Édito
La Tribune de Georges

27 septembre 2017

Saurons-nous être les acteurs de notre propre fortune ?

Georges Panayotis

Dans un monde où rien n’est permanent sauf le changement, la réussite se construit chaque jour. Et pour y parvenir, le monde de l’éducation et les entreprises vont devoir changer en profondeur.

L’émergence de nouveaux métiers, c’est une opportunité formidable ; le problème que cela entraîne est qu’il n’y a pas (encore, ou pas assez) de professeurs à même de les enseigner. Et comment pourrait-il en être autrement lorsqu’une discipline, une technologie n’a que quelques mois ou années d’existence ? Et à l’inverse, l’obsolescence guette : quel que soit le domaine, on court de plus en plus souvent le risque d’amener des cohortes d’élèves vers une voie qui pourra rapidement se retrouver dépassée.

Parce que les besoins sont structurellement en avance sur l’offre éducative, et parce que ces besoins eux-mêmes émergent au fil de l’eau dans l’imprévisible torrent des innovations, le marché, à savoir les entreprises elles-mêmes, va devoir sérieusement prendre en main le sujet de la formation. Qu’elle soit initiale ou continue, interne et/ou externe, son importance dans l’univers corporate est appelée à grandir. Les champions du digital et quelques géants des métiers traditionnels l’ont bien compris, alors que fleurissent depuis quelques temps déjà les Universités et Campus d’entreprise.

Car le besoin, c’est bien celui d’une formation sur-mesure. Pour les bonnes personnes, au bon endroit et au bon moment, car les besoins naissent et disparaissent tout aussi vite.

Le problème, c’est que tout ce besoin d’apprentissage disponible à tout moment a un coût, très important. Parce qu’ils seront les plus à même de le prendre en charge, il est probable qu’à terme les écoles et instituts se réinventeront, devenant des prestataires sachant faire du sur-mesure pour les entreprises, des structures « agiles » à même de créer ou supprimer des cours et cursus entiers en quelques semaines, ou encore de mener une veille hyperactive –plus encore qu’aujourd’hui– au point d’interagir en continu avec les services de R&D, dont le poids ne cesse de croître dans le monde de l’entreprise.

Après tout, l’innovation –une nécessité vitale– va de pair avec les hommes qui seront en charge de la mettre en œuvre, d’en faire la déclinaison opérationnelle et le suivi. C’est pour cela que les individus sont au centre du jeu. Car dans une entreprise comme dans une équipe de football, si l’on travaille d’abord en équipe pour assurer la réussite de l’entité (qui dépasse tous les egos et dure plus longtemps que ceux qui la portent), la clé du succès c’est de savoir identifier et faire progresser de nouveaux talents, des individualités fortes à la Neymar sur lesquelles toute l’équipe pourra s’appuyer et qui tirent l’ensemble vers le haut.

Comme les sportifs de haut niveau, les employés de demain devront donc être des personnes qui sachent s’entraîner par elles-mêmes (sous le regard d’un entraîneur), qui savent s’astreindre à une discipline de travail. Et en même temps le travailleur apprend et l’élève travaille : on pourrait presque parler d’un retour, sous une forme modernisée, du compagnonnage…

L’étude, du latin studeo qui signifiait aussi « s’appliquer à », « s’occuper avec zèle de », va faire sa révolution. La planète revenant à son point d’origine, les individus ne vont donc plus recevoir, mais s’appliquer à se délivrer leur propre enseignement. A l’heure du smartphone et de l’information disponible 24h/24, rien de plus facile. Les cursus où l’on écoute et l’on suit sans rien dire, c’est fini : auparavant passif, l’élève (re)devient actif. Au lieu de recevoir, on découvre, on explore par soi-même : chacun doit devenir artisan de sa propre réussite. Il faut aussi savoir évaluer l’efficacité de sa méthode d’apprentissage à l’aune des résultats obtenus : « connais-toi toi-même », l’injonction de Socrate n’a jamais été autant d’actualité.

Pour les entreprises comme le milieu éducatif, l’« empowerment », la capacité à transmettre aux individus une capacité d’apprentissage autonome, seront donc les facteurs clefs de succès des formations de demain. Gandhi ne le disait-il pas ; « la véritable éducation consiste à tirer le meilleur de soi-même » ?

Directeur de la publication