Édito
La Tribune de Georges

3 juillet 2017

Roulez doucement, on est pressé !

Georges Panayotis

L’inauguration de la nouvelle ligne TGV en direction de Bordeaux et de Rennes est l’occasion de se féliciter des prouesses techniques de la SNCF et de la modernité de son offre commerciale. Mais comme souvent, l’arbre flamboyant cache une forêt plus anachronique. On s’émerveille de pouvoir enfin travailler dans les nouvelles rames quand le wi-fi est inaccessible sur la majorité du réseau. Les quelques gares françaises récemment rénovées et conceptualisées n’arrivent pas à cacher la misère des nombreuses gares régionales.

On pourrait multiplier ces anachronismes qui font tâche sur le fanion de la première destination touristique mondiale. L’arrivée dans les aéroports parisiens est la risée de la planète, pour les plus indulgents. Ils sont régulièrement en queue de tous les classements mondiaux, loin derrière les aéroports d’Europe du Nord et d’Asie. Et la nécessité de renforcer la sécurité n’a rien arrangé. Les files d’attentes inorganisées au possible se multiplient dans tous les recoins, provoquant retards, exaspération et protestation de toutes les compagnies qui doivent en subir les conséquences.

Alors même que l’hôtellerie est en train de mener sa révolution technologique, poussée par les nouveaux acteurs disrupteurs et les nouveaux concepts innovants, la plupart des bars, cafés et restaurants vivent à l’époque du calepin à feuilles et de l’attente du serveur invisible. Pourtant, les outils existent, les applications se multiplient pour faciliter l’accueil, l’animation, la fluidité, la convivialité, la proximité. C’est la mise en œuvre qui piétine tant que le changement de générations n’est pas entré dans les mœurs. La servuction ne s’est pas encore suffisamment réinventée.

Pas étonnant que les visiteurs étrangers restent encore sur des clichés d’un France béret-baguette alors que l’état d’esprit a changé au fil des années. Les Français sont moins timides à l’égard des étrangers, plus désireux de partager leur mode de vie et leur patrimoine. La barrière des langues s’estompe et la démonstration a été faite maintes fois que lorsqu’on y met les moyens, le résultat est plutôt à la hauteur.

Mais pourquoi faut-il toujours qu’il y ait besoin d’un « effet déclencheur » ? Nous vivons en permanence ce décalage anormal entre la qualité des opérations ponctuelles et la médiocrité de nos installations permanentes. Nous devons toujours vivre avec l’anachronisme des installations conçues par des ingénieurs d’un autre temps ou d’une autre planète que la planète tourisme. Préoccupés par la satisfaction immédiate de leurs concitoyens et les gages à donner pour leur réélection, les édiles municipaux ont du mal à s’inscrire véritablement dans un schéma touristique international, à jouer la carte de villes ouvertes et conçues pour être « consommées » aussi par les visiteurs de passage.

La première puissance touristique mondiale doit faire un peu mieux la preuve qu’elle ambitionne de rester au sommet du podium. Une métropole touristique n’appartient pas qu’à ses habitants, elle a le devoir de s’équiper pour accueillir ceux qui veulent partager une expérience et qui alimentent l’économie locale. Les grands rendez-vous à venir, qui provoquent tant d’enthousiasme et génèrent tant d’énergie, ont certainement un effet accélérateur mais ils annoncent aussi des perturbations inévitables par leur ampleur. Il est tout aussi essentiel de réfléchir sur la durée, sur la construction d’un socle solide de visiteurs réguliers et satisfaits.

L’époque est au dégagisme, il ne touche pas que les patriarches de la politique, mais peut aussi s’appliquer aux vieux comportements et aux anachronismes de notre politique touristique. A défaut d’un titulaire ministériel de la stratégie touristique, la responsabilité peut être collectivement assumée par les entreprises publiques qui traiteront les visiteurs étrangers comme des clients à part entière et pas seulement comme des usagers de passage, et par toutes les collectivités territoriales qui considèreront l’accueil comme un atout économique et pas seulement une obligation cosmétique. Roulez doucement, on est pressé… pressé de tracer sur la bonne route, d’éviter les écarts pour gagner du temps.

Directeur de la publication