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Enquêtes

[Infographie] Cuba : entre modernisation et fort potentiel d'investissement

Cuba, « la terre la plus belle qu’aient jamais vue les yeux des hommes, » selon l’expression de Christophe Colomb. L’île est redevenue une destination touristique prisée, en particulier des Français (187 000 en 2016), alors que le président des Etats-Unis Donald Trump annule l'accord conclu par son prédécesseur. Pourquoi cet engouement ? Le pays séduit par sa forte identité, qui mêle légende politique, culture et soleil. Hospitality ON dresse le portrait d’une île à fort potentiel d’investissement.

Destination touristique majeure avant la révolution, Cuba a perdu 99 % de ses flux touristiques après la prise de pouvoir de Fidel Castro. Le régime n'a relancé sa politique touristique qu'au milieu des années 1970, avec la création d'un Institut National du Tourisme et le Développement d'Infrastructures. Aujourd’hui, le tourisme est devenu une des principales sources de revenus. Pour une population d'environ 11 millions d’habitants, dont 3.7 millions à La Havane, l'île a reçu 3.9 millions de touristes en 2016.

Après avoir retrouvé son niveau d'avant-révolution au cours des années 1980, le nombre de touristes a connu une croissance exponentielle dans la décennie suivante. Grâce à un assouplissement des restrictions, les américains sont de plus en plus nombreux à fouler le sol cubain. S’ils ne représentent que 3 % des touristes – un chiffre que l’on peut multiplier par cinq pour prendre en compte les américano-cubains que Cuba considère comme des nationaux – les canadiens (38,8%) restent les plus nombreux, avec plus d'un million de touristes chaque année.

  Enquête | Cuba : entre modernisation et fort potentiel d'investissement

LE TOURISME CUBAIN A L’HEURE ACTUELLE

Le Ministère du Tourisme cubain a de grands projets futurs et table sur un investissement massif de capitaux étrangers. Il propose un portfolio de 140 projets touristiques majeurs qui sont autant d’opportunités pour les grands groupes d’investir à travers des joint-ventures entre l’Etat et ces investisseurs internationaux. Début 2017, la vice-ministre du Tourisme Mayra Alvarez a promis de « travailler pour améliorer l'infrastructure hôtelière, élever les standards des installations et fournir toutes les assurances et la force de travail nécessaire et formée. »

Récemment, le Ministère a décidé d'accréditer cinq établissements exploités par le groupe hôtelier Cubanacán. Pour opérer à Cuba en tant que 4 étoiles, les établissements doivent se conformer aux paramètres établis pour cette catégorie dans la norme 127, qui réglemente la classification des hébergements touristiques et reflète essentiellement les normes internationales reconnues et approuvées par plusieurs institutions cubaines. Parmi les établissements accrédités : l'hôtel Camino de Hierro (10 chambres), inauguré en 2001, Meliá Cayo Santa María (360 chambres), Encanto La Avellaneda (9 chambres) et El Marqués (6 chambres), inaugurés en 2014.

L’objectif est donc de satisfaire la demande croissante des principaux pôles touristiques mais aussi de mettre en place de nouvelles initiatives en matière de loisirs. Les investissements porteront sur la construction et la restauration d’hôtels et d’infrastructures complémentaires. Afin de diversifier son produit touristique, Cuba encourage la création de partenariats pour la création d’agences immobilières liées aux terrains de golf. Il ne s’agit pas de construire uniquement des installations de haut standing mais d’autres services tels que marinas, centres de pêche et de plongée et parcs thématiques, afin de positionner Cuba parmi les meilleures destinations de la Caraïbe – une zone où la concurrence pour attirer l’attention des voyageurs internationaux est grande.

Les investisseurs étrangers contribueront à la diversification dans le domaine de la gestion hôtelière et partageront leur expérience quant à la commercialisation du produit Cuba au niveau mondial. A cette évolution viendra s’ajouter le perfectionnement des installations aéroportuaires et autres points d’accueil. En outre Bouygues Immobilier, qui multiplie les chantiers hôteliers cubains, convoite un projet de rénovation dans le cadre d'une concession de l'aéroport de La Havane, en association avec ADP. La SNCF est, de son côté, bien placée pour participer à la modernisation des infrastructures ferroviaires et matériels roulants, entraînant d’autres spécialistes comme Colas Rail, Systra ou Thales.

« Avec 8 000 km, Cuba possède l’un des réseaux de chemin de fer les plus importants du monde par rapport à sa superficie », dit Dominique Vastel, Direction International Groupe de SNCF. « Le gouvernement cubain a décidé d’un plan quinquennal ferroviaire de 1,3 milliard de dollars et veut faire passer le trafic annuel de voyageurs de 9 millions à 25 millions dans les cinq ans. »

A savoir que la loi concernant les investissements internationaux a été modifiée en août 2010. Les étrangers pourront dorénavant louer des terrains sur des périodes maximales de 99 ans.

L’EVOLUTION DE L’OFFRE D’HEBERGEMENT

Le plan 2016-2030 prévoit la construction de 103.000 chambres supplémentaires sur l’ensemble du territoire cubain. Après la chaîne hôtelière américaine Starwood en 2016, le groupe Kempinski a fait son entrée sur le marché avec l’ouverture du premier véritable hôtel de luxe dans la capitale (246 chambres). D’autres hôtels suscitent une grande attente : celui de Prado y Malecón (218 chambres) administré par Iberostar et l’hôtel Packard (246 chambres) par AccorHotels.

