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Opérations

Chypre… Un impératif besoin de changement

De longue date, le tourisme à Chypre est l’épine dorsale de l’économie nationale. De nos jours, l’amélioration des services et la diversification des produits touristiques sont un engagement prioritaire du gouvernement. Malgré sa riche culture, l’île est menacée par les pays voisins ayant une offre similaire à des prix plus bas. Les dernières statistiques de revenus touristiques montrent la nécessité d’un changement d’orientation de l’île.

Troisième plus grande île de la Méditerranée, à la croisée de trois continents (l’Afrique, l’Asie et l’Europe), Chypre peut se prévaloir de longues plages de sable fin et de petites criques préservées. A la suite de l’invasion par la Turquie, pendant l’été 1974, l’activité économique de l’île a été figée car 60 % des infrastructures les plus développées du pays et des installations touristiques ont été perdues. Mais Chypre est sortie encore plus forte de cette période difficile pour s’affirmer comme l’une des plus importantes destinations touristiques de la Méditerranée.Depuis le lancement de son Plan, le tourisme chypriote est en passe de surmonter plusieurs de ses problèmes. D’ores et déjà, la première moitié de 2005 a enregistré une légère hausse des revenus par rapport à la même période de l’an passé et les dirigeants du pays, de même que les professionnels du tourisme, espèrent que cette tendance va se poursuivre.Avec un peu plus de 750 000 habitants, l’île de Chypre accueille plus de 2 millions de touristes chaque année. Le secteur touristique emploie directement plus de 50 000 personnes. Si de tout temps, la clientèle balnéaire fait partie des cibles prioritaires des actions marketing, les responsables gouvernementaux commencent à envisager le tourisme chypriote sous un autre angle. Alors que le nombre des arrivées touristiques est en augmentation, les recettes de l’industrie en 2004 sont en déclin pour la troisième année consécutive. Le ministère du Tourisme et la CTO (Cyprus Tourism Organisation) se sont attelés à la tâche pour lutter contre cette tendance à la baisse en maximisant les revenus générés par le tourisme. Déjà en oeuvre, le Plan Stratégique de Développement 2003-2010 cherche à repositionner Chypre pour la faire passer d’une destination mono-produit à un pays offrant des expériences touristiques aux multiples facettes.Depuis la première année d’application du Plan, le pays a réussi à inverser le déclin du nombre des arrivées constatées en 2002 et 2003. En 2004, Chypre a enregistré 2,3 millions d’arrivées touristiques, une hausse de près de 50 000 (+2 %) sur 2003. C’est encourageant quand on sait qu’en 2003, les données étaient inférieures de 4,8 % à celles de 2002, elles-mêmes en baisse de 10,3 % sur 2001.Dans cette lignée, 2005 montre des résultats positifs avec 282 652 touristes ayant visité l’île en juin, à comparer au 264 799 arrivées pour la même période 2004 (+6.7%). Les tour-opérateurs com-me TUI, Kuoni, Thomson et Olympic Holidays sont parmi les principaux opérateurs à offrir des forfaits touristiques à destination de Chypre et quelque 30 compagnies aériennes desservent les deux aéroports internationaux – Larnaka et Paphos – reliant l’île à 120 villes dans le monde. En haute saison, le nombre de vols vers et depuis Chypre peut excéder les 500 par semaine.Plus de la moitié des 2,3 millions d’arrivées touristiques provient de Grande-Bretagne. Les deux autres marchés émetteurs significatifs – la Scandinavie et l’Allemagne, totalisent à peine 400 000 visiteurs, soit 17 % des arrivées de 2004.Les touristes en provenance de Russie étaient 83 800 en 2004, soit 3,6 % des arrivées, avec une prédilection pour la ville de Limassol. 