Édito
La Tribune de Georges

21 mars 2017

On ne subit pas l’avenir, on le façonne

Georges Panayotis

Contrairement à d’autres secteurs, l’univers de l’hospitalité n’a pas à craindre de disparaître dans un trou noir et malgré les chocs qu’il peut traverser, il reste et restera en expansion. A chacun de trouver sa place au soleil.

Des auberges d’antan aux hôtels capsules des aéroports en passant par les auberges de jeunesse, les résidences, les palaces traditionnels ou les formules hybrides, l’univers hôtelier n’a cessé de s’adapter à l’évolution des besoins de voyageurs. La bonne nouvelle est que ces voyageurs sont de plus en plus nombreux et qu’ils continueront de fréquenter l’hébergement marchand. Mais lequel ? Le défi des entreprises hôtelières est de fournir la bonne réponse au bon moment car le produit universel n’existe pas, heureusement d’ailleurs !

Alors pourquoi s’inquiéter de l’arrivée des nouveaux entrants s’ils apportent leur contribution au renouvellement et au développement de l’offre ? Personne ne peut raisonnablement prétendre satisfaire tous les segments d’une clientèle de plus en plus éclatée, ni capter tous les flux sans risquer de se disperser et de perdre sa légitimité.

Il faut savoir revendiquer la force de son concept et en accepter les limites. Dans le passé, les hôteliers indépendants ont eu tort de craindre l’arrivée des chaînes normées, tout comme les chaînes hôtelières ont perdu du temps à combattre le développement des résidences hôtelières. Ce temps et cette énergie auraient été mieux employés à réinventer leur offre en y consacrant les capex et l’innovation nécessaires. Au bout du compte, les indépendants ont trouvé leur voie en délaissant une hôtellerie économique hétéroclite et en développant le concept des boutiques hôtels. Parallèlement, les enseignes ont su s’appuyer sur les investisseurs indépendants pour développer leur réseau en franchise et tout le monde a été gagnant.  

Aujourd’hui, le big bang des plates-formes collaboratives secoue à nouveau l’univers hôtelier. Mais elles ne font que mettre le doigt sur la faiblesse de l’offre dans les grandes métropoles et un manque d’investissement de la part d’acteurs trop bien installés. Cette fois encore, ne perdons pas de temps à regarder l’assiette du voisin pour se plaindre que la sienne n’est pas assez remplie. La table est largement assez grande pour que tout le monde puisse s’y asseoir confortablement. Un dialogue doit pouvoir s’instaurer pour que personne ne se serve dans la marmite sans respect pour les autres. Ce respect mutuel n’est pas seulement une évidence de bons sens, c’est la règle de base pour donner toutes ses chances de succès à la destination.

Toute la communauté de l’hospitalité au sens large doit prendre conscience que la complémentarité des offres, que la diversité des solutions d’hébergement marchand sont des arguments forts pour attirer toutes les clientèles qui ont, par nature, des besoins différents, des attentes différentes. Plus le marché s’élargit et mieux chacun y trouve sa place. Mais encore faut-il que cette place soit justifiée par une véritable valeur ajoutée, par un bon rapport qualité/prix. Avant de dénigrer le produit du voisin ou du concurrent, il est bon de balayer devant sa porte et de s’interroger sur sa propre qualité, sur la propre expérience que l’on propose au client.

Les destinations sont la clef de cet écosystème touristique car ce sont elles qui motivent l’envie, le désir de voyager. On a bien vu à quel point une volonté politique et une maîtrise globale de la stratégie pouvaient faire surgir une destination touristique d’un désert aride comme à Dubaï. Sans partir d’une feuille blanche comme dans les Emirats, des métropoles françaises ont su capitaliser sur leur patrimoine, sur un événement majeur, sur une vision prioritaire comme Bordeaux, Cannes, Chamonix, Lille, Lyon, Marseille, Nice, Toulouse et d’autres encore. Elles ont pris en main leur destin touristique sans subir la fatalité d’une image obsolète pour façonner leur avenir. Si cela n’empêche pas les rapports de forces entre les acteurs locaux, cela les oblige à un dialogue constructif, à un effort solidaire, à une vision unitaire.

Directeur de la publication