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Enquêtes

Genève, quel enjeu du tourisme à l'heure du Léman Express ?

Quel bilan de la destination aujourd’hui ? Quelle est la demande ? Quelle est l’offre ? Quelles pistes d’évolution à venir avec la mise en circulation du Léman Express ? Première partie.

En janvier 2019, la ville de Genève a connu un changement majeur à la tête de sa principale organisation touristique. La nouvelle présidente de la Fondation Genève Tourisme & Congrès a été nommée : Sophie Dubuis, une personnalité expérimentée de la branche, membre du Conseil de fondation de l'organisation depuis 2017. Pour Mme Dubuis, le défi qui l'attendait était clair : bâtir sur le dur labeur de ceux qui l'avaient précédée et attirer de nouveaux visiteurs à Genève, sans trahir ce qui fait l'essence de la ville. Il s'agit de maintenir la position de Genève en tant que destination d'affaires mondiale de premier plan, tout en mettant davantage l'accent sur les visiteurs de loisirs par la promotion des attraits culturels de la ville.

Genève est mondialement connue pour abriter des organisations internationales comme les Nations Unies (ONU) et ses diverses agences, le Forum économique mondial (WEF) et l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN). C'est ce qui a fait de la ville un centre d'affaires très actif. Cependant, avec une hausse de 5.84% des nuitées en 2018, Sophie Dubuis souhaite augmenter la proportion de visiteurs de loisirs à Genève, ceux-ci représentant seulement un voyageur sur cinq actuellement.

La nouvelle présidente réussira-t-elle ? Son leadership façonne la stratégie touristique de la ville de manière incontestée - et il n'y aura qu'à regarder les résultats des prochaines années à venir pour le confirmer.

Le tourisme d’affaires, cœur d’activité de la métropole

Ville la plus cosmopolite et internationale de Suisse, Genève est la deuxième ville la plus peuplée du pays, avec près de 203 000 habitants, nombre multiplié par deux voire par trois dans son aire urbaine s’étendant du canton de Vaud aux départements français de la Haute-Savoie et de l’Ain. Réputée pour son rayonnement international grâce à plusieurs instances mondiales, elle accueille 23 organisations internationales et plus de 250 organisations non gouvernementales (ONG), la plaçant dès lors et avant tout comme une destination d’affaires.

En effet, 80% des touristes viennent pour affaires dans la ville suisse, le tourisme d’agrément étant très minoritaire. Ce ratio s’explique par la présence de nombreuses associations internationales ainsi que par l’organisation d’évènements et de réunions à envergure internationale.

Tout d’abord sont présents à Genève le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), le Conseil des droits de l'homme des Nations unies et le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme (HCDH), le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FISCR), le Forum économique mondial (WEF), l'Organisation internationale de normalisation (ISO), l'Organisation mondiale de la santé (OMS) – basée à Pregny-Chambésy, l'Organisation internationale du travail (OIT) ou encore l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN) – basée à Meyrin.

En parallèle de ces organisations internationales ont lieu divers évènements MICE (Meetings, Congress, Incentive, Exhibition – pour « Réunions, Congrès, Incentive, Exposition »). Le MICE est en effet un secteur d’activité relativement bien implanté à Genève, même s’il dispose d’un potentiel encore peu exploité. La ville n’est qu’à la 75ème place du classement mondial de l’ICCA (International Congress and Convention Association – l’Association qui classe les différentes villes à travers le monde en fonction de leur nombre de congrès et de réunions internationales), affichant 38 réunions d’associations internationales en 2018. L’année précédente elle était 68ème, avec le même nombre d’événements (38 réunions), l’année encore d’avant, 77ème avec quatre réunions en moins (soit au total 34). En l’espace de deux ans, la ville n’a gagné que 4 évènements, sachant que cette évolution n’a été observée que pendant la première année, la suivante ayant rencontré une stagnation de ce nombre.

Concernant le tourisme d’agrément, la ville et la région possèdent des atouts variés, à travers les Arts de Vivre (gastronomie, vins, fromages…), les activités de découverte du patrimoine et de la culture locale (le CERN - Organisation européenne pour la recherche nucléaire, le Musée international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, le Conservatoire et les Jardins Botaniques de Genève, le Musée international de la Réforme, les manifestations culturelles…) et le shopping de luxe, notamment autour de l’horlogerie haut de gamme, Genève faisant historiquement partie d’un cluster autour de l’horlogerie qui s’étendait de la Suisse romande à la Franche-Comté, cluster qui a par la suite accueilli d’autres produits de luxe comme les cosmétiques et les parfums. A propos de cet héritage artisanal et économique, la Fondation de la Haute Horlogerie a ouvert le Musée Patek Philippe qui présente des objets relevant de l'art horloger ou de l’art tout simplement (tels que des portraits) datant du XVIème au XIXème siècles, ainsi qu’une collection de créations issues de la manufacture genevoise PATEK PHILIPPE, façonnés entre 1839 et aujourd’hui.

