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Tendances

Iles Canaries : le tourisme donne des ailes à l’économie

Si l’Espagne n’a pas été en mesure de sortir de la crise économique et financière en 2013, les premiers chiffres de 2014 sont encourageants et annonciateurs d’une reprise à venir. Le tourisme et l’hôtellerie se positionnent alors comme des moteurs incontestables de la croissance, alors que les chiffres du secteur sont repassés au vert récemment. La tendance est d’autant plus marquée au Canaries, que la progression des chiffres touristiques de l’archipel est parmi les meilleures enregistrées récemment dans les communautés autonomes du pays. A la reprise de la fréquentation des îles canariennes, s’ajoutent d’autres facteurs économiques et institutionnels favorables au lancement de nouveaux développements hôteliers dans la destination.

Données clés :
  • Population : 2 025,951 habitants
  • Superficie : 7 492 km²
  • Nombre d'hôtels: 625 (dont 196 de chaînes intégrées)
  • Nombre de chambres : 241 052
  • Fréquentation touristique : 12 millions de touristes en 2013 (10,5 millions d'étrangers ; 1,5 million d'espagnols)
  • Principaux marchés émetteurs : Royaume Uni (30,4%), Allemagne (21,5%), Pays Nordiques (13,9%), Péninsule espagnole (12,3%)

