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Parc hôtelier français : Territoires, qui gagne & qui perd ?

Plus de 10 ans après le début de la crise économique, le bilan de l'évolution du parc hôtelier français sur la décennie écoulée est particulièrement hétérogène selon les territoires. Quels sont les départements qui ont perdu ou gagné de l'offre hôtelière ? 

Evolution de l'offre des départements Evolution de l'offre des départements

Si au niveau mondial, l’offre hôtelière est en hausse constante, la France ne peut pas en dire autant : à cause d'un recul continu sur la période 2008-2014, l’offre hôtelière globale y a même baissé sur la décennie. Cette érosion tend à se résorber depuis quelques années, grâce aux rebonds successifs enregistrés. Au 1er janvier 2017 l’offre globale française était ainsi en hausse de +2,1% par rapport à l’année dernière, permettant en 2017 de se rapprocher des niveaux enregistrés en 2008.

Mais si dans l'ensemble, la France a donc vu son offre hôtelière reculer légèrement sur la décennie écoulée, les dynamiques territoriales sous-jacentes ne sont pas du tout uniformes :

L’analyse de cette carte et des résultats précis (voir les données détaillées dans notre infographie Abonnés) montre un facteur de différenciation dans ce contexte d’érosion de l’offre de 2008 à 2017 : l'urbanité du territoire. La carte de France se divise alors en trois grandes parties : les départements où se trouve une grande métropole, les territoires à prédominante rurale, littorale ou de montagne, et les départements en situation intermédiaire (où se trouve généralement une agglomération secondaire).

Le premier groupe est aisément reconnaissable : il s’agit des départements comprenant les grandes agglomérations françaises (Lyon, Marseille, Nantes, Bordeaux, Lille ou encore Montpellier, et bien sûr Paris). Celles-ci ont vu leur offre se consolider significativement : pendant les années de crise, la croissance du parc y a été portée par le développement des chaînes, qui compensait alors la chute de l'hôtellerie indépendante ; et depuis 3 ans chaînes et indépendants (portés notamment par l'essor des "boutique hôtels") s'y développement de concert. Au final, l’offre s'est bien développée sur la décennie écoulée.

A l’inverse, de nombreux départements ont connu un recul drastique de l’offre hôtelière. Désertés par les indépendants et en particulier les anciens établissements de gammes économiques devenus obsolètes, ces territoires n’ont pas vu de nouvelles initiatives se développer. Ils ont vécu un affaiblissement général de l’offre en termes de volume, avec des effets de transfert dans le meilleur des cas vers l’offre de résidences ou saisonnier (camping). Dans beaucoup de ces territoires, notamment ruraux, les gîtes & chambres d'hôtes ou l’hébergement alternatif (Homeaway, AirBnB) pourraient bientôt être les seuls à proposer une offre d'hébergement. Quelques exceptions notables sont toutefois à signaler, comme les Alpes-Maritimes, où le recul de l'offre hôtelière sur la décennie passée est surtout attribuable à des transferts des petites structures d'autrefois vers le marché résidentiel (ou les résidences de tourisme), mais où la demande est solide.

Entre les deux extrêmes formés par les grandes métropoles et les territoires de la ruralité, on trouve des départements qui ont généralement enregistré une baisse modérée de leur offre indépendante compensée par l’augmentation de l’offre de chaînes. Ces territoires, comme par exemple la vallée de la Loire ou la Champagne, bénéficient d’une attractivité plus importante, mais sans qu'elle ait été suffisante ces dernières années pour entraîner un développement de l'offre.

Il est enfin à noter qu'une certaine fracture Nord/Sud peut être décelée : en effet, l'offre indépendante qui était historiquement plus présente dans la moitié Sud est celle qui a le plus reculé sur la décennie, tandis que les départements de la moitié Nord ont bénéficié du développement des chaînes sans être autant affecté par le recul de l'hôtellerie indépendante traditionnelle.

Quelles perspectives ?

Cette lecture inviter à porter un regard différent sur les perspectives de l’hôtellerie française, en termes d’offre en particulier. Ainsi dans les grandes métropoles et les secteurs traditionnellement porteurs, la hausse est forte et pourrait s'accélérer si les projets d'aménagement (tels que le Grand Paris) libèrent de nouvelles opportunités foncières & immobilières.

L’assèchement des zones rurales et des agglomérations tertiaires est une triste réalité depuis de nombreuses années. Mais le problème structurel y est celui de l'attractivité, car malgré le recul de l'offre la demande hôtelière y est toujours sinistrée : il faudra sans doute d'abord trouver comment y attirer emplois et/ou visiteurs de la génération "millenials" avant que l'hôtellerie ne s'y intéresse de nouveau.

Enfin, la zone intermédiaire pourrait être appelée à de nouvelles perspectives. Si le contexte de rebond de la fréquentation hôtelière en France se confirme, cela pourrait être l'amorce d'une reprise de la hausse de l’offre & de la demande dans ces territoires.