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Enquêtes

Comment les destinations européennes balnéaires dépasseront-elles la crise du Covid-19 ? PARTIE 1

La côte Méditerranéenne accueillait jusqu’à maintenant nombre de touristes désireux d’oublier leur quotidien au bord de plages ensoleillées le temps de quelques semaines de repos bien méritées. Quelle pérennité pour le modèle du tourisme de villégiature, basé pour certaines destinations sur une grande part de clientèle étrangère ? A l’heure où les frontières entre pays européens s’ouvrent à peine, où leurs habitants sont encore groggy de plusieurs semaines de confinement et où la menace de la pandémie n’est pas encore totalement écartée, quid de la santé économique de ces destinations et de ces pays largement irrigués par le tourisme ?

Selon l’Organisation Mondiale du Tourisme, l’Europe du Sud et méditerranéenne représente 20% des parts de marchés du tourisme international sur les 51% que le continent européen représente. Elle reçoit 14,9% des recettes touristiques mondiales pour 38,8% dans toute l’Europe. Une destination qui tire donc une part substantielle de son activité économique du tourisme. Cette croissance représentait ,entre 2017 et 2018, + 5% d’arrivées touristiques et +7% de recettes.

Covid 19 poids tourisme Europe du sud

Qui saura faire revenir les touristes le plus vite ?

Très progressivement et à un rythme dispersé, l’Europe sort du confinement. Les perspectives du côté sanitaire s’améliorent, ce qui incite les destinations à planifier la reprise. La reprise se fait en réalité au plus vite pour certaines destinations qui ont très fortement souffert de la crise. L’Italie a sonné le glas de la fermeture de ses frontières le 3 juin ouvrant surtout à l’activité transfrontalière avec ses voisins, les hauts lieux touristiques italiens étant encore déserts. Le reste des pays de l'Union européenne rouvraient en majorité leurs frontières le 15 juin à quelques exceptions notable près.

En Espagne, c’est le 22 juin que les premiers touristes pourront fouler le sol de la destination « sol y playa » notamment les Français qui contribuent fortement à l’activité touristique sur la côte catalane ou encore au Pays Basque. Certaines destinations très dépendantes de la saison touristique estivale sont toujours coupées du monde avec de très rares connexions aériennes. Les professionnels des Baléares ou des Canaries ne peuvent donc se permettre de reprendre leur activité sans transport pour les alimenter en touristes. Des hôteliers des îles Baléares se sont rassemblés pour mener un projet pilote afin d’accueillir des touristes allemands dès que possible avant la date officielle du 1er juillet. La traçabilité des visiteurs en fait partie.

La Croatie connait depuis plus de 10 ans une forte croissance du tourisme avec parfois des destinations en surtourisme. Le pays compte un peu plus de 4 millions d’habitants et a accueilli près de 18 millions de visiteurs internationaux en 2019. Les effets de l’arrêt de l’activité touristique sont donc dévastateurs pour certaines destinations. Fin mai, la Croatie annonçait donc la réouverture de ses frontières à 10 pays européens : l’Allemagne, l’Autriche, la Lituanie, les Pays baltes, la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie et la Slovénie.

Le Portugal a adopté une approche différente lançant, en précurseur, une démarche nationale de labellisation sanitaire « Clean&Safe ». Le label porté par Turismo de Portugal permet à toutes les structures touristiques d’adhérer gratuitement à la démarche pour un an. Un geste de réassurance fort pour les touristes et lisible par eux. En effet, si de nombreux professionnels adoptent des démarches de certification et de labellisation, la destination Portugal harmonise la gestion des gestes et protocoles sanitaire.

La Grèce qui avait mis en place des mesures très strictes de confinement à l’intérieur de ses frontières, compte tenu de la faible circulation du virus dans le pays, a multiplié les messages à destination de ses clientèles touristiques émettrices. La reprise de l’activité touristique est vitale pour la destination. Les aéroports d’Athènes et de Thessalonique seront donc rouverts le 15 juin, suivis par tous les autres du pays à compter du 1er juillet. 29 pays émetteurs sont également autorisés à venir en Grèce à compter du 15 juin, l’Espagne, l’Italie et la France où le virus a largement circulé en Europe n’en faisant pas partie.

