Chronique francophone 12 : les défis du tourisme québécois sont encore nombreux…

9 min de lecture

Publié le 03/06/24 - Mis à jour le 03/06/24

quebec

Pour la première fois depuis près de deux décennies, l’économie de la ville de Québec a connu une période de décroissance en 2023. La ville se classe même parmi les dernières des grandes villes canadiennes pour sa capacité à créer de la richesse. Certains ont même parlé à son sujet de « tigre dégriffé ». Une situation révélatrice d’une évidente fragilité post-Covid. (Brice Duthion)

Le Québec, une économie encore fragile

Pour rappel, le Canada est un vaste État fédéral qui compte dix provinces et trois territoires disposant d’une large autonomie. Deuxième pays le plus vaste au monde après la Russie, le Canada est l’un pays occidentaux les moins densément peuplés avec un peu plus de 40 millions d’habitants.

Plus de 60 % de la population canadienne se concentrent dans les provinces de l’Ontario (environ 40%) et du Québec (un peu plus de 20%). Neuvième puissance économique mondiale avec un PIB légèrement supérieur à 2 100 milliards de CAD, l’économie canadienne a traversé de grandes difficultés durant les dernières années.  Le recul de l’investissement résidentiel et les contraintes de l’investissement des entreprises et de la consommation ont largement été les éléments structurels du ralentissement de la croissance canadienne des dernières années.

La situation macroéconomique est dégradée avec en particulier une forte augmentation de la charge de la dette depuis la crise du Covid. Le poids de la dette devrait atteindre 103% du PIB en 2024 (contre 118% en 2020 et 90% en 2019). Durant les mêmes années, les taux d’intérêt furent élevés, les taux directeurs ont été supérieurs à 5% jusqu’au début de l’année 2024. Un impact direct a été observé dans le bâtiment, les nouvelles mises en chantier ont diminué de 7% en 2023.

En novembre 2023, le ministre québécois des Finances, Éric Girard, a confirmé des « gestes ciblés pour répondre aux priorités des Québécois » à hauteur de 3 milliards d’euros sur cinq ans pour « offrir un meilleur accès au logement, lutter contre l’itinérance, bonifier l’aide alimentaire, appuyer la formation dans des domaines spécifiques, s’adapter aux changements climatiques et favoriser l’investissement des entreprises ».

Une reprise timide de l’emploi touristique

fd
Un retour encore timide de tous les visiteurs internationaux (Ville de Québec)

En parallèle, la crise des vocations rencontrée par les entreprises a connu une ampleur inhabituelle de ce côté de l’Atlantique. En septembre 2022, un million d’emplois étaient vacants (soit l’équivalent de 5% de la population active). Une récente arrivée de plus de 2,5 millions d’immigrants au Canada en à peine deux ans a permis de réduire le nombre de postes vacants de 35% en un an.

Les tensions sur le marché du travail canadien semblent structurelles, le taux de chômage s’élevait à 6,1% en avril 2024. En parallèle, et malgré la multiplication des dispositifs de soutien, la productivité du travail s’est érodée, l’écart s’est accru notoirement avec les USA.

Selon Statistique Canada, le niveau de productivité du travail était au troisième trimestre 2023 inférieur de 0,5% à son niveau de 2017. Le secteur de l’hôtellerie a grandement influencé ces tendances, du fait des nombreux départs de travailleurs de l’industrie des services d’hébergement et de restauration.

Pour autant, les perspectives du marché sont dynamiques. Toutefois, cette évolution ne rattrapera pas, selon les prévisions, les quelque 75 000 emplois perdus durant la pandémie. Cette croissance dépendra des dynamiques des marchés du tourisme d’agrément et du tourisme d’affaires.

Destination Canada ne prévoit un retour des touristes internationaux au niveau de 2019 qu’en 2025 seulement. Mais la perception du travail dans l’industrie n’a pas été inversée depuis la pandémie : l’absence de sécurité́ d'emploi, les faibles salaires, la variabilité des heures de travail et le très faible épanouissement (ou développement) professionnel en sont les principaux symptômes. La question salariale est au cœur des enjeux de la profession, notamment en comparaison des pratiques observées aux USA voisins. Où la hausse historique de 10 $ l’heure, la plus forte augmentation en un siècle, se fait directement sentir au Québec.

Un défi lié au manque d’investissements en matière numérique

ve L’Association Hôtellerie Québec (AHQ), qui rassemble les établissements d’hébergement touristique classifiés, a indiqué dans une publication datant de la fin février que de nombreux établissements québécois, outre leurs difficultés RH, sont à la traine en matière numérique. 60 % des hôteliers investissent moins de 2 % de leurs revenus de chambre en technologie, 58 % des établissements interrogés ne possèdent aucun outil de gestion de leurs clients.

« Il faut s’actualiser sur le plan technologique pour demeurer concurrentiel. Il faut beaucoup plus qu’un bon wifi pour attirer les clients », a insisté sa présidente, Véronyque Tremblay. « L’industrie hôtelière a fonctionné à plein régime, sans restriction » pour atteindre un rendement optimal en 2023.

Les prévisions pour le domaine hôtelier sont bonnes, voire très bonnes, pour 2024. À l’échelle nationale, le revenu par chambre disponible (RCD) devrait augmenter de 4 % en moyenne annuelle en 2024. Les principaux investissements doivent porter sur le marketing et les outils de la relation-client.

Plus de la moitié des hôteliers, selon l’enquête d’AHQ, ne disposent d’aucun outil de gestion des revenus, un quart n’utilise aucun PMS. Au niveau de l’expérience client, un quart des hôteliers interrogés déclarent disposer de serrures supportant une clé́ numérique sur mobile, 15% déclarent posséder des bornes d’enregistrement.

