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Enquêtes

Genève, quel enjeu du tourisme à l'heure du Léman Express ? (suite)

Quel bilan de la destination aujourd’hui ? Quelle est la demande ? Quelle est l’offre ? Quelles pistes d’évolution à venir avec la mise en circulation du Léman Express ? Deuxième partie.

Des visiteurs essentiellement étrangers

En 2018, l’agglomération de Genève a enregistré au total 3 232 871 nuitées, en augmentation de +5,8% par rapport à 2017, et 625 961 visiteurs, en augmentation de +14,5%. Les visiteurs étrangers ont représenté 81% des nuitées, soit 2,60 millions. Les nationaux n’ont incorporé que 19% du total, soit 0,626 millions de nuitées. Graph 5

Sous l’angle des nationalités toutes confondues, les premiers touristes sont suisses à Genève, à hauteur de 19% de l’ensemble (soit 625 961 visiteurs, résultat en croissance de +14,5%). Ensuite la destination est très prisée des voyageurs américains, qui représentent 9% des visiteurs, soit 284 713 visiteurs (+3,3%) pour 284 700 nuitées, le meilleur résultat obtenu depuis 1990. Les britanniques incorporent 8% de l’ensemble de visiteurs (263 054 personnes, +2,9%), les français 8% également (260 828 visiteurs, +5,5%) et les ressortissants des pays du Golfe 8% (252 885 visiteurs, +1,5%).

En dehors des nationaux (+14,5%) les plus fortes progressions sont rencontrées dans d’autres marchés, à savoir l’Inde en progression de +22,6% (+8 841 visiteurs), l’Espagne (+13,2%), la Chine (+7,8%) et les pays d’Asie du Sud-Est (+6,7%).

De manière générale les marchés cibles du tourisme genevois sont européens (Suisse, France, Royaume-Uni, Espagne, Russie), Moyen-Orientaux (notamment les Pays du Golfe), asiatiques (Chine, Inde, Asie du Sud–Est) ou encore américains (USA, Canada, Brésil).

Genève observe un succès grandissant auprès des voyageurs étrangers, notamment en raison de la « haute » qualité d’accueil, d’un parc hôtelier qualitatif et d’une bonne connectivité à la fois aérienne (hub aérien grâce à EasyJet) et terrestre.

Il est intéressant de noter que certains ressortissants étrangers prisent plus certaines catégories d’hôtels que d’autres. Ainsi les britanniques affectionnent plutôt les hôtels haut de gamme classés 4 étoiles, les français, les allemands et les espagnols sont partagés entre les établissements 3 et 4 étoiles, les pays du Golfe sont très preneurs des prestations de luxe, les italiens privilégient les moyen de gamme (3 étoiles), et les russes et les chinois se répartissent de manière à peu près équivalente entre le moyen, le haut de gamme et le luxe. Graph 6

Adrien Genier, Directeur de Genève Tourisme & Congrès depuis le 1er janvier 2019, explique la formule à succès que propose Genève à travers une offre touristique variée et complète très appréciée des visiteurs en provenance de l’étranger : « Les séjours urbains proches de la nature sont une tendance très marquée dans le tourisme international. Aujourd’hui, les visiteurs veulent pouvoir dormir dans une ville pour profiter de l’offre culturelle ou gastronomique mais également faire des excursions à la journée. Ces chiffres montrent que Genève, magnifiquement située sur les bords du lac Léman, à proximité des Alpes et proposant une offre culturelle et culinaire de qualité, est le point de chute idéal pour eux. »

Le Léman Express, porte d’entrée vers l’arrière-pays genevois

Le projet consiste en la réalisation d’une infrastructure ferroviaire de 16 kilomètres pour relier le réseau suisse (Genève) au réseau français (Annemasse), en passant par les principaux centres d’activités de Genève. Il vise à offrir une alternative efficace au transport individuel, plus pratique et plus écologique. Ainsi, 14 kilomètres de tronçon principalement souterrains s’étendront sur le territoire suisse, impliquant d’importants travaux de construction de nouveaux ponts, tunnels et tranchées couvertes.

La ligne desservira 5 stations ferroviaires, parmi lesquelles Lancy-Pont-Rouge, Carouge-Bachet, Champel-Hôpital, Genève-Eaux-Vives et Chêne-Bourg. Ces dernières ont été réalisées par l’architecte français Jean Nouvel, lauréat du concours d’architecture des gares CEVA. Son concept repose sur l’utilisation de briques de verre de grandes dimensions, permettant la création d’espaces souterrains sûrs, lumineux, conviviaux et uniques. Côté français, le tracé s’étendra sur 2 kilomètres pour rejoindre la gare d’Annemasse. Cette dernière est actuellement en phase de rénovation, dont le financement est assuré par les partenaires français.