Côté français, les autorités appellent à redécouvrir la France et ses richesses, tablant sur les clientèles de proximité pour faire repartir l’activité touristique. Depuis le 2 juin, de nombreuses activités ont repris avec un bémol pour l’Île-de-France qui reste avec Mayotte et la Guyane en zone orange. Les destinations balnéaires françaises avaient développé une stratégie de conquête du tourisme d’affaires afin d’élargir les ailes de saison. Un secteur fortement touché dont la reprise espérée en septembre, reste soumise à de très nombreuses conditions :

  • Autorisation des rassemblements de plus de 10 personnes.
  • Impact durable ou non des pratiques massives de télétravail et de réunion à distance.
  • Mesures d’économies mises en place au sein des entreprises affectées par la crise.
  • Rentabilité de l’utilisation des infrastructures à moitié voire à un tiers des capacités.

Une chose est certaine, toutes ces destinations vont se battre pour conquérir la plus grande part de marché possible dans l’espoir de redonner de l’air aux professionnels du secteur. Les calendriers de communication seront donc aussi déterminants autant que les angles et tons choisis pour se différencier dans la cacophonie ambiante qui résonnera pendant tout le mois de juin et début juillet pour attirer les touristes.

La grande majorité de ces destinations possède un marché domestique peu dynamique en termes de tourisme et accueillent en haute saison une écrasante majorité de clientèles étrangères particulièrement d’Europe du Nord. La quarantaine imposée par le Royaume Uni à toute personne entrant sur son territoire, résidant ou non, est un frein réel à la fréquentation touristique d’une partie des touristes britanniques.

Couplé pour certains territoires, notamment azuréens, avec la forte dépendance des clientèles internationales, la problématique se complexifie pour les dynamiques de reprise.

Rejoindre la côte méditerranéenne malgré une reprise très progressive du trafic aérien

La compagnie allemande Lufthansa dessert :

  • Barcelone, Alicante, Valence, Ibiza, Mayorque et Minorque et Malaga en Espagne.
  • Nice et Marseille depuis Francfort et Munich en France.
  • Santorin, Héraklion, Athènes, Thessalonique, Corfou et Zakynthos en Grèce.
  • Turin, Milan, Rome, Naples, Bari et Bologne en Italie.
  • Zagreb en Croatie.
  • Faro, Lisbonne et Porto au Portugal.

Elle prévoit la reprise de 90% de son trafic court et moyen-courrier d’ici septembre, une zone d’incertitude pour les opérateurs de ces destinations en l’absence actuelle d’un calendrier de réouverture. Le groupe annonce la réouverture de 102 destinations depuis son hub de Francfort et 88 depuis Munich d’ici septembre parmi lesquelles Malaga, Alicante, Valence, Naples, Rhodes, Palerme ou encore Faro.

Pour British Airways, les destinations d’Europe du sud sont :

  • Barcelone, Alicante, Valence, Ibiza, Mayorque, Minorque et Malaga en Espagne.
  • Nice et Marseille en France.
  • Santorin, Chania, Héraklion, Athènes, Thessalonique, Corfou, Mykonos, et Zakynthos en Grèce. 
  • Turin, Milan, Vérone, Rome, Naples, Bari, Pise et Bologne en Italie.
  • Zagreb en Croatie.
  • Faro, Lisbonne et Porto au Portugal.

Après l’annonce de la suppression de 12000 emplois en avril dernier, il n'y a eu aucune communication officielle sur la reprise du trafic. Quand et comment les touristes britanniques, qui sont des millions à alimenter l’économie d’Europe du sud en été, pourront-ils envisager de quitter rapidement le Royaume Uni ?

Côté Air France qui dessert :

  • Barcelone, Alicante, Valence, Ibiza,Mayorque et Malaga en Espagne.
  • Nice, Montpellier et Marseille en France.
  • Santorin, Héraklion, Athènes, Thessalonique et Mykonos en Grèce.
  • Turin, Milan, Rome, Naples, Bari et Bologne en Italie.
  • Zagreb en Croatie.
  • Faro, Lisbonne et Porto au Portugal.