Pour ce qui est de la clientèle touristique, les segments ciblés dans la stratégie marketing de la ville varient en fonction des foyers émetteurs de touristes ; en Europe, Genève veut attirer les trendy breakers (ou city-breakers), les cool forever, et les femmes ; en dehors du vieux continent, la ville cible les millennials, les honeymooners (personnes en voyage de noce), les Swiss Lovers, et les familles – notamment celles en provenance du Golfe et du Moyen-Orient.

L’enjeu pour la destination est à présent de développer son arrière-pays, en particulier du côté suisse avec le château de Chillon ou les vignes de Lavaux (Lavaux étant classée au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO depuis 2007), et du côté français avec le Mont-Blanc, le lac d’Annecy, le château de Voltaire, les thermes d’Évian ou encore le territoire du Chablais (classé « Géoparc mondial » depuis 2012 par l’UNESCO). La métropole souhaite ainsi étoffer son offre de tourisme culturel et de loisirs, orientée notamment pour les touristes en court séjour et en quête de découverte tel que les city-breakers.

C’est pour cette raison qu’une collaboration plus étendue est prévue avec la France, afin d’accélérer la croissance de ce segment qui ne représenterait actuellement que 20% de l’activité touristique de Genève. En effet, un rapport commandé par le gouvernement suisse en 2018 rapportait la faible croissance du tourisme à Genève, puisque « le nombre de nuitées dépasse de peu le chiffre réalisé il y a 40 ans environ, alors que, dans l’intervalle, la croissance du tourisme mondial a été multipliée par cinq ». Aussi l’arrivée imminente du Léman Express, premier RER transfrontalier de l’aire urbaine et même au-delà, permettra de relier différents points d’intérêt et de créer ainsi plus facilement une offre couplée, liée, où « l’on peut se baigner et skier presque dans la même journée » comme le rappelle le ministre suisse de l’Économie, Pierre Maudet, en référence à la promotion qui se faisait de la région allant du lac Léman au Mont-Blanc au début du XXème siècle.

Un marché en croissance forte pour des prix en baisse

D’après l’Office du Tourisme et des congrès de Genève, le canton de Genève a enregistré 3 232 871 nuitées en 2018, en hausse de +5,8% par rapport à 2017, alors que la vitesse de croissance des nuitées nationales suisses était de +3,8% la même année. L’année 2018 a marqué les meilleures performances sur la période 2014–2018. Genève est en effet un marché à la fois très dynamique et résilient. Sur ce point, l’exemple de l’année 2016 est plutôt parlant : alors qu’en 2016 le nombre de nuitées chute à 2,928 millions (baisse de -0,83%, face à 2,953 en 2015), il remonte à 3,054 millions en 2017, soit une augmentation de +4,31%.

Les nuitées des ressortissants nationaux ont augmenté de +14,5% pour atteindre 626 000 nuitées l’an dernier, et celles des hôtes étrangers se sont élevées à 2,6 millions, en hausse de +4,0%. La durée moyenne des séjours s’élève à 1,83 nuit pour les visiteurs suisses et à 2,12 nuits pour les visiteurs issus de l’étranger. Nuitées

La capacité hôtelière de Genève est de 125 établissements hôteliers pour 9 774 chambres d’hôtels, soit 16 000 lits. La majeure partie sont des hôtels moyen de gamme, représentant un tiers (30,4%) de l’offre du marché. Un deuxième tiers incorpore, par ordre d’importance, des hôtels haut de gamme (20,8%), luxe (10,4%), et entrée de gamme (7,2%). Le tiers restant (31,2%) est constitué d’hôtels non classés. Par conséquent le parc hôtelier genevois est majoritairement qualitatif, puisque les établissements de catégories moyen, haut de gamme et luxe constituent près des deux tiers de l’offre (61,6%).