Flottant au large du Maroc, dans l'Océan Atlantique, les Canaries forment un archipel de sept îles principales (Lanzarote, Fuerteventura, Tenerife, Grande Canarie, La Gomera, La Palma et El Hierro) et rassemblent près de 4,6% de la population totale de l'Espagne. L'économie de la communauté autonome, qui pèse environ 3,9% dans le PIB de l'ensemble du royaume (chiffres de 2013), a été fortement impactée par la crise financière qui s'est abattue sur le pays en 2008, puis celle de la dette souveraine qui a suivi. Au niveau national, le taux de chômage a explosé pour atteindre les 25,9% en décembre 2013 et le PIB ne cesse de se contracter depuis plusieurs années (-1,3% en 2013). Les mesures d'austérité prises par le gouvernement, comme la baisse du salaire des fonctionnaires ou le gel des montants des pensions de retraite, ont touché de plein fouet la consommation des ménages, qui ont par la suite dû faire face à la hausse du taux de TVA, qui est passé de 18% à 21% en 2012. Leur impact a d'autant plus été marqué au Canaries, où le salaire moyen des habitants est le plus bas d'Espagne (1 395€) et bien en dessous du salaire moyen du pays (1 636€). Depuis le début de la crise en 2008, le PIB de l'archipel s'est contracté de 6% et le taux de chômage dépasse aujourd'hui les 30%.Si le pays peine encore à se remettre des conséquences de la crise sur son économie, le gouvernement de Mariano Rajoy se veut optimiste pour l'année à venir, alors que l'économie espagnole a enregistré une croissance de 0,4% sur le premier trimestre 2014. Pour l'ensemble de l'année, les autorités tablent ainsi sur un taux de croissance de 1,5% et misent particulièrement sur le tourisme pour soutenir la relance économique.Le tourisme, pilier de la reprise économique ? L'Espagne est une des destinations favorites des voyageurs du monde entier. En effet, en 2013, le royaume a accueilli quelque 60,6 millions de touristes internationaux, soit 5,6% de plus qu'en 2012. De plus, cette belle progression s'est poursuivie au premier trimestre 2014, qui a vu la fréquentation de la destination croître de 9,6% par rapport à l'an dernier sur la même période. Ces chiffres font d'ailleurs de l'Espagne la 3e destination mondiale la plus visitée. Toutes les communautés autonomes ne profitent pas de la même manière de cette fréquentation et les Canaries sont la troisième région la plus visitée du pays, ayant accueilli près de 10,5 millions de touristes en 2013, derrière la Catalogne et les Baléares. En termes de dépenses, l'archipel se tient sur la seconde marche du podium, avec un total de 11,6 millions d'euros de revenus touristiques sur la période, derrière la Catalogne et ses 14 millions d'euros. Mieux encore, l'archipel est la destination où les touristes ont le plus dépensé durant le premier trimestre 2014, atteignant la somme de 3,5 millions d'euros. Le secteur joue ainsi un rôle essentiel dans l'économie des Canaries, représentant quelque 255 000 emplois, 29,6% du PIB. Le poids du tourisme a notamment augmenté ces dernières années en raison de la baisse d'activité dans les secteurs du bâtiment et de l'immobilier. Néanmoins, la crise économique a également impacté le secteur. La fréquentation des îles canariennes a ainsi accusé une baisse en 2008, mais a depuis remonté la pente pour retrouver ses niveaux des années 2000 (soit environ 11 millions d'arrivées). L'un des facteurs de cette reprise est lié à est l'instabilité politico-sociale des pays du Maghreb et du Proche Orient, suite à la récente révolution du Printemps Arabe. En effet la situation de l'Egypte et de la Tunisie a poussé de nombreux touristes adeptes de ces destinations à se tourner vers l'archipel espagnol, aux conditions climatiques comparables et dont l'offre touristique est fortement positionnée sur le marché "plage et loisirs ". Si la reprise concerne l'ensemble de l'archipel, les disparités entre les îles restent importantes. Avec respectivement 3,2 millions de visiteurs (soit 28% du total de visiteurs de la communauté autonome) et 4,4 millions de visiteurs (38%), Grande Canarie et Tenerife sont les plus fréquentées. Lanzarote et Fuerteventura suivent avec 2 millions de visiteurs (17%) et 1,7 millions de touristes (15%), tandis que les autres îles de l'archipel restent encore bien moins prisées par les voyageurs. Venus du monde entier, ces derniers sont également divers et variés même si l'archipel semble avoir ses favoris. En effet, la part la plus importante de sa fréquentation est européenne, le Royaume Uni, l'Allemagne, l'Espagne continentale et les pays nordiques représentant 78% de l'ensemble des visiteurs selon les données de Promotur, l'agence touristique promotionnelle des Canaries liée au gouvernement local. Toujours d'après l'organisme, les principaux atouts des îles canariennes aux yeux des touristes sont le climat/soleil (90% des répondants ont cités ce facteur), la tranquillité (39%) puis les plages (34,1%) et les paysages (20,4%). Les formules de voyages privilégiées sont le package vol et hôtel en tout compris (30% des personnes interrogées) et le package vol et demi-pension (19,8%). Les touristes sont globalement fidèles à l'archipel, et le quota de "repeaters" (touristes se rendant au moins pour la seconde fois sur la destination) s'élève à 76,1%. Au vu de ces données positives et du rebond économique amorcé dans les marchés-sources principaux de l'archipel (Allemagne et Royaume-Uni notamment), les perspectives du tourisme aux Canaries sont plutôt bonnes pour les années à venir, à l'image de celle de l'Espagne dans son ensemble. Alors que la fréquentation est repartie à la hausse à l'été 2013, les professionnels du secteur tablent sur une nouvelle progression des indicateurs pour la saison à venir, et les premiers chiffres de l'année 2014 sont déjà réjouissants pour l'industrie. Pour l'année en cours, Exceltur prévoit ainsi une augmentation de 1,8% du PIB touristique de l'Espagne et le ministre de l'industrie, de l'énergie et du tourisme, José Manuel Soria espère une hausse de 5% des arrivées d'ici la fin de l'année.L'hôtellerie en pleine réflexion Pour répondre à la forte demande des touristes, le parc des hébergements marchands aux Canaries est déjà bien développé. Il est important de noter que les logements extra-hôteliers prennent une place conséquente dans l'archipel. En effet, près de 75% du parc d'hébergements touristiques de l'île est considéré comme extra hôtelier. Cette offre est concentrée sur les segments économique et milieu de gamme, et très peu représentée sur le haut de gamme, qui concerne seulement six établissements dans l'ensemble de l'archipel. En termes d'hébergements touristiques en général, le segment haut de gamme est ainsi largement constitué d'établissements hôteliers, qui profitent d'un certain monopole sur le secteur. Selon les données publiées