Cependant, le rapport qualité-prix de Cuba semble générer beaucoup de plaintes. Il suffit de quelques clics pour constater le dépit de nombreux vacanciers. « Les chambres d'un quatre étoiles à La Havane sont équivalents à un petit trois étoiles parisien [...] C'est plus cher qu'à Paris, » relève Stéphane Ferrux, agent de voyage installé à Cuba. D’autre part, les hôtels et les package « all inclusive » se multiplient, alors que le nombre de touristes ne croît pas en proportion et que les prix n'ont quasiment pas augmenté en l'espace de six ans.

Le Ministère du Tourisme a conscience de ces dysfonctionnements qui pourraient mettre à mal la première source de revenus du pays. Plusieurs destinations caribéennes, notamment le Mexique et la République Dominicaine affichent une offre bien plus conforme aux exigences des clients occidentaux.

A l’heure actuelle, le parc hôtelier cubain compterait 68.000 chambres. 64%, soit environ 43.000 chambres, est actuellement géré et commercialisé par les cinq grandes chaînes hôtelières cubaines : Gran Caribe, Cubanacán, Gaviota, Islazul et Habaguanex. Si, aujourd’hui, 80 % du parc hôtelier est géré par les cubains eux-mêmes, quelques grandes chaînes internationales sont présentes, Meliá étant le premier d’entre elles. Situés à Cienfuegos, Trinidad et Camagüey, les hôtels Meliá totalisent 931 chambres sur l'île cubaine. Cinq des marques sont représentées : Meliá Hotels & Resorts, Paradisus, Innside by Meliá, Sol by Meliá et Tryp. La société s’est engagé à rénover les hôtels et à les conformer à ses standards habituels, afin de proposer un niveau de qualité et de prestations irréprochable.

L’offre peut aussi se développer grâce aux « cuentapropistas », un statut d’autoentrepreneurs qui concerne plus de 500 000 personnes, permettant l’exploitation des hébergements privées. Ces chambres à louer chez des particuliers, dites « casas particulares », pullulent dans les quartiers de La Havane. Les taxes exigées ont d’ailleurs progressivement baissé, pour s'établir à 35€ par chambre par mois, plus 10% du chiffre d'affaires. Revers de la médaille ? La concurrence est devenue féroce.

Alors que le salaire moyen équivaut à environ 30 dollars (26 €) par mois, les inégalités se creusent entre ceux qui ont accès à l’argent des touristes et les autres. Selon les autorités cubaines, une majorité des Cubains voient, cependant, cette évolution comme une chance pour l’avenir.

COUP DE FREIN POUR LE DEVELOPPEMENT TOURISTIQUE ?

En 2017, les nouvelles réglementations du gouvernement américain sur les voyages à Cuba et les arrangements commerciaux limiteront la capacité des voyageurs de prendre certains vols et de séjourner dans des hôtels particuliers ayant des liens avec le gouvernement cubain et l'armée. Les voyageurs américains ne seront plus autorisés à voyager individuellement ou dans le cadre d'études, sans avoir à se déplacer avec une organisation approuvée.

Le département d'État américain a publié une longue liste d'hôtels à travers Cuba dont les voyageurs américains seront désormais exclus. Il est intéressant de noter que la liste n'inclut pas des hôtels comme le Four Points by Sheraton à La Havane, développé en collaboration avec GAESA, qui appartient à l'armée cubaine. Sur la liste figurent cependant plusieurs marques hôtelières exploitées par des sociétés hôtelières européennes, comme les hôtels Iberostar Laguna Azul à Varadero et Royalton Cayo Santa María à Cayos de Villa Clara.

Ces restrictions vont probablement nuire au développement des infrastructures touristique du marché hôtelier cubain, tout en rendant plus difficile pour les voyageurs américains de trouver un logement. Le ministre des Affaires étrangères, Bruno Rodriguez, a dénoncé devant les Nations Unies un avertissement aux voyageurs « infondé et mensonger », visant selon lui à « nuire au tourisme » cubain.

Par conséquent, Cuba possède des infrastructures détériorés, une qualité de service inégale, une offre touristique qui se résume aux vacances « soleil et plage », des packages all-inclusive relativement plus onéreux que d’autre pays caribéens et un peso convertible (CUC) plus élevé que le dollar américain. Pourtant, ni l’ouragan Irma, ni les restrictions de l’administration Trump, n’auront finalement pas eu raison du boom du tourisme. Selon le ministère du Tourisme, Cuba a reçu quatre millions de visiteurs en 2017, un palier franchi avec 54 jours d’avance par rapport à 2016. De bonnes performances, qui laissent présager un nouveau record en 2018.

L’engouement mondial pour la destination et l’arrivée importante dans les années à venir du tourisme européen sont des défis en termes de volume et de qualité d’accueil que Cuba veut se donner les moyens de relever. L’Etat insulaire s’achemine vers un nouveau processus électoral qui permettra, le 11 mars prochain, de renouveler la moitié des députés de l’Assemblée nationale du pouvoir populaire. Ces députés élus seront chargés de nommer le nouveau président cubain. De ce fait, le président du Conseil d’État et le chef du Gouvernement ne sera plus Raúl Castro. La question reste en suspens : le changement de gouvernement aurait-il un impact sur la politique bien engagée du développement de l’économie touristique cubaine ?

LES CHIFFRES-CLES

  • Population totale : 11 millions d’habitants
  • Principales villes : La Havane (3.7 millions d’habitants), Santiago de Cuba (550 000 d’habitants) et Camaguey (350 000 d’habitants)
  • PIB : 87,133 milliards de dollars (2015)
  • Salaire moyen : 19 dollars par mois (2012)
  • Touristes : 3.9 millions (2016)

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