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Analyses

Le Brexit, entre opportunités et embuches pour le Royaume-Uni

Quelles sont les prévisions du Brexit à l’heure actuelle, sous l’angle du Royaume-Uni ? Quelles sont les potentielles répercussions sur les différents secteurs d’activité du tourisme ?

Bonne nouvelle pour les hôteliers ?

Les dernières performances mensuelles de l’hôtellerie londonienne laissent entrevoir de belles perspectives d’évolution pour les mois à venir. En effet, avec la baisse de la valeur de la livre sterling, les tarifs ne cessent d’être de plus en plus intéressants pour les touristes européens, avec un taux de change qui évolue en leur faveur. Ceux-ci continuent d’affluer vers la Grande île par conséquent, gagnant en pouvoir d'achat dans la destination.

Patricia Yates, Directrice de la stratégie de VisitBritain, présageait déjà une belle évolution du tourisme pour le pays après l’annonce du Brexit en 2016 :

Je pense que le tourisme est l'un des secteurs qui pourrait vraiment bénéficier des changements dus au Brexit. Il faut saisir cette opportunité.

Ainsi, malgré l'annoncé du Brexit, tous les indicateurs étaient positifs pour l’hôtellerie britannique en 2018, qu’il s’agisse du TO (+0,5 pts), du PM (+1,2%) ou du RevPAR (+2,1%), selon les données collectées par MKG Consulting. Le RevPAR a particulièrement cru dans les grandes agglomérations urbaines, que ça soit à Liverpool (+6,7%), Glasgow (+5,6%), Birmingham (+3,2%) ou encore Londres (+2,6%).

Mais alors que la séparation de l'UE, qui devait s’officialiser le 29 mars dernier, a été reportée, le mois de mars 2019 a vu une affluence de touristes coloniser les hôtels de la capitale. Le taux d’occupation de Londres était en croissance de +2,46 points, passant de 84,57% en mars 2018 à 86,81% en mars 2019.

Dans la même dynamique, les quelques jours qui ont suivi le report de la sortie de l’UE ont donné un véritable coup de boost à l’activité hôtelière de la capitale : le lundi 1er avril, le TO gagne +15,13 pts, le PM augmente de +86,55%, si bien que le RevPAR explose de +131,38%. Le lendemain, cette poussée ne s’arrête pas, avec +19,93 pts d’occupation supplémentaires, un PM en hausse de +53,43% et le RevPAR de +96,59% pour se fixer à 211,24 €HT, alors que la veille le RevPAR était de 167,52 €HT.

Autre indice de corrélation entre le contexte politique et la fréquentation touristique, une croissance des réservations a été observée depuis le départ de Theresa May le 7 juin 2019. Les hôtels étaient en effet occupés pour 89,04% d’entre eux pendant tout le mois de juin, soit une poussée de +3,45 pts, la plus forte depuis le début de l’année.

Mais en réalité, ce sont surtout les prix qui ont été affectés par ces évènements. En effet, la première conséquence de ces incertitudes politiques a été la baisse de valeur de la monnaie nationale, la livre sterling. Celle-ci fluctue en permanence depuis l’annonce du Brexit, et ne cesse de chuter à chaque rebondissement de cette affaire, particulièrement depuis que la possibilité d’un no-deal semble s’imposer. Sa valeur atteint son record le plus bas à la fin juillet 2019, à hauteur de 1,09 €. Livre

Pour pallier cette baisse de la livre sterling, qui engendre une perte de revenus pour les hôteliers britanniques, les prix des hôtels augmentent progressivement. Le prix moyen gagne ainsi +18,51% entre janvier et juin 2019 dans l’agglomération de Londres, pour une moyenne de 205,96 €HT sur toute la période. Le record a été battu, sans aucune surprise, durant le mois de juin. Le PM de juin 2019 était de 235,20 €HT, avec un pic à 293,13 €HT le 18 juin. Ce même jour, le RevPAR croit de +23,86% pour arriver à 290,08 €HT, également le record de la période.