par Promotur, l'agence touristique des Canaries, le parc hôtelier de l'archipel recense un total de 625 établissements, dont 273 positionnés sur les segments quatre et cinq étoiles. Sur l'ensemble de l'offre hôtelière canarienne, les chaînes intégrées représentent 196 hôtels (chiffre de 2013) pour un total de 56 017 chambres, selon les chiffres de MKG Hospitality. La communauté autonome rassemble ainsi le second parc le plus important d'Espagne en nombre de chambres, juste derrière les Baléares, alors que les Canaries ne représentent que le cinquième plus grand parc hôtelier espagnol en nombre d'établissements. Cela s'explique notamment par la présence de méga-complexes hôteliers, installés par les chaînes sur les différentes îles de l'archipel. A l'inverse des autres hébergements marchands, l'hôtellerie sous enseignes est mieux représentée sur le segment haut de gamme, avec 130 établissements et plus de 40 000 chambres, soit 72 % de l'offre totale des îles. Le moyen de gamme représente quant à lui environ 25% du parc avec plus de 14 000 chambres. Les chaînes sont néanmoins peu présentes sur le segment économique, avec seulement 9 hôtels. Le marché canarien attire naturellement l'attention des chaînes espagnoles, comme Meliá, NH Hotels ou encore Barcelo. En effet, neuf des dix plus grandes enseignes hispaniques (en nombre de chambres) comptent au moins un hôtel dans la destination. Les grands groupes européens y sont également bien représentés, cinq des dix plus grands acteurs du Vieux Continent étant présents aux Canaries.En ce qui concerne les taux d'occupation de ces hôtels, il s'agit des plus élevés du royaume espagnol, avec une moyenne de 76,8% sur l'année 2013, soit une augmentation de 5,4% par rapport à 2012, loin devant la Catalogne ou les Baléares (respectivement 69,5% et 66,1%). Néanmoins, malgré un secteur haut de gamme bien développé, les prix moyens restent parmi les plus bas d'Espagne, à 53,5€ TTC, ce qui représente tout de même une augmentation de 4,2 % en comparaison à 2012. Entraîné par ces deux chiffres, le RevPar a ainsi augmenté de 12,1%(soit la plus forte croissance des communautés autonomes espagnoles en 2013) à 41,1€, un niveau encore assez bas. Poussé par l'hôtellerie de chaînes, le haut de gamme a joué un rôle de moteur dans le développement hôtelier des Canaries au cours de la dernière décennie. Entre les années 2000 et 2014, ce dernier a ainsi progressé de 162% en volume avec l'ajout de plus de 211 000 chambres au cours de la période, correspondant notamment à la volonté de montée en gamme de l'archipel pour s'éloigner de son image de destination de tourisme de masse. Carlson Rezidor a d'ailleurs ouvert son premier hôtel Radisson Blu dans la destination en 2012. Dernièrement, RIU a renforcé sa présence sur le segment en 2013 avec l'ouverture du ClubHotel Riu Gran Canaria. Le milieu de gamme est également sur une courbe croissante sur la période avec une hausse de 9,6% de son offre, soit près de 18 000 nouvelles chambres. En revanche, les catégories économiques ont stagné voire reculé en raison d'un fort recul de l'offre des indépendants, plombés par la forte dépression ayant frappé les clientèles domestiques, plus présentes sur ces segments.Après plusieurs années de progression, la course au développement aux Canaries est néanmoins ralentie depuis près deux ans. Sur la période, l'offre positionnée sur le segment milieu de gamme a notamment chuté de 3,8%, avec la sortie de 10 000 chambres depuis 2012. Le coup de frein a été donné par l'entrée en vigueur de la Loi pour la Modernisation et la rénovation de l'Hôtellerie aux Canaries, votée au mois de mai 2013. Celle-ci limite en effet la construction d'établissements neufs au segment cinq étoiles, expliquant son importance actuelle dans le paysage hôtelier de la destination et permettant de privilégier une montée en gamme du parc d’hébergements canarien. Toute opération dans les catégories quatre étoiles et moins ne pouvait donc concerner que la rénovation d'hôtels existants. En mars dernier, le tribunal constitutionnel a suspendu cette loi de manière temporaire, permettant l'implantation de nouveaux hôtels, toutes catégories confondues, pour une durée indéterminée. La décision des autorités représentait ainsi un nouveau levier pour le développement hôtelier sans distinction de gamme aux Canaries. Mais tout récemment, le tribunal est revenu sur cette suspension, et à réintégré la loi de modernisation et rénovation touristique telle qu’elle était formulée au départ. La réhabilitation et la montée en gamme des hôtels de moins de 5 étoiles est donc toujours possible, mais les constructions neuves ne sont plus d’actualité, hormis pour les 5 étoiles et plus. Néanmoins, le sujet semble donner lieu à de nombreux débats, et il n’est pas dit que de nouveaux rebondissements ne soient pas à prévoir. De plus, l'Espagne et les Canaries connaissent une forte chute des prix de l'immobilier depuis la crise. Dans l'archipel canarien, le prix du mètre carré bâti est ainsi passé, depuis 2008, sous la barre des 1 400€. Les développements hôteliers en sont ainsi moins coûteux pour les investisseurs... pour le moment. Selon les prévisions des experts, l'économie de la communauté autonome devrait en effet connaître la plus forte croissance du pays en 2014, de l'ordre de 1,5% grâce au tourisme international, et cela pourrait rapidement contribuer à la remontée des prix de l'immobilier.Les conditions semblent réunies pour le lancement de nouveaux développements hôteliers aux Canaries, qui sera finalement plutôt favorable au secteur luxe, avec la rénovation d'hôtels existants pour une montée en gamme et la possibilité de construire de nouveaux hôtels 5 étoiles et plus. Si la loi pour la Rénovation et la Modernisation a permis au segment du luxe de marquer son empreinte dans la destination au cours des dernière années, sa suspension représenterai une opportunité à saisir pour les autres segments hôteliers, notamment milieu de gamme et économique sur lesquels les chaînes hôtelières nationales et internationales sont encore peu représentées. La première tentative de suspendre cette loi a échoué mais il faudra prêter une oreille attentive aux débats des institutions canariennes pour les hôteliers, afin de saisir les opportunités de développement. Les prix de l'immobilier sont également à prendre en compte comme facteur favorable aux nouveaux développements à moyen terme, alors que la fréquentation touristique de l'archipel repart à la hausse et devrait continuer de bénéficier du report des touristes adapte des pays du Proche Orient et du Maghreb, pour un temps. En Espagne et aux Canaries plus que jamais, tourisme et hôtellerie constituent un remède bienvenu face à la crise, en tant que levier de croissance économique.

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