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Analyses

Le Yorkshire : une destination touristique qui a plus d’un Tour dans son sac

L’un des berceaux de la révolution industrielle, le Yorkshire est fort d’un héritage manufacturier diversifié, mais aussi d’un riche patrimoine touristique et naturel. La destination séduit ainsi un nombre croissant de visiteurs, venus pour le dépaysement et un large panel d’activités, mais aussi pour le business et les équipements d’affaires. Les indicateurs du marché hôtelier local sont au vert, et affichent des perspectives encourageantes. De quoi continuer à attirer les investissements, sans trop pâtir voire en bénéficiant du « Brexit » ?

Implanté au Nord de l’Angleterre, au bord de la Mer du Nord, le Yorkshire est la plus grande région de GrandeBretagne en termes de superficie. Elle se divise en quatre comtés (Nord, Sud, Ouest et Est Yorkshire) qui totalisent près de 5,3 millions d’habitants, soit 8,4% de la population du RoyaumeUni. Avec un PIB par habitant de près de £21 700 en 2015, la région se situe légèrement en-dessous de la moyenne britannique (£27 100 pounds), héritage de son passé de pôle industriel. Car si le territoire a traversé une importante phase de transition au cours des dernières décennies, passant d’une économie basée sur l’industrie manufacturière à une prédominance des services, la part du secteur secondaire y reste encore très importante. Les emplois ouvriers représentent ainsi 11,7% de sa force de travail, positionnant la région au deuxième rang en Grande-Bretagne. La région compte plusieurs agglomérations qui sont ses pôles économiques. La plus importante est Leeds, qui est le second centre financier de Grande Bretagne après Londres, et s’appuie ainsi sur un secteur tertiaire dynamique.  Les projets d’immobilier commercial qui s’y sont développés ces dix dernières années représentent un investissement d’environ £4 milliards et les projets en cours de développement sont estimés à £5,8 milliards. Autre agglomération majeure, Sheffield s’est quant à elle historiquement développée avec l’industrie de l’acier et de la coutellerie, et est aujourd’hui également reconnue pour son ingénierie et son développement dans l’univers du digital. Enfin, l’activité portuaire du port de Hull le positionne en quatrième place en Europe du Nord (le port traite chaque année plus de 12m tonnes de cargo). Hull sera la capitale culturelle du Royaume-Uni en 2017 et accueillera à ce titre le Turner Prize, qui récompense chaque année un artiste contemporain de moins de 50 ans né, vivant ou travaillant en Grande Bretagne. La ville rouvrira aussi cette année son musée Ferens Art Gallery après un investissement de £70m. Enfin, les ressources naturelles sont aussi au cœur de son développement, comme en témoigne le projet de Green Port Hull, représentant un investissement d’£1 milliard : l’objectif est d’en faire un pôle pour les énergies renouvelables à travers notamment le développement de l’énergie éolienne offshore.Un plan de développement économique et stratégique du territoire de Sheffield (Integrated Infrastructure Plan) de £28 milliards a également été dévoilé. Financé via un partenariat publicprivé, il mise en particulier sur le marché aérien avec la rénovation des infrastructures existantes de l’aéroport de Doncaster Sheffield, le renforcement de l’accessibilité du territoire, ou encore l’innovation dans les énergies renouvelables et dans l’univers du digital. L’objectif est d’augmenter les retombées économiques de £3,1 milliards, créer 70 000 emplois nets, 6 000 entreprises et 70 000 logements d’ici 2025. Les autorités souhaitent ainsi créer un environnement propice à l’entreprenariat en offrant des avantages comparatifs aux investisseurs. A noter d’ailleurs que le comté avait bénéficié en 2015 d’un volume d’investissements directs à l’étranger en hausse de 66% par rapport à 2014, avec pas moins de 83 projets majeurs ciblant la région de Yorkshire & Humber (source : EY’s Global Investment Monitor 2016). Mais le Yorkshire & Humber n’est pas qu’un territoire industriel : il est aussi connu pour son patrimoine naturel et touristique, avec des paysages et une architecture typiquement britanniques. L’industrie touristique y génère près de 8 milliards d’euros par an (£7 milliards), et