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Analyses

Les côtes bretonnes, une ambition régionale

Constituant le cap occidental du continent européen, la péninsule bretonne se situe dans des latitudes moyennes, à mi-haut entre l’Equateur et le pôle Nord. Sur quelques 2700 kilomètres, les côtes offrent un littoral escarpé, fait de falaises et de longues plages. Bordée par la Manche au Nord, l’Océan Atlantique au Sud, sans oublier la Mer d’Iroise dans la rade de Brest, la Bretagne fait le bonheur des amoureux de la nature, qui apprécient d’emprunter les nombreux sentiers douaniers dotés de criques, d’îlots et de phares.

Les quatre départements de la région Bretagne (Finistère, Côtes-d’Armor, Morbihan, Ille-et-Vilaine) sont marqués par le Massif armoricain ainsu que la plus grande façade maritime de France métropolitaine. De la baie du mont Saint-Michel à l’estuaire de la Loire, chaque portion porte un nom touristique lié à un élément local, dont la Côte d’Emeraude (de Cancale au cap Fréhel), la Côte de granit rose (de Perros-Guirec à Trébeurden), la Côté des Légendes (de Brignogan- Plages à Plougonvelin), la Côte d’Iroise (de Plougonvelin à la Pointe du Raz) et la Côte de Mégalithes (de Pont-Aven à Mesquer).

  Les côtes bretonnes

Un héritage de monuments défensifs

La position stratégique de la Bretagne l’a vouée à jouer au fil du temps un rôle hautement défensif. La péninsule résista successivement aux attaques des flottes anglaise, hollandaise et espagnole avant de s’incliner devant l’occupant allemand. La Bretagne a gardé de ce passé nombre de vestiges construits pour assurer la protection des ports : citadelles, vigies, fortifications, blockhaus érigés sur le littoral pour le surveille et mieux en contrôler l’accès tant aux militaires qu’aux contrebandiers.

Enserrée par d’imposants remparts, la ville close de Saint-Malo s’enrichit en 1689, d’un Fort Royal construit sur ordre de Vauban. Devenu Fort National à partir de 1789, il doit sa renommée au corsaire malouin Surcouf. Dans la Baie de Morlaix, le Château du Taureau, édifié en 1542 par les bourgeois de Morlaix, soucieux de barrer l’entrée de la rivière aux britanniques est classé Monument historique. La presqu’île de Crozon a joué un rôle stratégique majeur pour la protection de Brest, elle a donc vu au fil de l’histoire se bâtir un patrimoine militaire important (Tour Vauban à Camaret, Fort de Landaoudec à Crozon).

Les phares bretons, composantes de l’imagerie bretonne

Les phares bretons signalent depuis le 18e siècle les dangers du littoral aux navigateurs. Aujourd’hui encore, 80 phares environ émettent leurs signaux le long des côtes bretonnes. Ils sont fermement ancrés dans l’imaginaire collectif comme emblèmes de la mer et de la Bretagne. Conscient de cet attrait touristique, le groupement d’intérêt touristique de Brest a réalisé la route des phares de Roscoff à Bénodet.

Les ports de plaisance

Les ports de plaisances sont un facteur d’attractivité pour les touristes et sont connus bien audelà des frontières de l’héxagone grâce aux navigateurs célèbres. Ils jouent un rôle important en exerçant plusieurs types de prestations : accueil permanent des propriétaires de bateaux et accueil temporaire lors des escales avec des services bilingues. Des activités de loisirs et de découvertes sont aussi proposées : location, excursion, balade sur des bateaux traditionnels ou pêche en mer.

Le patrimoine domestique

Les moulins à marée font également partie du patrimoine breton. Les premiers d’entre eux sont apparus sur les côtes bretonnes dès le 7e siècle, mais ils se sont multipliés aux 16e et 17e siècles. C’est sur la Côte d’Emeraude, réputée pour ses grandes marées, que se concentrent le plus grand nombre de ces bâtiments.

Certaines propriétés privées sont également dignes d’intérêt de constituent un élément patrimonial non négligeable. C’est le cas des anciennes propriétés de Sarah Bernhardt, à Belle-Ile. La tragédienne possédait en effet deux villas et un fort sur ce site exceptionnel. La cité balnéaire de Dinard renferme quant à elle de magnifiques villas classées qui font partie intégrante du patrimoine de la ville et de la côte d’Emeraude.