36,6 % d’entre eux ont choisi de séjourner dans les hôtels de Limassol. Il n’y a pas si longtemps, en 2000, le marché russe représentait plus de 5 % du total des arrivées touristiques et Limassol concentrait autour de 60 % de ces arrivées. Depuis que Chypre a rejoint l’Union européenne en mai 2004, obtenir un visa touristique semble être devenu beaucoup plus fastidieux pour les Russes et, par voie de conséquence, ils se tournent vers les pays voisins non membres de l’Union comme la Turquie. Karolos Lambertides, directeur des ventes et du marketing pour les Stademos Hotels, partage le même point de vue que la plupart des hôteliers. “Si le Gouvernement peut limiter cette bureaucratie dévoreuse de temps, le marché russe choisira Chypre par rapport aux autres pays voisins”.Membre du Louis Group, Louis Hotels gère différents établissements pour des clientèles diversifiées. Popi Tanta Demetriou, directrice générale Ventes et Marketing, se veut optimiste sur la fréquentation répétitive, bénéficiant d’une grande fidélité notamment des clients du Royaume-Uni. Mais plus encore, Popi Tanta affirme : “Nous croyons qu’avec la libéralisation des vols et l’augmentation des fréquences quotidiennes depuis et vers la Grèce, le trafic devrait croître considérablement”.Le tourisme chypriote est en état d’alerte. Pour la troisième année consécutive, 2004 affiche un déclin des recettes touristiques. Les revenus du tourisme étaient de 1,7 milliards, en baisse de 3,2% comparé à 2003, 13,6% de moins qu’en 2002 et 24,6% de moins comparé aux recettes de 2001. Mais le revenu du tourisme sur six mois, à fin juin 2005, a atteint 645,5 millions comparé à 641,5 millions pour la même période en 2004, soit +0,6%. Avec son Plan Stratégique, le Gouvernement de Chypre vise la barre des 3,1 milliards et des 3,5 millions d’arrivées touristiques à l’horizon 2010. Un objectif ambitieux alors que la clientèle de Chypre est de plus en plus regardante sur les prix, comme le constate Michael Metaxas, General Manager de l’hôtel Anassa à Latsi : “Il y a une baisse des dépenses des touristes, particulièrement en restauration. Désormais, nous nous concentrons davantage sur les groupes incentive et d’affaires de grandes sociétés à travers le monde”. De fait, même si la longueur moyenne du séjour et le prix payé par les touristes pour l’hébergement est stable, et dans certains cas, meilleurs, il apparaît que le mix clientèle de Chypre est devenu très sensible au prix.La promotion et le développement d’un tourisme de qualité par le gouvernement chypriote est à la base d’un parc hôtelier de haut niveau. Il y a actuellement 21 établissements cinq étoiles et 58 quatre étoiles opérant sur l’île, en majorité le long des côtes avec un accès facile aux plages de sable.Le nombre de lits disponibles à la fin 2004 est d’environ 120 000 et le Plan Stratégique plaide pour une croissance très modeste de la capacité d’hébergement d’ici à 2010. Selon ce plan, tout nouveau développement sera limité aux catégories 3 à 5 étoiles, essentiellement des boutiques hôtels.Alors même que les touristes deviennent plus avertis, ils ont accès à des transports moins chers et plus fréquents. Le tourisme chypriote est sous la menace des pays voisins comme la Grèce, la Turquie, l’Egypte, Malte – autant de pays qui ont la possibilité d’offrir des produits de haute qualité à des prix abordables. L’une des faiblesses de Chypre réside dans le coût élevé des opérations hôtelières et les hôteliers ont commencé à comprendre qu’ils ne peuvent répliquer qu’en proposant un meilleur rapport qualité/prix. De nombreux opérateurs hôteliers investissent beaucoup dans la rénovation afin de maintenir leur produit à un niveau concurrentiel élevé. Le Four Seasons de Limassol a donné l’exemple en fermant six mois pour rénovation. Interrogé sur les actions menées par le CTO pour attirer plus de touristes, Pambos Charalambus, le directeur de l’hôtel, répond : “tout effort du CTO qui vise à augmenter la quantité et la qualité du tourisme est salué par tous, mais il appartient aux hôteliers eux-mêmes d’être proactifs pour privilégier le meilleur rapport qualité/prix”.Le tourisme de Chypre doit aussi affronter la saisonnalité. Bien que l’île offre d’excellentes conditions météorologiques au moins neuf mois par an, la très haute saison - de juillet à septembre - est la seule qui satisfasse pleinement les hôteliers tant en termes de fréquentation que de prix moyens. Les six mois qui courent de mai à octobre cumulent 73 % des arrivées touristiques de 2004. La même tendance prévaut pour le tourisme local puisque la majorité des Chypriotes prennent leurs vacances pendant la même période. Le plan de développement vise à surmonter le problème en enrichissant l’offre touristique. Une série de projets est