Les principaux freins aux changements technologiques sont le manque de personnel et de temps, de moyens financiers et d’information. Selon une étude de la Chaire de tourisme Transat de janvier 2022, citée par l’Alliance de l’industrie touristique du Québec (AITQ), « 75 % des touristes ayant vécu des irritants en lien avec la pénurie de main-d’œuvre jugent que le manque de personnel a affecté́ leur expérience touristique ».

Cette situation risque sérieusement de freiner la relance, de réduire la capacité des entreprises à se développer, d’affecter la qualité de l’expérience des voyageurs et, au bout du compte, de freiner la génération de revenus.

Mobilité, emploi et financement : trois thèmes majeurs identifiés pour relancer la dynamique touristique

Une communication de AITQ de février 2024, basées sur une consultation exhaustive de ses membres, relève que trois thèmes majeurs se distinguent dans les défis qui se dressent encore devant le secteur : 

  • l’amélioration de la mobilité sur le territoire pour faciliter l’accès aux régions,
  • la limitation des effets de la pénurie de main-d’œuvre
  • et le développement de l’offre touristique au Québec.
mqls
Favoriser l'intermodalité des transports et notamment le recours aux autocars de tourisme

Pour faciliter la mobilité et l’accès au territoire, les infrastructures et les services de transport actuels ne répondent pas aux besoins. L’un des enjeux pour améliorer l’intermodalité et offrir des moyens de transport abordables, fiables et efficaces, il conviendrait selon l’Alliance que le gouvernement soutienne financièrement les transporteurs par autobus qui réalisent des trajets à partir des destinations ciblées par le Programme d’accès aérien aux régions (PAAR).

Concernant l’aide pour limiter les effets la pénurie de main-d’œuvre, une entreprise sur deux a manqué de personnel en 2023 pour être pleinement opérationnelle, l’Alliance préconise d’inclure l’industrie touristique en tant que secteur prioritaire ciblé par les programmes de formation du gouvernement de la Province. Un vaste débat comme il existe en France depuis de nombreuses années.  

Enfin, pour investir dans l’offre et assurer la compétitivité du Québec en fournissant aux entreprises les outils nécessaires à leur développement et à leur pérennité, l’Alliance recommande au gouvernement de prolonger et bonifier le Programme d’aide à la relance touristique (PARIT) et le Programme d’appui au développement des attraits touristiques (PADAT), tout en simplifiant et en accélérant l’accès au financement en offrant des garanties de prêt aux entreprises du secteur touristique. 

Pour Frédéric Dubé, de l’AITQ, « l’industrie touristique au Québec est un secteur clé de notre l’économie et de la vitalité de l’ensemble de nos régions. Pour que le Québec continue d’être une destination performante à l’échelle mondiale, il est essentiel de s’attaquer aux enjeux prioritaires que vivent les entreprises touristiques, soit améliorer la mobilité sur le territoire, le manque de main-d’œuvre et l’accès aux sources de financement. »

Deux appels à projets structurels pour 2024

Un appel à projets vient d’être lancé dans la cadre du PARIT, se clôturant le 19 juin prochain. L’objectif général du programme est de soutenir le développement et la consolidation d’une offre touristique innovante, évolutive et durable pour assurer la pérennité et la compétitivité de l’industrie touristique québécoise.

Et ses objectifs spécifiques sont triples : renforcer le développement et la consolidation d’attraits touristiques qui présentent un effet structurant pour leur région, qui favorisent la rétention des Québécois ou qui motivent les déplacements ; accroître la vitalité économique et sociale des communautés et des régions par le développement d’une offre touristique durable, originale et diversifiée ; favoriser l’adoption de bonnes pratiques en matière de responsabilité sociale des organisations touristiques.

sdf
Une des filières privilégiées alliant retour à la nature et connaissance des populations, le "tourisme autochtone"

Les projets les plus recherchés dans le cadre du PARIT 2024 doivent être en lien avec quatre filières (accès à la nature ; tourisme autochtone ; tourisme hivernal ; tourisme gourmand et agrotourisme) en garantissant un engagement dans une démarche structurée de développement durable ou de responsabilité sociale.

Le PADAT 2024, qui prendra fin en décembre 2025, Ce programme vise à stimuler les investissements privés au profit du renouvellement de l’offre touristique au Québec, à favoriser le repreneuriat d’entreprises touristiques, à permettre d’assurer la croissance, le développement et la pérennité des entreprises touristiques, à stimuler l’économie des régions par l’augmentation du nombre de visiteurs et l’accroissement des recettes touristiques et à accroître la vitalité économique et sociale des communautés et des régions par le développement d’une offre touristique durable, originale et diversifiée.

Les projets concernant un attrait, un équipement ou un service touristique sont recherchés, liés à la construction, à la reconstruction y compris la démolition d’une infrastructure désuète existante, à l’agrandissement, à l’aménagement intérieur ou extérieur, à l’adaptation ou à la reconversion, à l’acquisition ou au remplacement d’équipement, à l’acquisition d’une entreprise touristique et au déploiement d’une nouvelle expérience touristique.

 

 

 

Pour aller plus loin

Chaque semaine, l’équipe HON vous apporte un regard expert sur le monde de l’hospitalité. En devenant membre, vous aurez accès à un écosystème complet : contenu exclusif, emploi, etc.

DEVENIR MEMBRE

Inscrivez-vous pour ajouter des thèmes en favoris. Inscrivez-vous pour ajouter des catégories en favoris. Inscrivez-vous pour ajouter des articles en favoris. Connectez-vous gratuitement pour voter pour la candidature.

Déjà inscrit ? Déjà inscrit ? Déjà inscrit ? Déjà inscrit ?