Par conséquent ce premier semestre 2019 est marqué par une croissance du RevPAR londonien, à hauteur de +16,02%. Ces résultats laissent donc entrevoir une bonne dynamique de croissance pour l’hôtellerie britannique dans les mois qui viennent, à l’instar du développement d’opérateurs tels que IHG, OYO, Aparthotels Adagio ou même Mama Shelter. L’hôtellerie de plein air est tout aussi confiante, certains allant même à contre-courant du Brexit en tissant des partenariats avec des sociétés européennes, à l'exemple de l’alliance franco-britannique entre Sunêlia et Best of British initiée en mai dernier.

Selon les données MKG, le Royaume-Uni comptait 39 476 hôtels au 31 décembre 2018, pour un total de près de 800K chambres (798 947 chambres). L’année 2018 a été marquée par une croissance du parc, à hauteur de +2,9% globalement, et de +4,7% pour les grandes chaînes hôtelières, ce dernier marché ayant ainsi reçu un ensemble de 17 600 chambres supplémentaires au cours de l’année.

Craintes des agences de voyages et du monde aérien

En attendant, les voyagistes sont loin d’être aussi enthousiastes. La perte de valeur de la livre a eu pour conséquence directe une baisse du pouvoir d’achat des ménages britanniques. Ceux-ci n’ont eu de choix de partir moins souvent ou même de renoncer à leurs vacances, n’ayant plus autant de ressources financières qu’auparavant. A l’avenir, certaines prévisions laissent même envisager une dégradation de la situation, à travers une hausse de plusieurs centaines de GBP sur les prix des vols et des forfaits de voyage, si aucun accord avec l'UE n'était trouvé.

C’est pour cette raison que l’association des agences de voyages britanniques (ABTA) a exprimé ses craintes auprès du gouvernement britannique à l’horizon de la sortie de l’Union Européenne le 31 octobre prochain. L’association, qui représente les intérêts de pas moins de 600 tour-opérateurs et de 2 300 agences de voyages, a ainsi demandé au premier ministre de veiller à garder de bonnes conditions de voyage pour que le tourisme puisse continuer de s’exercer, notamment en termes de visas touristiques, pour qu’ils soient gratuits, ou encore de liaisons aériennes intra-européennes, pour qu’elles soient maintenues.

Les conséquences du Brexit se font néanmoins d’ores et déjà ressentir, ne serait-ce qu’à l’échelle du plus ancien voyagiste britannique : Thomas Cook. Le tour-opérateur a essuyé de lourdes pertes au premier semestre 2019, évaluées à 1,474 milliard de GBP mi-mai 2019, alors qu’elles étaient de « seulement » 254 millions de GBP à la même période en 2018. Le contexte économique et politique tient pour beaucoup dans cette baisse d’activité, car comme l’explique le directeur général de la société, Peter Fankhauser, « il fait peu de doutes que le processus du Brexit a conduit de nombreux clients britanniques à repousser leurs projets de vacances pour cet été ».

Ces pertes, qui se sont manifestées à travers de mauvais résultats pour le premier semestre d'exercice 2018/2019, ont conduit le voyagiste à accueillir un nouvel investisseur au sein de son capital, le chinois Fosun. L’arrivée de ce dernier, qui devrait se concrétiser en octobre prochain, apporterait une enveloppe de £750 millions aux ressources du britannique, faisant de la firme chinoise l'actionnaire majoritaire sur l'activité tour-operating et lui permettant d'entrer au capital de l'activité aérienne. Thomas Cook vient cependant d'annoncer avoir besoin d'un fonds additionnel de 150 millions de livres pour surmonter la prochaine saison hivernale.

Le secteur de l'aviation serait également compromis, tout particulièrement en cas de Hard Brexit. La société Ryanair a déclaré que des centaines de postes seraient menacés, par l'imminente sortie de l'UE et par la suppression des lignes opérées par le B-737max. Les incertitudes autour du Brexit auraient en effet entraîné le renoncement de nombreux clients à partir en voyage. La compagnie aérienne va par conséquent réduire son activité à l’horizon de l’été 2020, notamment en raison de la réduction de sa flotte, qui passe de 58 à 30 avions au total.

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