connexions aéroportuaires devrait modifier l’expérience des visiteurs internationaux qui arrivent à destination par avion. L’accessibilité internationale de Paris et de sa région est en effet l’un des points noirs de la satisfaction client, que ce soit au niveau des transports en communs ou des taxis avec des niveaux de services qui sont loin de se rapprocher des standards d’autres destinations métropolitaines européennes.

Ces deux événements mondiaux sont une réelle fenêtre de visibilité pour la destination à l’international et une occasion de redonner envie de venir à Paris et en Île-de-France. Ce sont aussi des événements fédérateurs pour les professionnels de la destination, pour travailler à redéfinir les clientèles cibles dans une optique de reprise à la normale du trafic aérien envisagée à moyen et long terme mais certainement pas avant 2025.

Londres a fortement capitalisé sur la venue des Jeux Olympiques et Paralympiques en 2012 qui ont complètement transformé certains quartiers de la capitale britannique et vu l’émergence de nouvelles zones d’activités. Ce nouveau visage continue à bénéficier à la destination qui – hors période de crise – pratique des prix moyens et dégage les RevPAR en hausse régulière depuis la venue des JOP dans la destination.

La coordination des acteurs hôtelier sera déterminante pour capitaliser sur la venue de touristes étrangers, les prix pratiqués seront notamment cruciaux pour ne pas repousser la clientèle vers des hébergements de types Airbnb. En effet, si la Coupe d’Europe de Rugby avait bénéficié aux hôteliers en Régions, elle n’avait pas apporté de clientèle supplémentaire aux hôteliers franciliens qui avaient très tôt pratiqué des tarifs jugés prohibitifs par les clients potentiels.

La qualité de l’accueil dont bénéficieront les touristes nationaux et internationaux qui vivront ces deux compétitions internationales sera primordiale pour leur envie de revenir à Paris Île-de-France d’une part, et l’image de marque de la destination d’autre part.

UNE DESTINATION DUREMENT TOUCHÉE PAR LA CRISE ET QUI DOIT RÉAGIR COLLECTIVEMENT

Né début 2017, le concept de Staycation avait besoin d’un marché hôtelier aussi riche et varié que le marché francilien. 3 ans plus tard, c’est un concept qui permet aux établissements d’accueillir le weekend une clientèle francilienne en quête d’une escapade le temps de reprendre son souffle seuls, entre amis, en couples ou en famille.

Début 2019, la start-up lancée par trois anciens de chez BETC s’autofinançait avec 280 000 clients franciliens inscrits. Depuis la crise liée à la COVID-19, le concept a fait des petits aux alentours de Lyon et sur la Côte d’Azur. L’un de ses co-fondateurs, Mathieu Dugast, déclarait fin octobre à Libération un volume d’affaires multiplié par quatre à destination des hôteliers depuis le mois de juin. L’hôtellerie haut de gamme, luxe et les concepts boutiques se sont engouffrés dans la brèche ouverte par les trois start-upers pour remplir leurs établissements et les faire tourner un minimum, alors que la destination affiche les TO les plus médiocres de l’Hexagone en cette période de deuxième confinement.

L’Île-de-France est attractive pour de nombreux concepts qui sortent du cadre. Après le staycation, une autre façon de faire du tourisme est très prisée depuis quelques courtes années, le slow tourisme. « Au coeur du Parc Naturel Régional de la Haute Vallée de Chevreuse, le Barn est un lieu pluriel, un lieu de vie. Niché sur les Terres de la Cense, c’est un restaurant, un potager, un spa, un hôtel, tous nés de la vision de deux passionnés de grands espaces et d’équitation. » C’est ainsi que se présente cet établissement hors normes qui propose certes des hébergements mais aussi des activités, du co-working, un espace bien être, un potager sur site dont les légumes finissent dans l’assiette des hôtes… bref une destination en soi créée autour d’un haras. Sur les 43 destinations développées par Huttopia en France, 2 sont implantées en Île-de-France, à Rambouillet et Versailles.

Le concept lancé en 1999 s’appuie sur une nature préservée et jugée hors du commun par les deux fondateurs pour y créer des destinations durables en lien avec les territoires où elles sont implantées. Un concept qui a trouvé son public et qui cherche de nouvelles opportunités de développement dans la région. Graph2

Deux exemples parmi de nombreux autres du développement de l’offre slow tourisme en Île-de-France.

L’enjeu pour la destination sera de garder captive cette clientèle francilienne et française de proximité, nouvellement conquise par la force des choses, afin de capter un mix clientèle plus diversifié. Un facteur de résilience supplémentaire pour des destinations certes très populaires mais dépendantes de la clientèle d’affaires et internationale pour leur fréquentation, et le maintien de prix moyens qui sont parmi les plus élevés des métropoles européennes.

Repeaters, familles et jeunes sont parmi les cibles qui seront désormais privilégiées par la Région afin de désengorger les poches de surtourisme, de répartir les flux et de mieux faire bénéficier les territoires du tourisme et de ses retombées économiques. Derrière cette volonté, sous-tend la nécessité de construire une stratégie de développement touristique plus adaptée aux situations instables qui frappent régulièrement la destination depuis quelques années (attentats, grèves soutenues, Gilets jaunes, etc.) en dehors de la crise mondiale liée à la pandémie.

La complexité de l’équation résidera dans le fait de faire cohabiter primo visiteurs venus découvrir les incontournables de la destination et qu’il faudra réassurer, réattirer et accueillir dans les meilleures conditions possibles, aux côtés d’une offre tout aussi importante mais à première vue moins rémunératrice de clientèle de proximité. Les professionnels du territoire sont, par la force des choses, plus ouverts à tenter de nouvelles expériences, repositionner leurs offres de produits pour élargir leurs clientèles et se prémunir au mieux contre de nouveaux événements conjoncturels, comme le dernier en date qui est venu briser un cycle haussier record pour la destination Paris Île-de-France.

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