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Analyses

Dakar, le hub du tourisme d’affaires

Véritable poumon économique du Sénégal, la ville de Dakar constitue aujourd’hui une destination clé en matière de tourisme d’affaires. La capitale sénégalaise se différencie notamment par une offre hôtelière haut de gamme en développement constant depuis 2009, et ce malgré un contexte difficile engendré par la crise économique et l’épidémie du virus Ebola survenue en 2014 en Afrique. Pour faire face à cette situation, les autorités sénégalaises ont récemment mis en place un plan d’actions dédié à redynamiser l’économie du pays et valoriser son activité touristique.

Capitale politique, économique et culturelle de la République du Sénégal, la ville de Dakar est située sur la presque-île du Cap Vert à l’extrémité ouest de l’Afrique. Cette métropole cosmopolite, à l’intersection des continents africain et européen, comprend à elle-seule ¼ de la population totale (qui s’élève à 14 673 000 en 2014 selon la Banque Mondiale) et 80 % des activités économiques du pays. Véritable point d’entrée du Sénégal, sa localisation a favorisé l’installation des premiers colons, mais également son développement industriel, notamment grâce à ses activités portuaires et tertiaires. Le port autonome de Dakar (PAD) constitue en effet le troisième port d’Afrique de l’Ouest en matière de transit. De plus, de nombreux sièges de multinationales (Bolloré Africa Logistics, Sanofi, Eiffage, Total, Orange, Société Générale…) sont aujourd’hui implantés dans le centre-ville. Plusieurs projets économiques en cours de développement, dont la possible construction de la Cité des Affaires de l’Afrique de l’Ouest et la mise en place du centre international de conférences de Diamniado, ont d’ailleurs pour vocation de renforcer l’attractivité de la capitale auprès des entreprises.

La construction du centre de Diamniado en particulier, a pour ambition de faire de Dakar la ville de référence en matière d’organisation de congrès internationaux dans la région d’Afrique de l’Ouest. Bénéficiant d’une stabilité politique par rapport aux villes concurrentes (notamment Abidjan), d’une proximité géographique avec l’Europe, et d’infrastructures d’accueil de qualité, la ville se positionne depuis une dizaine d’années comme le hub régional du tourisme d’affaires. L’organisation d’événements de portée internationale, tels que la Biennale des arts africains contemporains (Dak’Art) - une des principales manifestations d’art africain contemporain – contribue notamment à favoriser le rayonnement de cette destination auprès des voyageurs d’affaires. La présence de grandes ONG et institutions nationales (ONU, CDEAO, FMI…) entraînant l’organisation de nombreux congrès et événements internationaux constitue également un élément essentiel dans le développement de cette activité. 95 % du tourisme d’affaires et des événements du pays sont en effet concentrés dans la ville de Dakar, et 5% des touristes viennent pour des conférences.

ENTREE DES TOURISTES PAR NATIONALITE
Le tourisme de loisirs ne connait en revanche pas le même succès. D’ une part, la fréquentation touristique du pays est en recul depuis quelques années, en particulier depuis l’épidémie du virus Ebola qui a touché plusieurs pays africains (le Sénégal n’en faisant pas partie) en 2014 et 2015. D’après le Ministère du Tourisme et des Transports Aériens du pays, les entrées de touristes à l’aéroport Léopold S. Senghor ont baissé de presque 25% durant le premier trimestre 2015, par rapport à 2014. Cette situation fut notamment à l’origine du « Plan Sénégal Emergent » (PSE), mis en place par les autorités en 2014 afin de revaloriser le potentiel de la culture et du tourisme au Sénégal, tout comme celui de l’agriculture et de l’énergie. Plusieurs mesures ont été déployées dans le cadre de ce programme, telles que la suppression du visa d’entrée qui avait été mis en place en 2013. Son objectif est d’atteindre le stade des 3 millions de touristes en 2023, avec un palier intermédiaire de 2 millions en 2018, plaçant ainsi le Sénégal dans le top 5 des pays d’Afrique. Bien que ces résultats soient difficilement atteignables (le nombre de visiteurs non-résidents à l’aéroport est inférieur à 500 000 en 2012 selon l’ANSD), les retombées sont globalement positives. Les autorités estiment la croissance du pays aux alentours des 5% en 2016. Les flux touristiques au 2ème et 3ème trimestre 2015 en particulier ont progressé de 15 et 25 % par rapport à 2014, selon le ministère.

