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Tendances

Barcelone : entre croissance et durabilité, le tourisme cherche sa voie

[Infographie + dossier d'enquête] Capitale de la Catalogne, région la plus riche d’Espagne pesant pour 20% du PIB national, Barcelone est une des premières destinations touristiques d’Europe aux côtés de Paris, Londres, Berlin ou Rome. L'offre touristique barcelonaise est dense, en forte croissance, innovante, très tournée vers les clientèles de jeunes qui font son succès. Toutefois les récents changements politiques, qu’ils soient locaux –la nouvelle maire de la ville, ancienne indignée, souhaitant réguler davantage l’activité touristique– ou régionaux, avec la victoire des indépendantistes qui fait peser l’incertitude sur le maintien de la Catalogne au sein de l’Espagne, impactent l’avenir de l'industrie touristique. Aujourd'hui sous le feu des projecteurs à Barcelone, c'est tout un secteur qui est à la croisée des chemins.

Depuis 2014 l'Espagne a renoué avec la croissance économique, et celle-ci s'accélère en 2015 avec une progression de 3,3% du PIB. La croissance est notamment soutenue par la consommation intérieure qui a repris, en dépit d'un taux de chômage encore élevé mais qui baisse par rapport aux sommets atteints durant la crise. Le tourisme constitue l'un des moteurs de la reprise : en 2015, les recettes touristiques ont encore augmenté et le secteur représente près de 15% du PIB national. Le PIB du secteur a augmenté de 3,7% sur l'année et une hausse similaire est attendue pour 2016. Le pays bénéficie à la fois d'une reprise de la demande interne mais aussi du report de voyages compte tenu du contexte sécuritaire dans des destinations d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient. La situation politique espagnole s'est toutefois elle aussi trouvée bouleversée par les dernières élections législatives de Décembre 2015, qui ont porté au sein du parlement de nouveaux partis politiques : Podemos, émanation du mouvement des Indignés, et Ciudadanos. Le gouvernement doit aussi faire face à la montée en puissance des partis indépendantistes en Catalogne, vainqueurs des régionales de Septembre. Après le refus de l'Espagne vis-à-vis de leur proposition d'indépendance en Septembre, ces derniers ont adopté une résolution engageant un processus pouvant aboutir à la déclaration d'un Etat souverain indépendant de Catalogne d'ici à 2017. L'enjeu est de taille : la région représente à elle seule environ 20% du PIB espagnol, elle est aussi la première destination touristique du pays. Barcelone, "capitale économique" espagnole, grand port de la Méditerranée, accueillant de nombreux sièges sociaux, figure également parmi les destinations touristiques les plus prisées en Europe. Depuis l'accueil des Jeux Olympiques de 1992, la catalane connait une fréquentation et une popularité croissante, cultivant une image jeune, dynamique et ouverte. Elle a depuis août 2015 élu à sa tête Ada Colau, première femme maire de la ville et ancienne indignée. Celle-ci fait régulièrement l'actualité à travers ses mesures choc que ce soit sur le plan social (création d'un revenu minimum, d'une nouvelle monnaie locale, arrêt des expulsions) mais aussi dans le secteur touristique. C'est dans ce contexte que la ville cherche à trouver un compromis pour concilier croissance et durabilité de son tourisme.

