Édito
La Tribune de Georges

17 juillet 2017

Tourisme d'affaires, mal aimé, mal compris ?

Georges Panayotis

La capitale focalise toute l’attention des médias avec une série d’annonces qui préparent le nouveau visage de Paris, fondé sur la vision très volontariste de « rendre » des espaces aux citoyens. Cette transformation assez radicale et plutôt bien acceptée par la population tient-elle suffisamment compte des conséquences sur l’activité et notamment celle des voyageurs d’affaires ?

Après Réinventer Paris, phase I, pour aménager de nombreux espaces libérés en périphérie, voici qu’est lancée la phase II, avec un deuxième appel à projets pour réhabiliter une trentaine de nouveaux sites. Parallèlement, la piétonnisation des berges de la Seine gagne du terrain sur les deux rives. La nouvelle version de Paris Plage donne une idée de ce que seront les abords du fleuve dans quelques années.

Cet aménagement s’accompagne d’un plan de circulation dans la capitale qui fait la part belle aux transports publics sur les grands axes, à la création de pistes cyclables en sites propres pour traverser la ville du Nord au Sud et d’Est en Ouest, limitant d’autant la place pour les véhicules privés. Il y a une grande constance dans toutes ces décisions programmées, celle de décourager au maximum les voitures particulières de s’engager en centre-ville, au nom de la lutte contre la pollution. Ce n’est pas forcément pour déplaire aux habitants et aux touristes qui ont le sentiment de mieux profiter des espaces et de vivre globalement dans une ville plus « respirable ». Faire plaisir aux électeurs est louable, mais pas quand c’est au détriment des visiteurs.

Il n’y aurait rien à redire si, parallèlement, tout était fait pour rendre la vie plus facile aussi à ceux qui ont besoin de circuler rapidement pour aller à leur rendez-vous, pour assister à leur congrès ou pour visiter leur salon professionnel. Ces voyageurs (geuses) d’affaires, qui alimentent bien plus largement les caisses du tourisme parisien que les familles en goguette, souffrent aujourd’hui d’un mauvais timing dans les priorités engagées. Quand la circulation des taxis et autres Uber devient de plus en plus complexe, les travaux sur les lignes de métro et de RER embarrassent les voyageurs avec de nombreuses fermetures. On attend toujours les liaisons express avec les aéroports, la sécurisation des grandes gares, la construction des parkings périphériques sensés dissuadés de circuler en centre-ville. Ce n’est quand même pas le Velib qui doit s’imposer comme la seule solution pour aller rapidement d’un point à un autre.

L’image d’une ville se construit aussi sur sa capacité à lancer les bons chantiers au bon moment. Avec l’annonce quasi imminente de l’attribution des JO de 2024 à Paris, la capitale sera en permanence sous les projecteurs. Alors même que le Brexit redessine la carte des métropoles d’affaires, Paris est plus que jamais en compétition avec ses rivales continentales, Berlin, Francfort, Amsterdam, Bruxelles, Barcelone ou Milan, pour s’imposer comme destination affaires par excellence. Il y a urgence pour que les formalités d’accueil soient accélérées et fluidifiées encore plus en période d’état d’urgence, pour que les transferts cessent avec la galère actuelle, pour éviter que Paris soit gagnée par la paralysie et la sclérose de ses artères, pour que ses infrastructures soient modernisées et élargies, pour que la recherche de l’efficacité soit autant une priorité que le message écologiquement responsable et citoyen. Economie et Ecologie sont deux facettes du développement qui ne s’opposent pas mais se complètent si les investissements sont coordonnés.

Le tourisme d’affaires est encore trop souvent perçu comme une nuisance par les volumes qu’il génère autour des parcs d’exposition ou des centres de congrès, alors qu’il irrigue très largement l’économie locale. Et sans retombées économiques, la transformation de la ville sera à la charge de ses habitants. Les hôtels et les restaurants savent à quel point ils doivent se féliciter que les femmes et hommes d’affaires fréquentent encore leur établissement. Il n’est pas certain qu’on s’en rende aussi bien compte au niveau de l’Etat et des agglomérations qui ont un fabuleux marché à entretenir, à soutenir, notamment en matière de fiscalité des entreprises. Les réformes annoncées par le nouveau gouvernement ne peuvent plus être retardées. Paris joue sa place sur la scène européenne au moment où de nouvelles ruptures se produisent dans les comportements et dans les attentes, chez les prestataires qui proposent leurs applications et leurs services pour virtualiser une partie des rencontres d’affaires.

 

 

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