Édito
La Tribune de Georges

25 avril 2017

Faire toujours plus pour soi et encore davantage avec les autres !

Georges Panayotis

Au moment où se dessine l’avenir de notre pays, les occasions pour rebondir vers un horizon plus favorable ne sont pas si nombreuses. A bien y regarder, le tourisme est l’une des activités économiques qui peut le mieux concilier les aspirations d’une majorité de la population, l’intégration de nouveaux modèles économiques profitables et le respect d’un grand nombre des préoccupations actuelles.

De fait, si le nombre de touristes internationaux augmente régulièrement, malgré tous les événements contraires qui pourraient freiner sa croissance, c’est bien que l’aspiration à la découverte du monde, au partage d’expériences nouvelles, est fondamentalement ancrée dans le genre humain. Remplacer les conquêtes guerrières par la découverte mutuelle et l’exploration colonialiste par le partage culturel fait partie des quelques avancées de la civilisation dont on peut se féliciter. D’un privilège quasi-aristocratique, le voyage est devenu un besoin essentiel pour des millions, bientôt des milliards d’habitants de la planète. C’est un champ d’expérimentation fantastique pour toutes les entreprises installées sur le secteur touristique pour innover, développer, inventer de nouvelles pratiques et de nouvelles offres. De plus, le tourisme des années à venir s’inscrit dans un mouvement global favorable au partage, à la tolérance, au respect de l’environnement.

Ce n’est pas pour autant qu’il faille attendre tranquillement, sans rien faire, pour profiter d’un marché en expansion. La facilité de déplacement, la libéralisation des voyages se sont accompagnées d’un renforcement de la concurrence, entre les entreprises du tourisme et entre les destinations. Les partenaires d’autrefois se chamaillent et finissent par se détester cordialement, persuadés les uns comme les autres que le partage des richesses créées collectivement est trop inégal. Chacun finit par plaider pour sa paroisse, par s’enfermer dans une stratégie de défense qui en oublie les bases même du fonctionnement du tourisme. Car du choix initial de la destination jusqu’au récit final du séjour à son entourage, le déroulement d’un voyage est une succession d’expériences, bonnes ou mauvaises, qui se renforcent ou qui se détruisent mutuellement dans le souvenir du visiteur.

Les acteurs de la nouvelle économie l’ont bien compris et élargissent rapidement leur sphère d’activité, pour qu’elle s’intègre dans une offre plus vaste, inclusive ou à la carte. La motivation est simple, maîtriser le plus possible le parcours complet du visiteur en lui offrant à chaque fois la solution simple, pour le transfert aéroport, la sortie en ville, la découverte locale, l’accès aux attractions, le partage gastronomique… autant d’«Experiences», de «Trips», qui ont déjà donné lieu à la création de services dérivés.

C’est le travail que prenaient en charge les agences réceptives, les « destinations management companies » (DMC) d’autrefois, chargées de faire découvrir les charmes d’une ville ou d’un pays, à travers ses incontournables ou en dehors des sentiers battus. Là aussi le modèle a éclaté, les groupes de Japonais disciplinés, d’Américains émerveillés ou de Chinois embrigadés vivent leurs derniers jours. Le touriste d’aujourd’hui, et encore plus de demain, vient seul ou accompagné des membres de sa tribu. Il choisit, sélectionne, pour faciliter ou enrichir son expérience personnelle. Le bonheur à portée de la main, si je veux, quand je veux et où je veux.

Ce sont les destinations qui sauront mieux s’organiser dans cette nouvelle perspective qui sortiront du lot. Leur succès, et par voie de conséquence celui des acteurs touristiques, ne viendra pas d’une suite de stratégies individuelles, mais bien d’un marketing collectif, d’une alliance intelligente de compétences, d’un partenariat public-privé original qui permettra à la Police des frontières de travailler dans le même sens que les hôteliers, aux transports en commun d’avoir une réflexion sur leur usage touristique, aux taxis et VTC de cesser de s’invectiver, aux musées et aux attractions, aux restaurateurs et aux bistrots d’avoir une démarche commune et complémentaire, qui traite le touriste comme un visiteur de marque et un ambassadeur potentiel. Une destination se manage, ce n’est ni une utopie, ni un rêve stalinien. Elle est d’autant plus forte que le collectif prime sur l’individualisme. Mais il reste une question fondamentale à résoudre, qui lance l’initiative et pilote l’avion ? La réponse à la question sera déjà en soi un gage de succès.

Directeur de la publication