Édito
La Tribune de Georges

10 mai 2017

L'hôtellerie européenne, une industrie négligée ?

Georges Panayotis

L’heure est au changement de dimension, à une réflexion qui va au-delà des frontières restrictives des pays et des esprits pour entamer une véritable démarche stratégique planétaire. Il en va du Tourisme comme du reste des secteurs économiques, soumis à la concurrence mondiale.

On peut toujours se prévaloir d’être la première destination touristique internationale, un titre honorifique qui rassure autant qu’il masque les inégalités de notre offre et qu’il limite la portée de nos actions. Au risque de froisser notre susceptibilité, pour de très nombreux visiteurs asiatiques, américains et même de plus lointains, la France est une étape dans un périple qui englobe d’autres pays européens. Et c’est assez naturel. L’Europe, comme destination touristique, cumule une diversité incroyable de cultures, d’attractions, de sites avec lesquels aucun autre continent ne peut véritablement rivaliser. C’est une réalité qui est pourtant loin d’être perçue comme un atout par les responsables touristiques de chaque pays, qui préfèrent encore la rivalité à la coopération.

Signe de ce désintérêt, depuis 2014 et la nouvelle équipe Juncker, il n’y a plus de Commissaire européen en charge du Tourisme. Le dernier en titre était grec, Christos Papoutsis, et l’ancien ministre du Tourisme de Malte, Karmenu Vella, aujourd’hui Commissaire à l’Environnement, aux Affaires maritimes et à la Pêche, n’a même pas le Tourisme dans ses compétences. Et pourtant, pour couvrir ces marchés lointains, qui représentent le présent et encore plus l’avenir des migrations touristiques, il faut des moyens considérables en termes de promotion et de communication. La diversité européenne est un argument à mettre en avant collectivement pour drainer les nouvelles clientèles tentées aussi par le rêve américain ou les plages du Pacifique. Ce n’est pas l’actuelle Commission Européenne du Tourisme et son budget ridicule qui peut embrasser ce projet fédérateur.

Le défi n’est pas anodin et il suffit de regarder les chiffres. Sur les dix premières destinations touristiques mondiales, six sont européennes, sept même si on veut bien y inclure la Turquie, pour deux nord-américaines et une asiatique. Elles totalisent quelque 300 millions de visiteurs contre 100 millions pour l’Amérique du Nord et moins de 60 millions pour la Chine. Mais ne nous y trompons pas, les marchés européens sont éclatés et leurs visiteurs se recoupent assez largement. Dès lors, les recettes globales s’en ressentent. Avec $370 milliards, à eux seuls, les Etats-Unis et la Chine (Hong Kong et Macao inclus) cumulent plus de chiffre d’affaires que toute l’Europe réunie. Il ne faut pas se tromper de référence et il y a largement matière à améliorer les performances.

La bataille va se jouer au niveau de l’Europe avec un rôle pilote que doit assumer la nouvelle équipe qui va prendre les rênes de l’économie française. Le chantier européen est primordial et mérite une personnalité qui peut s’inscrire dans la continuité des quelques ministres qui ont réussi à peser de leur poids politique. Au-delà de la facilitation des formalités administratives, comme l’a engagée Laurent Fabius, on voit à quel point il est facile pour les OTAs, les plateformes collaboratives, les compagnies low-cost et autres prestataires mondiaux de jouer des inégalités de traitement et de statut d’un pays à l’autre. C’est vrai en matière social et fiscal, encore davantage en matière de concurrence loyale. L’Europe, incapable de jouer solidaire, s’est vue déposséder d’une partie de ses recettes et de son fonds de commerce.

La nécessité de régulation des entreprises mondiales est peut-être une chance pour relancer l’initiative européenne. Au-delà d’être des destinations concurrentes, les pays européens ont tout intérêt à se doter d’un cadre commun fédérateur qui préparera les mutations sans subir les disruptions.

Directeur de la publication