Le projet du nouvel Aéroport International Blaise Diagne (AIBD) à Ndiass, à 45 km au sud-est de Dakar, constitue un des leviers importants du développement du tourisme au Sénégal. L’Etat souhaite grâce à ce nouvel aéroport faire de la région Dakar une plateforme aérienne de référence. Ce dernier possède cependant un impact négatif sur l’entrée des touristes dans le pays actuellement, du fait de taxes aériennes élevées dédiées à financer sa construction. Débutés en 2007, les travaux devraient s’achever fin décembre 2017. La clientèle touristique actuelle arrivant à l’aéroport Léopold Sédar Senghor est majoritairement européenne, et notamment française, ce qui s’explique par l’histoire commune entre les deux pays. En 2016, les touristes français représentaient en effet 44 % du marché, contre 33 % d’africains (dont 11 % de sénégalais) et 4 % d’américains, selon l’ANSD. Du fait de son statut de capitale administrative et économique du Sénégal, la ville attire ainsi aussi bien les visiteurs venus d’Afrique que du reste du monde.

D’autre part, outre la baisse du nombre global de visiteurs étrangers sur le sol sénégalais, la ville de Dakar semble également souffrir d’un manque d’attractivité de ses sites touristiques, négligés au profit d’autres endroits du pays propices au tourisme de masse telles que les stations balnéaires situées sur la Petite Côte au sud de la région. Les touristes d’agrément ne représentent en effet que 10 % des réservations d’hôtels à Dakar, contre 90 % pour les voyageurs d’affaires, et une grande partie des touristes quittent la ville dès leur premier jour d’arrivée, selon une étude réalisée par MKG Consulting. La capitale peut toutefois s’appuyer sur certains de ses sites culturels clés, comme l’île de Gorée, classée au patrimoine mondial de l’Unesco. Lieu symbolique dans l’histoire de l’esclavage, elle abrite un certain nombre de musées dont la maison des esclaves, particulièrement touristique. Parmi les principaux points d’intérêt de la ville se trouvent également le palais présidentiel, le musée Théodore Monod d’art Africain consacré aux arts et traditions de l’Afrique de l’Ouest, les marchés typiques de Sandaga, Tilène et Kermel ou encore la Grande Mosquée. Le village artisanal de Soumédioune et les Mamelles (deux collines d’origine volcanique) attirent également les visiteurs. Ces dernières supportent notamment le plus haut phare d’Afrique et le Monument de la Renaissance Africaine, statue de 50 mètres inaugurée en 2010, et voulue par l’ex président Abdoulaye Wade afin d’offrir une nouvelle attraction touristique à la ville.

Pour compenser la perte de vitesse du tourisme de loisirs, Dakar s’appuie donc avant tout sur le tourisme d’affaires via l’organisation de nombreux événements (congrès, colloques, séminaires…). La ville mise de ce fait sur une offre hôtelière haut de gamme afin d’accueillir cette clientèle particulièrement demandeuse. Selon Hospitality ON, son parc hôtelier comprend 97 établissements en 2016, dont 64 hôtels totalisant 3619 chambres, et 33 unités para hôtelières. Le nombre total de clés s’élève à 3989, soit en moyenne 41 par établissement. Ces chiffres sont amenés à augmenter dans les prochaines années, le ministère ayant annoncé dans le cadre de son Plan Sénégal Emergent vouloir accroître les capacités d’hébergement de 25 000 lits à l’échelle nationale. Actuellement, le parc hôtelier dakarois possède 14 hôtels de plus de 100 chambres, soit 2768 clés. La majorité des établissements de la ville est aujourd’hui concentrée dans les régions du Plateau, centre historique (34,6 %) ; des Almadies, zone côtière à proximité de l’aéroport (30,5 %) ; et de Fann, une autre zone côtière nouvellement aménagée (12,9 %). Le segment 2 étoiles compte 7 établissements pour un total de 216 chambres, soit 5,4 % de l’offre d’hébergement globale, selon Hospitality ON. Les établissements 3 étoiles représentent 38,3 % du nombre de chambres total, avec 36 établissements pour 1528 clés. Il s’agit du segment le plus représenté.