La réalisation de la ligne CEVA permettra la mise en service du Léman Express. Ce dernier comprendra un tracé de 230 kilomètres, dans un rayon de 30 kilomètres autour de Genève et d’Annemasse. A terme, le réseau CEVA comptera 45 gares suisses et françaises. 6 trains par heure sont prévus pour accueillir 50 000 voyageurs au quotidien. Par ailleurs, la construction de 1 000 logements est prévue dans les quartiers de La Praille, des Eaux-Vives et de Chêne-Bourg. 240 000 habitants ou travailleurs résideront à moins de 500 mètres d’une station CEVA en 2019. Graph 7

Pour cela, l’arrivée du Léman Express va tout changer, en permettant un ruissèlement de la fréquentation touristique à l’arrière-pays de Genève notamment en Haute-Savoie. Le réseau permettra en effet de relier l’agglomération Genevoise à des sites et villes d’intérêts touristiques telles qu’Annecy, la ville lacustre d’Évian-les-Bains ou encore Saint-Gervais-les-Bains, cette dernière étant la plus haute commune de France puisqu’elle renferme le Mont Blanc.

Mais pour certains, l’arrivée du Léman Express ne suffira pas à désengorger la conurbation genevoise. En effet, le goulot d’étranglement est tellement resserré autour des quelques axes routiers aux heures de pointes, notamment en raison de la forte présence de travailleurs transfrontaliers dans la zone, qu’il sera difficile d’éponger toute la demande de voyageurs quotidiens. Marie Dégremont, chercheuse chez France Stratégie (le commissariat général à la Stratégie et à la Prospective (CGSP) rattaché au Premier ministre) alerte à ce sujet. Elle a en effet réalisé une étude sur la mobilité du Grand Genève, après quoi elle en aurait déduit que d’après les données de trafic quotidien, l’arrivée du RER transfrontalier n’arriverait pas au bout du problème.

En 2017, 400 000 passagers transfrontaliers ont été enregistrés aux postes de douanes, dont seulement 6% auraient voyagé en transport en commun. Or, à titre de comparaison, les autorités attendent 50 000 usagers quotidiens dans le Léman Express. La question sera donc de savoir si les rames seront suffisamment disponibles pour accueillir des touristes, en parallèle des déplacements pendulaires des actifs.

D’un autre côté, le développement touristique s’accompagne d’un encadrement et d’une limitation des locations de courte durée type Airbnb. La municipalité de Genève, qui avait fixé la limite à 60 jours maximum de location par an en avril 2018, a dû revoir ses exigences à la hausse avec 90 jours en 2019 à cause de suites judiciaires avec des tiers. Néanmoins, les autorités genevoises poursuivent leur répréhension des excès de ce quota, à l’aide de cinq contrôleurs qui vérifient la « légalité » des annonces. L'Observatoire valaisan du tourisme aurait enregistré plus de 3 000 annonces fin janvier 2019, alors qu’il y en avait 2 755 (4 736 lits) en juin 2018. Aussi, il a été calculé qu’Airbnb à elle seule aurait obtenu entre 6 et 12% des recettes de l'hôtellerie suisse en 2018.

Genève, un hub aérien européen et mondial

Par sa position géographique, à la croisée des frontières franco-suisses et à l’entrée des Alpes, Genève figure en véritable carrefour sur le continent européen depuis des siècles. Aujourd’hui, l’aéroport de Genève reprend cette fonction en desservant par des lignes aériennes régulières pas moins de 148 destinations à travers le monde grâce à 57 différentes compagnies aériennes. Graph 9

Parmi celles-ci, il y a notamment EasyJet, qui a choisi l’aéroport de Genève en 1998 pour être son deuxième plus grand hub après Londres-Gatwick. La compagnie à elle seule dessert 74 destinations sur des vols court et moyen-courrier en Europe, en Afrique du Nord, en Israël et en Égypte.

C’est ainsi que la fréquentation de l’aéroport n’a cessé de croître depuis ces vingt dernières années. A l’échelle des dix dernières, non seulement le trafic a cru de 53,4%, mais la saisonnalité de l’aéroport s’est accentuée sur les périodes des clientèles loisirs, à savoir les vacances de printemps, celles d’été et les fêtes de fin d’année.

Le pic d’activité de l’aéroport est rencontré à trois reprises dans l’année : en mars, de juillet à août puis en décembre. Or, étant donné qu’il s’agit avant tout d’un trafic quotidien de transit : peu de personnes restent sur place, à Genève ; les personnes sont soit en correspondance pour un autre vol, soit rejoigne une autre destination par train ou par voiture.

Ainsi la fluctuation des passagers de l’aéroport ne coïncide pas avec la fréquentation de la destination ni celle de son parc hôtelier, cette différence étant marquée par une saisonnalité différente. Il y a ainsi d’un côté une clientèle loisirs plutôt de passage à l’aéroport, et de l’autre une forte clientèle d’affaires en séjour dans la ville.

 

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