Édito
La Tribune de Georges

13 février 2017

Le malheur des autres est délicieux

Georges Panayotis

La France peut encore s’afficher avec fierté comme la première destination touristique mondiale après avoir enregistré quelque 82,5 millions de séjours touristiques étrangers en 2016. Mais, car il y a un mais, ce chiffre est en recul de 3% par rapport à l’année précédente.

On peut comprendre que l’accumulation d’événements tragiques, climatiques ou sociaux ait découragé une partie des visiteurs internationaux, choqués par les images récurrentes sur les attentats, les violences urbaines, les inondations exceptionnelles… mais il ne faudrait pas croire que tout va revenir à la normale et qu’il suffit de faire le dos rond.

La prolongation de l’état d’urgence, l’augmentation des patrouilles de militaires et les déclarations du style : « Même pas peur !» ne semblent pas prendre en compte un changement durable du contexte international et touristique. Certes la vie reprend, mais rien ne sera plus comme avant, une ombre plane en permanence et à défaut de la dissiper, il faut montrer que la prise de conscience est réelle.

Pendant plus d’un an, les autorités ont pris du temps à décider des mesures à prendre, privilégiant le provisoire aux installations permanentes. L’annonce de la construction d’un mur de verre autour de la Tour Eiffel est un pas dans la bonne direction, pour en finir avec le bricolage des barrières et cabanes de chantier sur le site le plus visité au monde. L’encadrement policier du Carnaval de Nice fait désormais partie des obligations dues aux visiteurs. On a trop tendance à réagir dans l’urgence à chaque nouvel événement sans l’anticipation nécessaire pour parer au danger réel. Pourquoi attendre une attaque dans le TGV pour sécuriser les quais de gare avec des portiques alors que depuis le 11 septembre 2001 les aéroports en sont équipés.

Que de temps perdu et notre malheur est délicieux pour nos rivaux. Car il est de bonne guerre pour nos voisins de ne pas rester les deux pieds dans le même sabot. L’Espagne affiche 75 millions de séjours internationaux, en nette progression. Année après année, l’Allemagne se découvre une vocation touristique en mettant en avant ses grandes métropoles aussi bien Berlin que Munich ou Hambourg. Même s’il s’isole, le Royaume-Uni compte bien être la porte d’entrée du monde anglo-saxon en Europe. Tous ont réagi très rapidement pour développer l’attractivité de leurs territoires.

La rupture a pris par surprise les professionnels en termes de distribution, de collaboratif, de concepts et aujourd’hui de sécurité mais elle est installée dans les faits et ils s’attèlent à y faire face. Du côté des décisionnaires politiques, on tergiverse, on discute et on polémique. On attend toujours de voir transcrit dans les textes, les finances et les actions le statut de priorité nationale accordé au tourisme par François Hollande. L’ouverture des commerces le dimanche sur les sites touristiques provoque des débats sans fins et une surprenante résistance de la Mairie de Paris. Si elle finit par céder, presqu’à regret, le message d’accueil envoyé à la communauté internationale n’est pas très encourageant.

Pendant ce temps, le développement d’une nouvelle offre d’hébergement marchand stagne car aucun plan volontariste ne libère de foncier à prix raisonnable dans les sites stratégiques. Sur un autre sujet, l’hésitation est aussi perceptible sur les réglementations à instaurer pour rétablir un minimum de concurrence loyale entre l’hôtellerie et les sites collaboratifs. Entre libéralisme affiché pour accueillir à tous prix le plus grand nombre de visiteurs et protection des acteurs mis en danger par les pratiques sauvages, le débat a pris aussi plus d’un an avec une mise en place des mesures efficaces étalées sur 18 mois… Pourquoi 18 mois ?

Chacun semble se renvoyer la balle et espère, naïvement, que le problème va disparaître de lui-même en lui tournant le dos. Ce manque d’initiative est coupable quand on sait le temps qu’il faut pour lancer les grands chantiers. Quel dommage que Barbara ne soit plus là pour chanter aux oreilles de nos élus « que tout le temps perdu ne se rattrape plus ».

Directeur de la publication