le secteur emploie près de 250 000 personnes, soit 7% de la force de travail total de la région. La capitale historique du Nord de l’Angleterre, York, a attiré cette année 6,8 millions de touristes, un chiffre en hausse de 1,5% selon la York Destination Management Organisation. Le tourisme représente 10% de l’économie de cette ville, l’un des principaux pôles touristiques de la région grâce notamment à ses fortifications et à sa cité médiévale. Le Yorkshire compte deux sites classés UNESCO : le Parc de Studley Royal, avec les ruines de l’abbaye cistercienne de Fountains dans le Yorkshire Nord, et le village industriel de Saltaire, dans le Yorkshire de l’Ouest. La région offre également un large panel de musées, d’abbayes, ainsi que deux parcs naturels, le North York Moors National Park et le Yorkshire Dales National Park. Ce dernier, fondé en 1954, va aujourd’hui bien au-delà des missions traditionnelles de préservation et d’accueil du public : il a ainsi lancé une politique volontariste d’« open data », offrant au grand public un accès en continu à sa comptabilité ou encore à son patrimoine –car le parc est propriétaire de nombreux terrains et bâtiments. Le parc a aussi misé sur le secteur des énergies renouvelables via le Yorkshire Dale National Park Sustainable Development Fund, qui a soutenu 272 projets et investi £2,3 millions dans le secteur depuis 15 ans. Le Yorkshire bénéficie également d’une certaine réputation gastronomique. Outre ses plus de 143 brasseries, la destination propose en effet pas moins de six restaurants étoilés au Guide Michelin, la positionnant en tête des comtés les plus étoilés en dehors de Londres. La région est aussi un pôle de production de rhubarbe : depuis environ 150 ans, elle est récoltée à la main entre les mois de janvier et mars dans le « Triangle de la rhubarbe » formé de Wakefield, Morley and Rothwell. Cette tradition est si ancrée qu’elle donne lieu chaque année au « Festival de la rhubarbe » qui se tient cette année du 17 au 19 février à Wakefield.Au-delà de ses sites d’agrément, la destination est aussi propice au tourisme d’affaires avec 440 salles de séminaires dont 27 pouvant accueillir plus de 1 000 personnes. Pour dynamiser ce segment, l’accessibilité est un enjeu-clé. En train, les voyageurs doivent compter deux heures pour relier Londres aux villes de Leeds et York. Par avion, la région s’appuie en particulier sur deux aéroports : LeedsBradford et Doncaster-Sheffield. Un plan de développement stratégique, « Route to 2030 », a été lancé à l’aéroport de Leeds-Bradford qui a pour objectif d’accueillir 7,1 millions de passagers par an en 2030, contre 3,5 millions de passagers annuels aujourd’hui, déjà un record historique.  Outre le renforcement de son accessibilité à l’échelle internationale, ce plan inclut la création d’un établissement hôtelier dans la zone aéroportuaire.Les chaînes hôtelières comptent plus de 200 hôtels et plus de 18 000 chambres dans la région. Outre les champions britanniques Premier Inn et Travelodge, qui y comptent respectivement 3874 et 1901 chambres en 2016, plusieurs groupes d’envergure mondiale ont planté leur drapeau dans les principales agglomérations du Yorkshire, notamment InterContinental Hotel Group (principalement sous enseigne Holiday Inn), AccorHotels (sous les marques de la famille ibis, mais aussi Mercure et Novotel) et Hilton Worldwide (sous sa marque éponyme et en DoubleTree).La région bénéficie actuellement d’importants investissements dans le secteur hôtelier. Dans la ville de Hull, près de £1 million ont été investis dans la rénovation du Mercure Hull Grange Park Hotel (100 chambres). A York, The Grand Hotel & Spa va faire l’objet d’un investissement de £15 millions comprenant le développement de 100 chambres (soit un total de 207 chambres), la création d’un nouveau restaurant de 140 couverts, et la rénovation des espaces affaires. L’établissement devrait rouvrir ses portes fin 2017. La chaine EasyHotel a également annoncé le développement d’une unité à Leeds au sein d’un ancien théâtre (94 chambres) et d’une unité à Sheffield (131 chambres). Travelodge souhaite aussi développer 13 unités dans la région d’ici 2022, soit un investissement de £80m. De son côté, Premier Inn compte notamment ouvrir deux hôtels cette année : dans la