Le taux d’occupation (TO) était de 67,20% des chambres disponibles sur le marché en 2018, le meilleur résultat depuis 2007. Le TO annuel a connu une très belle croissance au cours de ces six dernières années, passant de 64,3% en 2012 à 73,8% en 2018. La catégorie démontrant la plus haute occupation de son parc est le moyen de gamme, à hauteur de 73,1%, suivi du haut de gamme à hauteur de 68,4% et du luxe à 58,8%. Depuis le début 2019, un ralentissement de la croissance est observé. L’occupation n’a cependant pas connu de recul, à la différence des nuitées ou encore du prix moyen. De manière globale ces performances reflètent un véritable succès de la destination ces dernières années, avec une occupation croissante du parc qui va de pair avec une croissance des nuitées. TO

Néanmoins le prix moyen est en baisse depuis six ans. Il est ainsi passé de 273,65 CHF TTC en 2012 à 226,65 CHF TTC en 2018. Entre 2017 et 2018, les prix ont chuté de -1,3%, preuve que la tendance à la baisse est encore en vigueur ; néanmoins, elle est moins rapide qu’en 2013, puisque cette année-là, les tarifs ont chuté de 6,9%, provoquant une baisse du RevPAR de -6,0%. A la différence, le RevPAR était en croissance en 2018, à hauteur de +0,5%, grâce à un TO en augmentation (+1,4 point). En effet, la croissance du TO a réussi à maintenir le RevPAR à plusieurs reprises, notamment en 2014 et 2015, année où le TO a cru respectivement de +2,4 pts et +1,9 pt et le RevPAR de +3,6% et +1,8%. Ainsi le revenu par chambre disponible n’a que très peu baissé entre 2012 et 2018, à hauteur de -4,92%, alors que le prix moyen a chuté de -17,17%. PM

Cette baisse des prix hôteliers s’accompagne d’une hausse des prix de l’immobilier résidentiel, notamment des loyers à Genève, à l’origine d’une crise du logement provoquée par la raréfaction du mètre carré.

Un marché très marqué par la saisonnalité

L’activité touristique est relativement bien répartie à l’échelle de l’année. A l’instar des autres villes tournées vers le tourisme d’affaires, ce marché ne dispose pas d’une haute saison et d’une basse saison, mais d’une succession de périodes de forte affluence entrecoupées de périodes creuses. Il rencontre en effet trois « pleines » périodes, à savoir en mars, en juin et en septembre, ainsi que trois périodes basses, à savoir de décembre à janvier, en avril et en août. Les périodes les plus creuses ont lieu en avril et durant la saison hivernale, lorsque l’activité des séminaires est ralentie.

Tout d’abord la première période de forte affluence au mois de mars est directement liée au Salon de l’Automobile, où 660 000 visiteurs se sont rendus entre le 8 mars 2018 et le 18 mars 2018. Pour ce qui est du mois de juin, cette hausse des affluences correspond peu ou prou au Ramadan. La clientèle des pays du Golfe (Arabie Saoudite, Emirats Arabes Unis, Qatar, Bahreïn et Oman) constitue la troisième catégorie la plus importante de visiteurs étrangers sur le territoire (252 885 visiteurs (+1,5%) en 2018). Ces visiteurs arrivent à Genève en juin, juillet ou août en fonction de leur calendrier de fêtes religieuses. Enfin le mois de septembre est à la fois un mois propice au tourisme d’affaires mais aussi au tourisme de loisirs, avec un évènement notoire qui a accueilli 140 000 visiteurs en 2018 : les Automnales. Saisons

Pendant toutes ces périodes de forte affluence, le taux d’occupation mensuel du parc se situe dans la tranche des 70-80%, voire même franchi la barre des 80% au cours du mois de juin. L’année dernière a été un record, avec un TO mensuel de 84,7% en juin 2018, en progression de 0,9 point par rapport à 2017 et même de 4,0 points par rapport à 2012. A l’opposé, au cours des périodes de faible affluence, le TO mensuel évolue entre 50 et 60%, bien que de belles percées aient été rencontrées ces dernières années faisant décoller l’occupation au-delà des 70% du parc. C’est notamment le cas en août, qui était habituellement une période creuse, à l’instar de l’année 2012 où le TO était de 56,9% ; ce même mois de grandes vacances scolaires est devenu assez prisés des touristes, si bien qu’en 2018, 79,0% des chambres disponibles sur le marché étaient occupées, résultat qui est légèrement retombé à 74,6% en 2019, ce qui demeure tout de même une progression de 17,7 points par rapport à août 2012.

 

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