Édito
La Tribune de Georges

16 janvier 2017

Cherchez l’erreur !

Georges Panayotis

Malgré l’accumulation de catastrophes naturelles, de mouvements sociaux, d’attaques terroristes et de déprime économique, les touristes sont encore présents en France. On en aurait presque de l’admiration pour eux, tant il y a d'épreuves à traverser pour parvenir à destination. Ils sont un peu moins nombreux, certes, mais il en reste encore beaucoup à accueillir dans de bonnes conditions.

C’est dire déjà que l’attraction exercée par notre pays persiste et que les professionnels ont bien de la chance d’être sur un marché aussi résistant. Ils devraient les choyer encore un peu plus et en faire autant d’ambassadeurs de la destination France. Et pourtant, rien n’a vraiment changé sur des maillons essentiels de la chaîne de services, notamment en matière de transport, de transfert et d’accueil aéroport. Roissy CDG est une honte et un calvaire sans nom, quel que soit le terminal, pour tous les passagers qui arrivent, transitent ou quittent notre territoire. Les ingénieux ingénieurs ont multiplié les couloirs interminables, les salles d’attente trop petites et les goulets d’étranglements où se mélangent les flux dans tous les sens. La police des frontières justifie son mauvais caractère et sa lenteur par le maintien désespéré des sous-effectifs de contrôle. La file d’attente pour obtenir la détaxe des achats dépasse et de loin celle de Space Mountain en pleine vacances scolaires. Mais là, personne pour faire patienter les touristes qui ont dépensé des milliers d’euros dans les magasins parisiens.

La suite n’est guère plus réjouissante quand il faut relier le centre-ville. Tant à Paris que sur la Côte d’Azur, les deux pôles d’arrivées massives de visiteurs, aucune solution pratique et économique n’a été mise en place. Le voyageur a le choix entre des transports en commun bondés, chaotiques, peu sécurisés et surfacturés ou des taxis qui font payer encore plus cher leurs prestations. Fluidité, efficacité, qualité sont des mots qui ont disparu du vocabulaire des transferts. Il faudra attendre 2025 pour qu’une liaison Express apporte une solution digne de la capitale, après des années de tergiversations des politiques de tous bords.

Particulièrement en France, l’univers des transports destinés à relier les continents, à faciliter les voyages et à irriguer vers toutes les destinations est le maillon faible de la chaîne du tourisme international. Pour des raisons liées à l’histoire, à la persistance des castes des grandes écoles d’ingénieurs, aussi bien la compagnie aérienne nationale que la SNCF défendent leur propre agenda et bataillent contre toute libéralisation du secteur au détriment de l’intérêt commun. Les dirigeants sont choisis pour leur proximité avec le pouvoir et pas vraiment pour leur vision industrielle et leur esprit de coopération mutuelle. Non, le corporatisme en France n’est pas mort, il a même de belles années devant lui à en juger par l’absence de considération pour la chaîne de services.

La France ne peut s’isoler comme elle le fait dans le continent européen, alors que nos voisins, Allemagne et Grande-Bretagne, ouvrent plus facilement les portes aux jeunes générations et aux compagnies innovantes. Même sous pression, les sociétés nationales sont investies de leur mission publique, en oubliant que la rupture se fera sans elles. Avec la Caisse des Dépôts, un temps chargée d’unifier et de financer les grandes infrastructures, Air France, la SNCF et ADP, c’est une nouvelle Bande des Quatre qui paralyse notre développement au lieu de le stimuler. Au bout du compte, ce sont les autres maillons qui en subissent les conséquences. Il serait naturel que toutes les entreprises de la chaîne puissent avoir leur mot à dire sur les grandes orientations du secteur transport. Car, alors que seule la qualité de l’expérience globale compte, tous les efforts des hôteliers et autres prestataires seront annulés si le transport en France reste aussi pitoyable. Les arbitrages sont vite faits quand les tarifs français sont exorbitants et que le reste du monde s’ouvre aussi facilement aux liaisons internationales.

On aurait pu croire qu’après avoir accueilli la COP 21, la France aurait pris conscience de l’intérêt d’inscrire sa politique de transport dans le cadre du développement durable. Des liaisons plus fluides, des tarifs plus attractifs, des horaires plus pratiques, des dessertes plus nombreuses sont autant d’arguments pour privilégier les transports collectifs et limiter les émissions de carbone. Allez, nous sommes encore en début d’année, à l’heure des bonnes résolutions et des bons vœux. C’est le moment d’espérer un sursaut des responsables politiques. Après tout, la création d’un Pass Jeunes européen dans le transport ferroviaire montre que les bonnes décisions peuvent être prises pour faciliter la circulation.  

Directeur de la publication