Édito
La Tribune de Georges

25 octobre 2016

Le droit juste n’est pas celui du plus fort

Georges Panayotis

La globalisation est souvent présentée comme une chance pour le Tourisme en général, en facilitant les voyages internationaux, et pour l’hôtellerie en particulier qui voit son réservoir de clientèle augmenter un peu plus chaque année. Nous serions effectivement dans un monde idéal si cette montée en puissance des échanges ne s’accompagnait pas d’effets secondaires désastreux.

Elle a aussi donné naissance à des entreprises planétaires qui ont pris le parti de s’affranchir le plus possible des règles nationales pour se réfugier dans des paradis fiscaux ou derrière des vides juridiques. Les Gafa (Google Apple Facebook Amazon) ont entraîné dans leur sillage leurs cousines OTAs, comparateurs et agrégateurs, TripAdvisor, AirBnB et autres acteurs de l’économie collaborative, trop contents de s’engouffrer dans la brèche de la distorsion de concurrence.

La main sur le cœur, ils défendent la liberté d’entreprendre, stigmatisent le coût excessif des prestations des opérateurs archaïques, confortablement assis sur leur position historique. Mais on a changé totalement de dimension. Aucune position hégémonique nationale ne peut résister à la force de frappe de géants qui maîtrisent le jeu de Go mondial. Cyniques et hypocrites, ils connaissent toutes les ficelles de la communication pour apparaître comme les vertueux défenseurs du pouvoir d’achat face aux exploiteurs de l’économie traditionnelle. Une armée de lobbyistes et d’avocats bataillent contre toutes les lois qui viendraient entraver leur expansion. Dans bien des cas, les conseils d’administration ne jouent plus leur rôle de régulateur pour défendre un projet industriel, mais se focalisent sur le cours de la bourse et l’intérêt à court terme des actionnaires.

Mais depuis quand le libéralisme est-il la jungle ? Depuis quand l'esprit d'entreprise doit-il s’accompagner de concurrence déloyale ? La dérégulation sans limite conduit à justifier la loi du plus fort, de celui qui ne se sent pas concerné par le respect des législations nationales. L’apatride fiscal ne s’embarrasse pas de savoir si son activité contribue à appauvrir les caisses publiques et à précipiter la chute des entreprises mal préparées au choc frontal.

C’est un peu facile de profiter de la mondialisation et de l’impuissance des Etats en se drapant dans le costume du Superman défenseur des consommateurs. Ce sont les mêmes qui collectent des millions de données individuelles pour alimenter les big data. Leurs algorithmes moulinent les informations pour cerner les profils et pour suggérer des propositions sur mesure. Mais où s’arrête le marketing intuitif pour se transformer en marketing intrusif de la vie privée, surtout quand les données s’envolent sur un Cloud sans frontières, ni gendarme de leur utilisation.

Dans tous les secteurs, le non-respect d’un minimum de déontologie a conduit à la confusion des genres. On ne peut pas se prétendre gardien du temple et auditeur des plus grandes entreprises, quand la main droite signe la certification des comptes et la main gauche optimise les évaluations de portefeuille, quand l’hémisphère droit du cerveau conseille sur la stratégie et l’hémisphère gauche analyse les bilans.

Il y a quelques milliers d’années, les Romains ont inventé le droit, apportant des règles saines à la vie en démocratie promue par les Grecs. Ce n’était pas une si mauvaise idée et l’on aurait tort de s’en éloigner. Les «cochons de payants», respectueux des règles du jeu et des finances des Etats, sont en position de faiblesse face aux prédateurs sans frontières qui vident les Cardex, les fonds de commerce et les recettes fiscales. L’absence de sanction incite les tricheurs à pousser leurs pions un peu plus loin. La reprise en main légale n’est pas du protectionnisme, comme voudrait le faire croire ceux qui profitent du ventre mou des législations actuelles, mais une façon d’éviter que le droit du plus fort se substitue au droit le plus juste. 

Directeur de la publication