prévue dans des domaines comme les sports, les parcours de golf, les marinas et les installations pour congrès et incentive, afin d’améliorer les infrastructures touristiques d’ici à 2010.Le tourisme d’affaires a un fort potentiel en raison de la situation géographique de l’île, stratégiquement à la croisée des routes de trois continents l’Europe, l’Asie et l’Afrique, qui incite de nombreuses sociétés multinationales à tenir leurs réunions à Chypre. Même si le Centre international de conférence de Chypre est situé à Nicosie, la capitale, la plupart des conférences se déroulent à Limassol. Station balnéaire, la seconde ville du pays permet de combiner le plaisir et les affaires, tout en étant idéalement situé à courte distance des deux aéroports internationaux de l’île. Plusieurs hôteliers pensent que la ville a besoin de son propre centre de congrès pour accueillir des groupes supérieurs à 2 000 délégués, car à de nombreuses reprises, des grandes manifestations n’ont pu être acceptées pour cette raison. Le plus grand centre actuel est localisé à l’hôtel Hawaï, susceptible de recevoir jusqu’à 1 200 délégués. “Notre hôtel a gagné le titre de Meilleur hôtel de conférence européen en 2004 dans le cadre des World Travel Awards”, déclare fièrement Tsangaras Demetris, son directeur général. Demetris Yiannakis, directeur des ventes et du marketing pour Tsokkos Hotels, l’un des cinq principaux groupes hôteliers de Chypre, considère aussi le tourisme d’affaires comme un secteur très important pour son groupe.Le changement radical en matière de saisonnalité et l’extension du mix clientèle impliquent des améliorations dans le tourisme sportif. Cette niche est une priorité des actions du Plan avec le développement d’infrastructures et l’organisation de rencontres internationales d’athlétisme. Les installations sportives du pays doivent s’améliorer selon un Plan Stratégique sur 3 ans de 2005 à 2007. Ainsi, de nouveaux parcours de golf sont prévus sur des terrains d’Etat. Les golfeurs du monde entier ont manifesté leur intérêt et tous les professionnels du secteur reconnaissent le bénéfice vital de ces créations. Paphos, berceau mythique d’Aphrodite, la déesse de la Beauté, est un resort très apprécié pour la qualité pour ses infrastructures et des hôtels, il abrite notamment l’hôtel Akamas Peninsula dans un environnement préservé. On y trouve aussi l’Aphrodite Hills Golf Course, partie intégrante du Aphrodite Hills Resort, dont le parcours est tout à fait comparable aux meilleurs parcours Europe continentale.C’est aussi là qu’est installé l’InterContinental Cyprus Hotel. Jorgen Jorgensen, son directeur général, est un fervent supporter du tourisme de niche. Bien que les Britanniques et les Scandinaves, suivis des Allemands, constituent l’épine dorsale de sa clientèle, l’hôtel apprécie fortement les plus petits groupes, notamment en provenance de France. “A la différence de la clientèle totalement balnéaire, les Français apprécient la richesse des monuments historiques et des trésors archéologiques que propose l’île.”Au-delà de ses attractions culturelles, la beauté naturelle de l’île peut véritablement s’apprécier en parcourant la campagne. De plus en plus de touristes commencent à réaliser que les villages traditionnels dans l’arrière-pays chypriote sont particulièrement impressionnants.Pour atteindre à la fois ses objectifs à court et à long terme, il est aussi impératif que la Cyprus Tourism Organisation, associée à tous les officiels clés qui, directement ou indirectement, travaillent pour le secteur touristique, adopte une nouvelle approche en direction des marchés plus petits. Parmi ces marchés, on compte le tourisme domestique, les Chypriotes sont connus pour dépenser largement quand ils sont en vacances dans leur propre pays. Demetris Tsingis, directeur des ventes et du marketing du groupe hôtelier Aqua Sol, pense que les Chypriotes devraient représenter cette année 5% de la clientèle à comparer avec un modeste 2 à 3% les années précédentes. “Apparemment, les Chypriotes commencent lentement à choisir de rester à Chypre au lieu de partir vers d’autres destinations pour leurs vacances, notamment depuis que ils peuvent bénéficier de prix plus bas”.

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