Les vieux gréements, ambassadeurs de la Bretagne

Les bateaux sont un véritable outil de coopération entre les nations et un support de publicité pour leurs propriétaires. Ainsi les fêtes maritimes internationales de Brest, avec dans son sillage Douarnenez et Ouessant se sont imposées comme un rassemblement de bateaux traditionnels venant des quatre coins du globe. La manifestation a lieu tous les quatre ans. En 2016, elle a accueilli 712.000 visiteurs, 1050 bateaux et une vingtaine de nations. La ville de Brest voit en cette manifestation un moyen de promotion pour accentuer son rayonnement bien au-delà des frontières françaises. Dans la même logique, elle a fait l’acquisition de son ambassadeur, la goélette la « Recouvrance. »

Les festivals et salons liés au maritime

Les festivals fleurissent sur le littoral. Les rassemblements de vieux gréements sont de plus en plus fréquents et drainent des milliers de personnes. En mai 2001 s’est déroulée la première Semaine du Golfe. Cette semaine gratuite centrée sur cinq jours de régates et de randonnées nautiques étaient également une semaine de fêtes et d’animations nautiques rassemblant équipages, acteurs du patrimoine maritimes et visiteurs autour du Golfe du Morbihan. Cette année, des centaines de milliers de visiteurs sont également attendus pour le 40ème anniversaire de la Route du Rhum.

Les musées et aquariums, pôles de développement

De nombreux musées traitent du patrimoine maritime sous ses différents aspects, dont la base de sous-marins de Lorient qui renferme un « Musée sous-marin » dans lequel les visiteurs peuvent découvrir la tour Davis, un simulateur d’évacuation de sous-marins construit par les Allemands.

Plusieurs aquariums de renommée viennent parfaire le produit touristique culturel qu’offrent les côtes bretonnes. L’aquarium du Golf à Vannes (117 900 entrées billetterie en 2017), Océanopolis à Brest (413 000 entrées billetterie en 2017) ou le grand aquarium de St Malo (364 000 entrées billetterie en 2017) en sont les représentants les plus fréquentés. Ces grosses structures constituent des supports pour le développement des villes qui les accueillent. Brest a notamment bénéficié de fonds européens au titre de la reconversion des sites industriels et des secteurs dépendant de l’industrie d’armement.

Les activités touristiques

Le littoral breton regorge d’activités liées au tourisme telles que le nautisme, la thalassothérapie ou le transport maritime. La Bretagne bénéficie en matière de pratique nautique d’atouts considérables : criques, anses, rades, baies. La ligue de Bretagne de voile est d’ailleurs un des plus importantes de France avec 13 117 licenciés soit 15.8% des licenciés français. En quinze ans, la région PACA à tout même rattraper son retard devenant la première ligue de France, en vue des Jeux Olympiques 2024 (Marseille accueillera les épreuves de voiles). La pratique de la voile reste le deuxième sport breton après le football et permet à la Région d’accueillir un bon pourcentage des classes de mer organisées en France.

Il existe 37 centres de thalassothérapie en France dont 13 se situent en Bretagne. Le premier centre a été créé en 1963 à Quiberon, mais les premières ébauches de l’activité se trouvent à Roscoff en 1899. La clientèle choisit son centre de thalassothérapie selon la notoriété de la station et la région. Ensuite, viennent des critères d’accessibilité : le rôle des aéroports et du transport ferroviaire est très important, notamment pour la clientèle parisienne qui fréquente la Bretagne grâce à sa facilité d’accès.

Au niveau national, l’activité souffre cependant d’un manque de reconnaissance. En France, les pays cibles de l’activité sont essentiellement l’Allemagne, la Suisse, l’Italie et la Belgique. Il s’agit de promouvoir la prestation comme une activité de remise en forme et non un séjour à but uniquement thérapeutique. Le centre de thalassothérapie de St Malo a d’ailleurs innové en inventant les centres « Aquatonic » et en exportant son savoir-faire au Japon ou en Egypte.

Le trafic trans- Manche

La Brittany Ferries et Condor Ferries sont les principales compagnies se partageant le trafic trans-manche. Les passagers peuvent être regroupés en deux catégories : les îliens et les touristes. Les premiers ont souvent un niveau de vie élevé et possèdent des résidences secondaires en Bretagne. Les touristes, à proprement dit, sont souvent des britanniques ou des nordiques venant passer une journée en France.