station balnéaire de Bridlington, le groupe développe un hôtel de 82 chambres (ouverture prévue mi-2017) - un projet estimé à £8 millions. Un hôtel de 136 chambres est également en développement à Leeds, qui ouvrira au premier semestre 2017.Pour dynamiser la demande, plusieurs campagnes ont été lancées depuis 2009, sous le slogan « Welcome to Yorkshire. » Sur les trois dernières années, cette campagne a représenté un investissement de £76 millions, avec pour objectif d’augmenter de 5% par an la valeur du tourisme et de renforcer l’attractivité et la notoriété de la destination, tout en misant sur son héritage culturel et son dynamisme via la création d’une marque territoriale unifiant la région. Cette opération a sans doute contribué à la hausse des revenus suscités par les touristes, passés de £5,9 milliards en 2009 à £7 milliards aujourd’hui.Le Yorkshire bénéficie désormais d’une vitrine médiatique à l’échelle internationale à travers l’organisation du Tour de Yorkshire, qui se tiendra cette année du 28 au 30 avril 2017, sur 490 km. Cette initiative a été développée après le succès et les retombées économiques suscités par la participation du Yorkshire au Tour de France comme point de départ de l’événement en 2014. A cette occasion, les 4,8 millions de fans ont générés £102 m pour le comté, selon un rapport publié par la ville de Leeds. Afin de poursuivre sur cette lancée, « Welcome to Yorkshire » organise donc depuis 2015 son propre événement cycliste.  Sa dernière édition a contribué à une hausse de 8% des dépenses touristiques au 2e trimestre 2016, avec une nette hausse du nombre de visiteurs en provenance d’Espagne, d’Irlande, de France, des Pays-Bas, du Canada et de Pologne. Gary Verity, Directeur Général de Welcome to Yorkshire, se félicitait du résultat : « Les derniers chiffres indiquent un intérêt grandissant pour le Tour de Yorkshire qui a attiré près de 2 millions de spectateurs le long de ses routes, générant £60 millions pour l’économie locale. C’est une hausse de 20% par rapport à 2015, un nouveau record ». Il exprime par ailleurs une vision positive quant au potentiel touristique de la région : « Le Yorkshire n’a jamais été aussi attractif avec des événements organisés aux quatre coins du comté tout au long de l’année, et nous allons poursuivre cette dynamique de promotion pour que le nombre de visiteurs ne cesse d’augmenter. » Les chiffres l’attestent : en 2016, selon les données de l’observatoire MKG Consulting_OlaKala destinations, le RevPAR des hôtels de chaînes de la région a crû de 4,7% par rapport à 2015. Une situation traduisant la tendance favorable du marché hôtelier, d’autant que le taux d’occupation est élevé, s’établissant à 75,6% dans l’hôtellerie de chaînes (en hausse de +0,8 points comparativement à 2015). Cela permet de compenser un prix moyen encore faible (£58,1). Le taux de change actuellement bas de la livre pourrait constituer un atout supplémentaire pour attirer les visiteurs domestiques comme les étrangers souhaitant séjourner dans le pays. En effet, depuis le référendum en faveur du Brexit, le flou qui règne sur l’avenir du Royaume-Uni en Europe a fait chuter durablement la valeur de la livre ces derniers mois. Pour la première fois depuis 1985, la livre est passée sous la barre des $1,27. Sa valeur a ainsi baissé de 13% par rapport au dollar, selon The Independant. Des experts d’HSBC estiment que sa valeur pourrait chuter à $1,10 d’ici fin 2017. Ce n’est cependant pas le seul impact du Brexit :  le Yorkshire Post indique que 47% des produits exportés par le Yorkshire vont vers l’Union Européenne, cette décision pourrait représenter une perte de près de £4,3 milliards. Et pour l’industrie du tourisme ? Gary Verity esquisse un scénario : « Personne ne peut deviner avec certitude ce à quoi ressemblera la Grande Bretagne après son départ de l’Union Européenne, mais cela pourrait devenir encore plus coûteux pour les voyageurs domestiques de se rendre à l’étranger. Peut-être que cela signifiera qu’il y aura un boom du tourisme domestique, avec de plus en plus de personnes souhaitant rester au Royaume-Uni et qui considéreront le Yorkshire comme une destination où séjourner. ». De quoi remplir, donc, les projets d’hôtels qui s’y dessinent.

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