La compagnie annonce une reprise progressive du trafic à compter de fin juin sans toutefois dépasser les 15% de capacité de trafic par rapport à ses rotations habituelles soit 75 appareils sur les 244 que compte la flotte de l’opérateur. Parmi les destinations qui seront desservies depuis et vers l’aéroport Charles de Gaulles figurent : Bologne, Florence, Héraklion, Ibiza, Lisbonne, Milan, Naples, Palma de Majorque, Porto, Rome, Venise. Les 80% de trafic repris d'ici la fin de l'été seront priorisés sur le trafic domestique.

Côté low costs, forts pourvoyeurs de voyageurs estivaux, l’annonce de la reprise se fait également. Easy Jet annonçait le 3 juin la réouverture de plusieurs centaines de destinations estivales avec la vente d’un million de sièges dans des destinations européennes pour 29,99£. La compagnie prévoit la reprise des ¾ de ses destinations d’ici le mois d’août et 50% d’ici juillet.

RyanAir annonce la reprise de l’exploitation de 40%de ses vols d’ici juillet. La compagnie propose également des vols simples à 29,99€ pour des destinations comme le Portugal, l’Espagne, l’Italie, la Grèce et Chypre à compter du 1er juillet et ce, depuis les principaux bassins émetteurs d’Europe du nord soit notamment l’Irlande, le Royaume-Uni, la Belgique, les Pays-Bas et l’Allemagne.

La reprise se fera toutefois progressivement et dépend non seulement de la remise en service des lignes pour le grand public mais également et surtout de l’appétence des touristes pour les vols internationaux. Une reprise également freinée par le message de nombreux organismes de promotion touristique qui appellent les touristes à passer leur été dans leur pays d’origine, notamment en France qui envoie chaque année 9 millions de touristes hors de ses frontières.

Des destinations qui ont montré leur résilience

En prenant du recul et sous un angle plus large, force est de constater que l’industrie touristique fait preuve d’une forte résilience. En regardant les crises qui ont frappé les marchés européens et mondiaux, on note le dynamisme et la résilience du marché touristique européen.

La crise financière qui s’est étalée entre 2008 et 2009 a eu de fortes conséquences sur les RevPAR qui ont perdu -8,2%. Dès 2010, les performances retournaient néanmoins dans le positif. Toutefois, l’ampleur de la crise actuelle et l’impact qu’elle aura sur les PIB des pays dans le monde est plus comparable à celles de 1929 et 1993. La crise de 1993, après avoir conduit à l’inflation des prix de l’hôtellerie, a également été le signal d’une restructuration totale du marché. Le développement de la standardisation de l’offre, notamment sur les segments super économiques et économiques, date de cette période de crise. Elle aura conduit à la création de nouveaux concepts hôteliers. Sans présumer de l’avenir de l’offre hôtelière, cette situation extrême conduira peut-être à une réadaptation de certains concepts.

Malgré les crises, la plupart des marchés européens ont montré une bonne résilience avec une remontée rapide des RevPAR après les crises. Il est toutefois à rappeler que celle qui frappe actuellement le monde est bien plus brutale que les précédentes enregistrées.

Chaque pays d’Europe du sud a suivi des trajectoires de reprise différentes suite aux derniers événements qui avaient secoué le marché européen et le monde : les attentats survenus sur le sol européen en 2015 et 2016.

La France était la destination la plus affectée, ayant subi plusieurs attentats sur son sol, elle avait récupéré des performances en progression dès début 2017 pour ensuite retomber dans le rouge avec la crise des Gilets jaunes qui avait fortement endommagé l’image de la destination. Le marché français, où l’offre est encore en deçà de la demande, reste une valeur refuge pour la plupart des investisseurs à moyen et long termes. Les efforts déployés par le gouvernement français pour maintenir la viabilité des entreprises dans l’urgence face à la crise du Covid-19 renforcent cette attractivité. Les destinations balnéaires françaises restent attractives, avec des infrastructures, des offres et des paysages mondialement réputés et attrayants.

En Espagne, malgré un accident de parcours entre le printemps et l’été 2018, la progression des indicateurs de performance était largement dans le vert. La Catalogne affichait des performances plus modérées.

L’Italie affichait des performances plus en dent de scie, la reprise s’amorçant en même temps que sa voisine française début 2017.

Le Portugal ne connaissait pas la crise en dehors d’un accident de parcours à la fin de l’été 2018, explicable par la croissance importante de PM qui avait été pratiquée à la même période en 2017.

La Grèce faisait face à des performances plutôt plates voire négatives depuis début 2019.

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