Une stratégie de développement et de mise en valeur

La Bretagne reste la 4e destination touristique française en termes de fréquentation et une des régions la mieux identifiée en termes de notoriété. Avec 12,8 millions de touristes, 7,9 millions de nuitées de dans l’hôtellerie, 938 hôtels pour 53 818 lits, la Région a décidé de créer une carte des Destinations touristiques qui s’appuie sur les grandes aires de séjour et de circulation empruntées par les vacanciers, questionnés sur le sujet via une enquête de l’ORT (Observatoire régional du tourisme).

  Modes d'hébergements touristiques (% de part de nuitées en 2018)

De Rennes à Brest et de Saint- Malo à Vannes, les grandes villes côtières sont des moteurs pour le tourisme breton qui jouissent d’un rayonnement national, voire international. En 2017, la barre symbolique des 100 millions de nuitées a presque été franchie (99 521 964).

En 2015, la mise en place d’un groupe de travail réunissant l’ensemble des acteurs du tourisme, des transports et de la mobilité, privés comme publics mais aussi les institutionnels, aux premiers rangs desquels la Région, le CRT, les CCI en Bretagne et l’Ademe avait pour objectif de co-construire des séjours tout compris avec des hébergeurs bretons.

Alliant découverte du territoire et solutions de mobilités durable, le défi était de permettre aux touristes d’atteindre le lieu de séjour facilement en moins de quatre heures, de se déplacer sur place et de se divertir. Le premier séjour clés en main a d’ailleurs vu le jour au printemps 2017. Aujourd’hui, 80 séjours « En Bretagne sans ma voiture » sont programmés.

En plus de fidéliser les vacanciers qui connaissent déjà la Bretagne, les acteurs économiques veulent développer des offres pour d’autres cibles. C’est le cas des excursionnistes, c’est-à-dire ces Bretons ou habitants de l’Ouest de la France qui restent seulement une journée, sans hébergement. D’après l’étude Reflet 2016 du CRT, ils représentent 2,300 Md€ de retombées économiques.

Avec les clientèles britanniques et allemandes qui occupent les premières places, suivies par les belges et les suisses, la fréquentation étrangère représente 17% de la fréquentation régionale, soit 16 millions de nuitées. Autre cible à l’étude les touristes d’Amérique du nord ou d’Asie. Une délégation de professionnels du tourisme canadiens sera accueillie au moment du départ de la Route du Rhum afin de découvrir la région. Les acteurs économiques réfléchissent aussi sur le marché chinois. Il ne s’agit pas d’attirer des cars de touristes, mais toucher une clientèle familiale, dotée d’un certain pouvoir d’achat, qui vient en France pour Paris, la Côte d’Azur ou l’Alsace mais ne pense pas encore à la Bretagne.

Parmi les principaux groupes hôteliers implantés dans la région, se distingue avec 73 établissements totalisant plus de 47 000 chambres (principalement sous des enseignes éco ou moyen de gamme telles qu’Ibis et Mercure), suivis de Jin Jiang (40 établissements dont 13 Kyriad et 12 Campanile), SEH (43 établissements), Brit Hotel (28 établissements) et B&B Hôtels (17 établissements).

  Top 10 des groupes hôteliers en Bretagne au 1er Janvier 2018

La demande de la clientèle qui s’oriente de plus en plus vers le haut de gamme, avec toujours plus services, n’est cependant pas en adéquation avec l’offre. En 2018, la Bretagne compte seulement 1087 chambres haut de gamme.

  Structure du parc de chaines en Bretagne au 1er Janvier 2018

Une offre de services concentrée sur les zones du littoral

D’un côté une zone littorale vivante et touristique, avec des communes suréquipées en hôtels et en campings, telle que Saint-Malo (Illeet- Vilaine) ou Carnac (Morbihan), qui comptent respectivement 3 3011 hébergements touristiques (dont 2437 chambres d’hôtels) et 2881 hébergements touristiques (dont 519 chambres d’hôtels). A l’opposé, les zones rurales peinent à suivre le rythme, notamment en ce qui concerne l’offre hôtelière.

Côté Airbnb, Dataville recense 569000 personnes, de 117 nationalités différentes, qui ont réservé un logement via la plateforme de location en Bretagne, entre le 1er septembre 2016 et le 1er septembre 2017. Ce qui place la région en 7e position des plus populaires sur la plateforme américaine, loin derrière l’Ile-de-France et ses 2,5 millions de voyageurs annuels.

