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Analyses

#GLF19 | « L’Europe est sous pression »

Quelle place pour l'économie européenne dans un monde en pleine mutation ? Quelles dynamiques ? Quelles forces en présence ?

Au lendemain du drame, il est difficile de ne pas évoquer Notre-Dame. Le squelette et ses ruines fumantes. Il est évidemment tentant d’y voir un symbole de la situation de l’Europe. Ce sur quoi je voudrais surtout insister et vous laissez méditer : au 13ème siècle, nous avions des hommes avec 25 ans d’espérance de vie qui ont été capable de construire un bâtiment qui a duré 9 siècles. Aujourd’hui nous avons 85 ans d’espérance de vie mais nous construisons des bâtiments qui ont des espérances de vie de 20 à 25 ans.

Ce qui va se jouer autour de la reconstruction de Notre Dame, c’est la capacité de notre pays et de notre civilisation à ne pas se conduire en rentier de ce patrimoine mais à prendre la responsabilité de sa conversion.

En 2017, nous avions un momentum favorable à la France et à l’Europe avec une amélioration spectaculaire de la conjoncture économique, une croissance au-dessus de 2% dans la zone euro, un chômage qui diminuait, l’investissement qui repartait et un risque réduit par l’élection d’Emmanuel Macron.

Deux ans après, la situation est malheureusement inverse. Nous avons un ralentissement économique assez marqué et une remontée en flèche du risque politique avec deux mouvements : la renaissance des identités au sens des passions collectives et agressives qui portent sur la religion ou la nation. Et puis, les mouvements populistes qui en découlent.

Pour l’Europe, nous avons fait face à toute une série d’événements et de secousses : le Brexit, l’élection européenne, la succession de Mario Draghi, les perspectives d’évolutions de l’Italie et les sanctions américaines.

Quelles sont ses perspectives économiques ?

La mondialisation s’est renversée. Nous avons évité une grande déflation mondiale en 2018 mais le sauvetage des banques s’est fait au détriment des classes moyennes. Nous avons perdu les citoyens des démocraties. Aujourd’hui, le cycle de croissance est en fin de course, même s’il est prolongé de manière artificielle aux Etats-Unis par les baisses d’impôts.

Le risque financier est en hausse : 250 milliards de dollars de dettes publiques et privées et des bulles qui se sont reconstituées. Les risques géopolitiques et politiques sont en hausse avec : la confrontation entre la Chine et les Etats-Unis et la montée du populisme dans les démocraties.

Il est clair que le retournement du monde va se poursuivre avec la montée des classes moyennes du sud qui sont pour vous des clients importants et le basculement du capitalisme vers l’Asie. L’Asie-Pacifique représente désormais 50% du PIB mondial.

Nous avons quatre grands cycles qui s’achèvent : le cycle du monopole de l’Occident sur l’histoire du monde, le cycle du leadership des Etats-Unis, la fin de l’ordre mondial de 45 et la fin de la mondialisation libérale. Cela ne veut pas dire que la mondialisation ne va pas se poursuivre mais elle va se restructurer en grands blocs régionaux.

L’Europe est sous pression. Elle est sous pression de l’Empire américain avec les technologies, l’extraterritorialité du droit américain et le dollar ; de l’Empire chinois avec les exportations et la dépendance à la dette ; de l’Empire russe avec un arsenal militaire, des attaques cybernétiques et le soutien des forces populistes dans les pays européens.

L’Europe devient une variable d’ajustement économique dans cette lutte des grands empires. Traduction : 1% de croissance en Europe contre 2,6% aux Etats, 6,2% en Chine et 7% en Inde. Par ailleurs, le marché chinois se ferme avec le plan Made in China 2025 et la guerre technologique engagée avec les Etats-Unis.

L’Europe dominait les communications en l’an 2000. Elle a aujourd’hui tout perdu. Il ne nous reste plus que 12 entreprises européennes dans les 100 premières capitalisations mondiales, alors qu’elles étaient 28 il y a 10 ans.

C’est un continent qui est vulnérable sur le plan politique et stratégique. L’Europe reste une cible du djihad et elle est un enjeu pour les démocratures qui cherchent à la fragiliser. C’est une Europe qui se divise, sur la gestion de l’euro, sur les migrants et sur le libéralisme. Il y a des lignes de clivages extrêmement fortes à l’intérieur de cette Union Européenne.

Pour autant, cette union conserve toute sa raison d’être et des atouts importants. Au temps des Empires, aucune nation européenne n’est à la bonne taille pour essayer de s’imposer. L’Allemagne sera en 2030, le seul pays européen dans les dix premières puissances économiques du monde.

Ensuite, il y a des risques globaux à l’âge de l’histoire universel : des risques numériques, climatiques et sécuritaires qui ne peuvent être affrontés que collectivement. Et puis cette Europe a des valeurs propres : la gestion du capitalisme, la solidarité, l’état de droit et la modération. Elle a également des atouts en termes de capital humain, d’universités et d’infrastructures, son grand marché de 500 millions d’habitants après le Brexit, son Etat de droit européen et la liberté de circulation.

La circulation libre est un actif fondamental pour l’hôtelier. Elle doit être protégée en mettant en place des politiques qui préservent la souveraineté de l’Europe, qui – en en matière fiscale, numérique, commerciale et monétaire – permettent d’inventer un pacte économique et sociale soutenable et par ailleurs, d’assurer la sécurité. Or, l’Union Européenne n’a pas été faite pour la sécurité. Après l’échec de la communauté européenne de défense en 1954. Nous avons contourné le politique et le stratégique par le droit et le marché.

Est-ce impossible pour l'Europe ?

On constate que les résultats des expériences populistes sont peu convaincants. Le Brexit a amené le Royaume-Uni en situation de trou noir. Les populistes ont ramené l’Italie en situation de récession et l’Espagne, avec l’indépendantisme catalan, a réveillé l’Extrême Droite avec Vox.

Les années qui viennent seront décisives pour l’Europe. L’Europe intergouvernementale sera importante et l’Europe de la zone euro avec la question clef de la succession de Mario Draghi. L’évolution des grands Etats sera importante, notamment celle de l’Allemagne avec Merckel. Mais l’Allemagne ne pourra bouger dans un sens plus européen que si la France arrive à régler ses problèmes.

C’est une Europe des politiques concrètes dont le grand marché, l’espace de Schengen, les déplacements, la sécurité et la réponse aux causes profondes du populisme. Cette cause, c’est la déstabilisation des classes moyennes par la mondialisation, la révolution numérique et l’insécurité.

Les grands enjeux sont la sortie ou non de l’Europe de l’histoire et la préservation d’un modèle de liberté, qui est un modèle qui a fondé beaucoup des valeurs de votre industrie.

Notre Dame, c’est le 13ème siècle, c’est la Renaissance de l’Europe. Je vous rappelle qu’au 13ème siècle, l’Europe est en retard par rapport au monde musulman et chinois. C’est pourtant l’Europe qui va inventer le capitalisme, l’état moderne et à termes, la démocratie. Elle le fait en redécouvrant ses racines de l’Antiquité et autour des valeurs de la chrétienté. L’Europe est capable d’inventer de nouvelles lumières et une nouvelle naissance intellectuelle et morale.

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