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Analyses

Low-cost et city-break en province : quels profits pour les hôteliers ?

L'échec de 2011 est loin derrière. Le 2 et 3 avril dernier, RyanAir a ouvert consécutivement ses 2 premières bases en France : à Marseille, de nouveau, et à Bordeaux. Une troisième ouvrira à Toulouse en septembre 2019 et la compagnie irlandaise annonce que d'autres aéroports français (Lyon, Nantes et Beauvais) sont dans le viseur. A la clé, de nouvelles liaisons et la possibilité de regagner des parts de marché dans le ciel tricolore... Dans cet article, nous allons voir que depuis 10 ans, RyanAir, EasyJet, Transavia et les autres low-cost ont considérablement augmenté leur présence dans les aéroports provinciaux français jusqu'à devenir majoritaires dans certains d'entre eux. Pour les agglomérations de province, ce développement des low-cost a permis de constuire et de marketer la destination à l'échelle européenne pour des court-déjours en city-break. Alors, après 10 ans, quelle mutation dans l'offre hôtelière ? Quelle évolution des performances ?

Lire aussi : Low-cost : Transavia, RyanAir et Easy Jet avancent leurs pions sur le marché français

Le développement des low-cost, moteur de la croissance des aéroports de province à partir de 2008 

On peut néanmoins distinguer 2 groupes selon le degré d'importance des low cost dans la croissance du nombre de voyageurs :

  • les 4 premiers aéroports de province (Nice, Lyon, Toulouse et Marseille) dont l'activité était déjà élevé avant l'arrivée des low-costs et qui cumulaient déjà plus de 5 millions de passagers en 2004 avant le développement des vols low cost. En 2018, la part du low cost est encore minoritaire et l'évolution du nombre de passagers totaux ne suit pas exactement les évolutions des passagers en low-cost. 
  • les 4 suivants (Bâle-Mulhouse-Fribourg, Bordeaux, Nantes et Lille) qui ont émergé nettement avec les compagnies low cost et dont le nombre de passagers a plus que doublé (voire quadruplé pour l'aéroport de Bâle-Mulhouse-Fribourg) entre 2004 et 2018. La part du low y est fortement majoritaire et la croissance est très fortement corrélée avec l'évolution des low cost.

A Marseille et Bordeaux, les passagers internationaux ont augmenté avec les low-cost

Entre 2009 et 2018, le nombre de passagers internationaux a augmenté de 1 millions à 3,8 millions de passagers soit 56,2 % du nombre total de passagers. L'offre low-cost a permis de créer une nouvelle demande de visiteurs internationaux qui ne seraient pas venus sans ces nouvelles liaisons. Pour Olivier Occelli, président de l'Office de Tourisme de Bordeaux, contacté sur ce sujet, cette ouverture européenne permise par les low-cost a été clairement visible à travers le poids des visiteurs internationaux dans les points d'accueils touristiques et les musées. Pour lui, le développement des low-cost est à mettre en parallèle avec l'apparition d'un nouveau mode de consommation touristique : le "short city-break", séjour de 2 à 3 nuits, généralement sur un week-end, dans une destination urbaine. Ce nouveau statut de la métropole girondine a d'ailleurs été mis en lumière en 2015 par le titre de "Best European Destination" devant Lisbonne, Athènes et La Valette. Le marketing au niveau d'une destination est avant tout un marketing de l'offre et les institutionnels du tourisme et les collectivités encouragent le développement des low cost. 

Bordeaux, European Best Destination en 2015
Le miroir d'eau est le lieu le plus photographié à Bordeaux.

Même son de cloche à Marseille même si la ville est l'une où la part du low cost est la plus faible. Le terminal 2 réservé aux compagnies low-cost a d'ailleurs été spécialement créé dès 2006. Au sujet de la nouvelle base de RyanAir, François de Canson, Président du CRT Provence-Alpes-Côte d’Azur, déclarait que ç'était "le point de départ d’un nouveau développement touristique pour la région : avec Manchester et quasiment tous les pays de l’Europe centrale connectés en direct à la Provence, cette nouvelle offre va donner un coup d’accélérateur au tourisme provenant des pays de l’Europe centrale et orientale."

Quels effets pour l'hôtellerie : l'exemple de Bordeaux

Les hôteliers profitent-t'ils de cet accroissement de passagers domestiques et interationaux insufflé par le développement des vols low cost ? Quels ont été les segments hôteliers dont l'offre s'est développée ? Ceux qui ont les mieux performé ? Et enfin, est ce que les concepts d'hébergement ultra-urbain  comme AirBnB, les résidences type appartement-hôtels et les auberges de jeunesse, ont réussi à capter cette nouvelle demande ?

En écho à l'actualité, nous avons choisi d'étudier la ville de Bordeaux tout en gardant en tête que le marché a été influencé pa des facteurs locaux à commencer par la nouvelle ligne à grande vitesse à Bordeaux finalisée en juillet 2017. Les tendances observées ont plus valeur de pistes que de conclusions. 

Une augmentation de l'offre hôtelière mesurée à Bordeaux

Parallèlement au développement des low cost, le nombre de chambres a évolué de 13 % entre 2013 et 2019 avec une augmentation des établissements 2 et 4 étoiles, une stabilité des 3 étoiles et un recul des établissements 1 étoile. L'évolution de l'hôtellerie n'a donc pas absorbé la totalité de cette nouvelle demande.

  • Campings : le nombre d'emplacements reste stable mais on assiste à une évolution structurelle observable sur toutes les destinations européennes à savoir une montée en gamme des campings. Les segments supérieurs 4 et 5 étoiles sont en croissance au détriment des segments économiques 1 et 2 étoiles traduisant un phénomène de conversion.
  • Résidences de tourisme : le nombre de lits est en augmentation de 22 %
  • Auberges de jeunesse : le nombre de lits augmente de 48 %. (La part des auberges de jeunesse reste très minoritaire dans l'offre globale avec 736 lits disponibles).
  • Les annonces de locations touristiques en ligne via AirBnB et HomeAway sont sans surprise les types d'hébergements qui ont le plus fortement progressé partant d'un niveau quasi nul en 2015 et représentant désormais jusqu'à 8367 annonces au trimestre le plus fort en 2018.

Les offres de locations touristiques via Airbnb, des auberges de jeunesse ont sans aucun doute constitué une nouvelle concurrence pour les hôtels du segment économique et super économique ce qui peut expliquer les changements structurels de l'hôtellerie bordelaise entre 2013 et 2018. 

Une hausse significative des performances hôtelières

Entre 2014 et 2017, prix moyen et taux d'occupation ont augmenté de manière coordonnée permettant une augmentation de près de 20 % pour le RevPar. Ces augmentations sont à analyser dans la perspective d'une montée en gamme de l'hôtellerie bordelaise ce qui a indéniablement tiré la moyenne des prix vers le haut. Cela étant dit, l'augmentation du taux d'occupation traduit bien une intensification de l'activité. 

Performances hôtelières à Bordeaux

Quel bilan ? Le développement des low-cost a permis de hisser certaines villes provinciales parmi les grandes destinations "city-break" à l'échelle européenne. Cette nouvelle demande de clients loisirs a permis au marché hôtelier bordelais de monter d'un cran en termes de performances. Néanmoins, les offres alternatives via Airbnb ont également capté une partie de cette nouvelle demande. Cette concurrence a aussi induit des changements structurels : une montée en gamme avec des services plus adaptés aux clients loisirs.

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