Une destination de loisirs, internationale et jeune

L'économie barcelonaise dépend fortement du tourisme, qui représente pas moins de 14% de son PIB et est en forte croissance depuis le début des années 1990 et l'accueil des Jeux Olympiques. Au total en 2014, la ville a recensé 7,9 millions d'arrivées et 17,1 millions de nuitées dans les hôtels barcelonais, soit une multiplication par 4,5 du nombre d'arrivées dans la ville, qui n'en comptait qu'1,7 million en 1990. Entre 2010 et 2015, l'aéroport international El Prat de Llobregat a quant à lui enregistré 10,5 millions de passagers supplémentaires, accueillant 39,7 millions de passagers en 2015, soit une augmentation de 36% en cinq ans, malgré le contexte de crise économique en Europe. Les Espagnols pèsent pour seulement 20,5% des arrivées dans les hôtels en 2014, car le succès de Barcelone ne se dément pas auprès des clientèles étrangères. La France est le premier marché émetteur étranger, s'expliquant logiquement par sa proximité, et a généré 680 400 d'arrivées, juste devant le Royaume-Uni (677 000). Les Etats-Unis sont la troisième clientèle internationale (654 000 arrivées), suivis par l'Allemagne et l'Italie (486 et 485 000 arrivées respectivement). Sur le premier semestre 2015, le nombre de visiteurs a continué de croître : le nombre d'arrivées dans les hôtels de la ville a progressé de 5,5%. Toutes les principales nationalités sont en augmentation, particulièrement les Espagnols (+7,7%) et les Américains (+8,6%). Le tourisme d'affaires est important dans la capitale catalane et représente 39,6% des motifs de visite de visiteurs. L'activité a toutefois accusé un léger recul en 2014, le nombre de congrès (271) et de conventions (1 564) étant moins important. Mais la ville reste avant tout une destination de loisirs, qui représente le motif de venue pour 52,5% des visiteurs. Elle offre de nombreuses formes de tourisme : culturel avec la présence d'un centre ville historique (la Ciutat Vella), et d'un riche patrimoine architectural; balnéaire ; sportif autour des Matches du Barça, ou encore de croisière, la ville étant le premier port de croisière de Méditerranée. Gaudi n'est pas étranger à l'attractivité de la ville : la Sagrada Familia, monument emblématique, a vu sa fréquentation croître de 41% entre 2010 et 2014 pour atteindre 3,26 millions d'entrées ; et le Parc Güell est le second site le plus visité de la ville (2,5 millions de visiteurs). A noter enfin que la clientèle touristique de Barcelone se caractérise par sa jeunesse : 55% des touristes ont moins de 34 ans, dont plus d'un tiers ont entre 25 et 34 ans. La demande soutenue se traduit dans les chiffres de l'hôtellerie. D'après les données d'HotelCompset, le taux d'occupation dans l'agglomération barcelonaise a augmenté de 2,5 points sur l'année 2015 pour atteindre 76,4%, tandis que le prix moyen a crû de 5,4%, permettant au RevPAR de grimper de 9%. Hors banlieue, le taux d'occupation de la ville grimpe de 1,6 point sur l'année pour s'établir à 79,1%, et le prix moyen atteint 121,9€, soit une hausse de 6,3%. Les hôtels de la vieille ville enregistrent quant à eux une fréquentation stable (81,8%) mais un prix moyen en forte croissance (+9,1%), à 121€.

Des offres d'hébergement variées et innovantes

Cette croissance du tourisme a attiré les investisseurs hôteliers qui ont considérablement développé le parc. L'offre hôtelière de la commune atteignait, au 1er janvier 2015, 373 établissements hôteliers et 34 689 chambres. Depuis 2010 le parc a connu un fort développement, ayant enregistré une progression de 9,2%. L'offre de chaînes au sein de la ville (hors communes périphériques) atteint quant à elle les 202 établissements et 26 007 chambres, soit un taux de pénétration de 75%. Mais au-delà de l'offre hôtelière classique, la première ville visitée d'Espagne compte également une offre développée d'auberges de jeunesse (une centaine d'établissements) et de pensions (252 unités pour plus de 3 000 chambres). La capitale apparaît comme une destination innovante et de choix pour des acteurs proposant de nouveaux concepts, adaptés notamment aux clientèles jeunes. Generator, l'opérateur d'auberges de jeunesse nouvelle génération a fait son entrée dans la ville en 2013 avec une adresse au design résolument moderne, offrant 726 lits. En 2014, un hôtel hybride "hôtel boulangerie" a ouvert ses portes au centre de la ville. L'espagnol Room Mate vient quant à lui d'achever la conversion de l'hôtel 987 Barcelona Hotel de 88 chambres en établissement Room Mate Carla, en y développant ses services innovants : petit-déjeuner jusqu'à midi, et offre de wifi gratuite dans toute la ville via un appareil de poche sans fil. Et les projets ne manquent pas. En 2018, le groupe Meininger, développant un concept à cheval entre l'auberge de jeunesse et l'hôtel, inaugurera son premier établissement en Espagne, d'une capacité de 186 chambres et 682 lits. Par ailleurs, la marque super-économique Easyhotel devrait faire son entrée dans la ville en 2018 avec son premier établissement dans le pays. Et sur le segment luxe, l'offre se développe encore. Le Monument Hotel, implanté dans un bâtiment du XIXème siècle, ouvre ses portes au début de l'année dans la capitale catalane. Enfin, parmi les projets d'envergure, la Tour Agbar de 38 étages dessinée par Jean Nouvel doit être convertie en hôtel de luxe sous l'enseigne Grand Hyatt, incluant 417 chambres et plusieurs restaurants. Mais la catalane abrite également une offre pléthorique d'appartements à louer. La ville recense 9 600 "viviendas de uso turistico" enregistrés en 2014, ce qui représente un tiers de l'offre de lits de la ville. Mais l'essor de l'hébergement collaboratif via des plates-formes de type Airbnb ou Abritel a fait fleurir les annonces de locations de logements entre particuliers, parfois non déclarées. Ainsi, sur le site Airbnb au 1er Janvier 2016, 18 200 logements étaient proposés à la location, tandis que 4 637 autres étaient disponibles sur le site Homelidays. Ce qui implique donc une offre de lits beaucoup plus importante dans la ville, à égalité voire dépassant celle de l'offre hôtelière classique.