Dans le détail des 260 communes bretonnes proposant au moins 10 annonces, les grandes villes côtières accueillent le plus de touristes: 63000 personnes ont loué un logement à Saint-Malo, 47000 à Rennes et 27000 à Vannes. Mais quelques petites communes tirent leur épingle du jeu. Carnac, par exemple, et ses célèbres alignements, comptant un peu plus de 4000 habitants a accueilli 7000 visiteurs Airbnb l’année dernière, soit presque le double de la population.

Focus Destinations

La proximité avec la mer joue un rôle crucial pour attirer les touristes. Dans le top 15, hormis Rennes, toutes les communes se trouvent à moins de 10km des côtes.

  Evolution des performances hôtelières par agglomérations en Bretagne

BREST TERRES OCEANES

Longtemps considérée comme un espace dédié à l’activité militaire ou le développement industrialo portuaire, la rade de Brest concentre un potentiel important de développement pour le tourisme. Lancée en 2013, Brest Terres Océanes est l’une des dix destinations touristiques de Bretagne. Avec la mise en place de premiers outils de promotion mutualisés et la création en 2015 d’un Groupement d’intérêt public, la destination est entrée dans une phase active au service du développement de l’économie touristique du Pays de Brest. Que ce soit en termes d’équipements ou d’événements, l’attrait touristique se renforce notamment au niveau du littoral situé entre les communes de Plougastel-Daoulas et de Rosnoën.

  Brest Terres Oceanes

PAIMPOL LES CAPS

Avec des stations balnéaires de renommées (Saint-Quay-Portrieux, Pléneuf-Val-André), des territoires labellisés Petite cité de caractère et un patrimoine maritime riche, la Destination Baie de Saint-Brieuc – Paimpol – Les Caps s’est engagé vers une stratégie de marketing tournée vers l’humain. Afin de renforcer son attractivité et de ce fait, la fréquentation touristique, la Région cible les désireux de simplicité, notamment à travers d’événements ludo-touristique. En 2017, des rencontres de producteurs locaux, des jeux de rôle, des enquêtes et la participation d’acteurs avait pour but d’offrir un week-end convivial et riche en rencontres.

  Paimpol Les Caps

BRETAGNE SUD - GOLFE DU MORBIHAN

Autour du golfe et de ses îles (de Groix, Houat ou Hoedic), la Bretagne Sud Golfe du Morbihan est parsemée d’un patrimoine archéologique de renommée internationale, de nombreux événements liés au nautisme et d’un dynamisme culturel avéré. Pour inciter les acteurs locaux à passer à l’action, la Région a mené des actions pour combler un déficit de clientèle étrangère. En étroite collaboration avec une agence de communication et les services de Morbihan Tourisme, la Région a mis en oeuvre une stratégie 2019-2021, visant à rehausser le taux de notoriété, rattacher les territoires de notoriété à la destination Morbihan, favoriser la venue d’une clientèle premium et donner à voir le meilleur du Morbihan, à travers une communication haut de gamme.

  Bretagne Sud - Golfe du Morbihan

SAINT-MALO - BAIE DU MONT SAINT-MICHEL

Autour de la baie du Mont-Saint- Michel, inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1979, le territoire a récemment dévoilé une stratégie dans le but de cibler les visiteurs d’Ilede- France, mais aussi les habitants d’Alsace et des Hauts-de-France. L’un de ses enjeux est, en particulier, d’inviter les visiteurs venus découvrir (ou redécouvrir) le Mont-Saint-Michel ou Saint-Malo à prolonger leur escale. Découverte du patrimoine avec les cités médiévales de Dinan et Dol-de- Bretagne, randonné au coeur de la vallée de la Rance et détendre dans les stations balnéaires de Saint-Cast ou Saint-Lunaire, une offre complète et variée à valoriser.

 

Saint-Malo - Baie du Mont Saint-Michel

Si l’attrait du littoral demeure la motivation première du tourisme en Bretagne, cette réalité est encore plus nette pour les îles et le tourisme insulaire. Les îles bretonnes se sont largement ouvertes au tourisme et voient affluer de nombreux visiteurs, aussi bien de passage ou de séjour fréquentant les hébergements marchands, que de résidents secondaires. Elles sont désormais confrontées à un dilemme: comment profiter du tourisme sans en subir les conséquences négatives ?

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