La catégorie 4 étoiles dispose quant à elle de 13 établissements comptabilisant 975 chambres, ce qui représente 24,4 % de l’offre d’hébergement à Dakar. Les hôtels 5 étoiles totalisent actuellement 900 chambres réparties dans 4 établissements, soit 23 % du nombre total de clés. Enfin, l’offre para hôtelière concentre 9,3 % du total de clés avec 370 chambres et 33 unités.

Parmi les groupes hôteliers implantés dans la ville, le groupe AccorHotels qui totalise 578 chambres, domine le marché avec ses trois hôtels : Pullman Dakar Teranga (231 chambres), Novotel Dakar (241 chambres) et ibis Dakar (106). Il est suivi par Carlson Rezidor avec le Radisson Blu, ouvert en 2009 et agrandi en 2014-2015, qui possède actuellement une capacité de 241 chambres. Les groupes Onomo et Warwick comptabilisent quant à eux 108 et 103 chambres au sein de leurs hôtels respectifs. Enfin, le Yaas Hotel Almadies du groupe Mangalis, qui a récemment ouvert ses portes dans la capitale possède une capacité de 89 clés.

De plus, de nombreux projets hôteliers sont actuellement en cours et devraient accroître la concurrence entre les chaines d’hôtels. Marriott International devrait s’implanter sur le marché en 2018, avec l’ouverture prévue des hôtels Sheraton (247 chambres) et Aloft (150 chambres). Ces derniers remplaceraient l’Hôtel des Almadies, le plus grand établissement 4 étoiles de la ville qui comptabilise actuellement 256 chambres. La création d’un hôtel Hyatt (Hyatt Hotels Corporation) et d’un établissement du groupe Azalai Hotels est également prévue pour 2018. Ces nouvelles implantations permettront au parc hôtelier dakarois de s’enrichir de 448 chambres supplémentaires en 2018 si les délais sont respectés.

PRINCIPAUX HOTELS ET POINTS D'INTERETREPARTITION GEOGRAPHIQUE DES HOTELS
En plus des hôtels de chaîne, Dakar dispose également de trois autres hôtels indépendants à grande capacité, à savoir le complexe Ngor Diarama (211 chambres), le King Fahd Palace (374 chambres) et le Terrou-Bi qui dispose actuellement de 168 chambres. Les deux derniers constituent avec les hôtels Pullman Teranga (tout juste rénové) et Radisson Blu les quatre établissements classés 5 étoiles implantés dans la ville. Ce segment se présente comme le plus dynamique, 337 chambres ayant été créées depuis l’arrivée en 2009 des hôtels Terrou-Bi et Radisson Blu qui a bouleversé le marché. Malgré cette hausse de la concurrence, le taux d’occupation et le prix moyen ont augmenté entre 2012 et 2015, tout comme le RevPAR (Revenu par chambre disponible). Elevé jusqu’en 2015, le taux d’occupation est toutefois en recul sur l’année 2016, ce qui n’empêche pas une hausse du prix moyen et donc du RevPAR de ces hôtels. Cette tendance se confirme sur les trois premiers mois 2017.Le dynamisme économique de la ville et le développement d’une offre d’hébergement haut de gamme, particulièrement adaptée à la clientèle d’affaires, contribuent ainsi à favoriser les performances globalement positives du parc hôtelier dakarois. Le gouvernement du Sénégal doit cependant continuer ses efforts en matière de politique touristique afin de pouvoir exploiter au mieux le potentiel de cette destination.

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