Vers une régulation de l'activité touristique

La croissance de la fréquentation et des formes nouvelles d'hébergements ne sont pas sans poser soucis aux Barcelonais. A plusieurs reprises les riverains sont descendus dans les rues pour se plaindre de "l'invasion" de leur ville -et à présent de certains immeubles via les locations entre particuliers- par les touristes. Celle-ci génère des nuisances, parfois liées la présence bruyante de jeunes clientèles festives. Les bannières "go home tourists" fleurissent ainsi dans les quartiers centraux les plus fréquentés de Barcelone. Même si le secteur est essentiel à l'économie de la ville, la crainte grandit d'un tourisme de masse non maîtrisé, risquant de faire perdre à la ville son âme catalane. La maire fraichement élue en 2015, Ada Colau, a ainsi fait de la régulation du tourisme l'un de ses chevaux de bataille. En règlementant tout d'abord le développement de l'offre d'hébergement, quel qu'il soit, via un moratoire d'un an sur la délivrance des licences d'autorisation pour la création d'hébergement touristique. Ceci a impliqué le gel d'une quarantaine projets hôteliers -certains ont toutefois été validés depuis lors, et une cinquantaine plus avancés avaient été maintenus dès le départ- et des autorisations de mise en location d'appartements par les particuliers. La nouvelle maire souhaite aussi davantage associer les habitants aux décisions et à l'élaboration d'un schéma de développement, en créant un Conseil du Tourisme et de la Ville, organisme participatif pour les citoyens et les représentants des différents secteurs économiques de la ville. Enfin, la ville est entrée en guerre plus spécifiquement contre l'hébergement collaboratif développé sans contrôle et parfois illégalement. La ville a multiplié les contrôles contre les appartements non-déclarés ni enregistrés (voir nos articles sur la règlementation et la taxation des hébergements collaboratifs en Europe, notamment à Barcelone). Les fraudeurs sont passibles d'une amende de 15 000€, mais peuvent dorénavant réduire de 80% la facture en transformant leur logement en logement social pour 3 ans. Par ailleurs, les plates-formes collaboratives sont tenues de faire paraître le numéro d'enregistrement de l'appartement, et de le communiquer dans les 15 jours à la mairie sous peine de sanctions. Les deux principales plates-formes présentes dans la ville ont déjà été condamnées chacune à 30 000 € d'amende pour avoir fait la promotion d'appartements illégaux sur leur site. Dans certains quartiers du centre ville la mairie incite les touristes à dénoncer les appartements loués illégalement. La nouvelle municipalité cherche donc à combattre le tourisme de masse et à maîtriser le développement de l'offre touristique, en adoptant des mesures strictes et en augmentant les contrôles. Les effets de cette politique ne sont pas sans susciter de nombreuses critiques, notamment de la part des investisseurs qui pointent du doigt un risque de recul des investissements touristiques dans la capitale, notamment liée à l'incertitude juridique créée par le gel de plusieurs projets. Un ralentissement de la croissance de l'offre dans un contexte où la demande est en plein essor ne sera pas non plus sans effet sur les prix, et cette dynamique a déjà commencé à se manifester en 2015 (+6,3% dans le périmètre administratif de la ville, selon les données HotelCompset).Le tourisme à Barcelone est un atout indéniable pour la ville, en termes économiques et de notoriété. Le développement de l'offre d'hébergement y laisse aussi une bonne place à l'introduction de concepts innovants, en phase avec l'image dynamique et jeune de la capitale catalane. Après une croissance parfois mal maîtrisée de l'offre et de la demande, la ville semble cependant arriver à un tournant. Elle s'interroge sur elle-même et sur les formes que doit adopter son tourisme pour concilier croissance et durabilité, quantité et qualité. L'avenir tranchera sur le bien-fondé des réponses qui seront apportées.

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