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Pour l'hôtellerie du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord, la pompe s'est complètement tarie en 2016

Pour les hôteliers du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord, le bilan de 2016 est particulièrement sombre : non seulement la région est toujours très marquée par un contexte d’instabilité politique et d’insécurité qui menace certaines destinations loisirs d'une désertification touristique durable, mais la Péninsule Arabique, qui était une oasis dans le désert, a elle aussi été entraînée dans un cycle de baisse. C'est donc toute la région qui a fini dans le rouge, sans carburant à mettre dans le traditionnel moteur de son hôtellerie.

L'hôtellerie du MENA sans carburant en 2016 L'hôtellerie du MENA sans carburant en 2016

2016 aura été une année noire (sans or) pour l'hôtellerie du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord : de janvier à novembre 2016, l’ensemble des pays ont enregistré des performances à la baisse.

Seule exception, qui confirme la règle : l’Egypte, dont le RevPAR rebondit (+8,8%) relativement à une base encore plus déprimée en 2015. Le prix moyen a certes rebondi de +17,5%, les hôteliers cherchant à compenser la dépréciation de la monnaie (dont les effets se sont surtout fait ressentir en novembre), tandis que la fréquentation continuait son hémorragie : -4,0 points de taux d’occupation sur les 11 premiers mois. Compte tenu des faibles niveaux enregistrés habituellement en décembre, l'occupation des hôtels de chaînes internationales sur l'année devrait chuter en-dessous des 50% au pays des Pharaons. Au moins l'effondrement de la livre égyptienne en fin d'année devrait-il renforcer la compétitivité-prix du pays en 2017... mais cela sera-t-il suffisant compte tenu des incertitudes sécuritaires et économiques qui continuent de peser sur l'Egypte ? Dans le cadre d’un plan de relance du tourisme, l’Etat a annoncé en septembre dernier vouloir injecter 63 millions d’euros dans le secteur, un plan ambitieux. Mais compte tenu de la persistance de la faiblesse du marché, le pays, ancien poids lourd de l'hôtellerie méditerranéenne, pourrait bientôt devenir une cible de choix pour des investisseurs spécialistes de l'achat à la casse, ou "distressed assets", assez audacieux pour se frotter au "risque-pays" de la destination...

Le constat est peu ou prou le même en Tunisie, qui va clore l'année avec un taux d'occupation moyen encore plus faible, proche des 40% (il était de 40,9% sur les 11 premiers mois de 2016). C'est en-dessous de la ligne de flottaison pour de nombreux hôtels, notamment indépendants, qui pour certains pourraient bientôt être contraints à la fermeture. Pour autant, la Tunisie affiche un RevPAR parfaitement stable relativement à 2015 sur les 11 premiers mois de 2016, la baisse de 0,4 point du taux d’occupation étant compensée pour une légère hausse de prix moyen (+1,0%). Le renforcement des mesures de sécurité mises en place par le gouvernement tunisien n’a donc pas permis de relancer son activité, mais il a sans doute participé à limiter la chute de l'activité touristique vécue par ses voisins. Problème, comment rétablir la confiance envers la destination Tunisie dans un contexte où les médias et populations des principaux pays émetteurs (déjà la France et la Belgique, maintenant l'Allemagne) ont surtout à l'esprit le risque terroriste associé au pays à travers ses ex-ressortissants ?

Bilan MENA 2016 : Résultats year-to-date (de janvier à novembre 2016) des chaînes hôtelières par catégorie

De son côté, le Maroc, qui avait plutôt résisté au recul des performances hôtelières de la région ces dernières années, enregistre une dégradation de ses indicateurs. Son RevPAR baisse de -4,5%, du fait d'un repli de son taux d’occupation de -1,4 points et d’une légère baisse de son prix moyen (-2,1%). La baisse y reste donc plus modérée que dans la plupart des pays voisins, et même de certains marchés-sources majeurs (France, Belgique).

Mais c'est surtout la Péninsule Arabique, auparavant îlot de prospérité de la région, qui a cette fois enregistré en 2016 des performances en forte baisse, reflet du contexte économique dégradé de la région (faible croissance, réduction des dépenses pour contenir la flambée du déficit public...) consécutif à l'effondrement des prix du pétrole l'année précédente.

La demande en forte chute et l'expansion récente de l'offre ont fait plonger les performances : les RevPAR du Qatar (-18,2%), d’Oman (-12,4%) et des Emirats Arabes Unis (-10,2%) enregistrent des reculs à deux chiffres sur les 11 premiers mois de l'année. Le Koweït et le Bahreïn suivent aussi une tendance baissière avec un RevPAR en recul de -8,3% et -6,7%. Tous ces pays ont aussi connu un repli de leur taux d’occupation. Les Emirats Arabes Unis enregistrent un RevPAR en baisse de -10,2% provoqué par un prix moyen en baisse de -10,1%, même si les hôtels du pays ont réussi à maintenir leur niveau de fréquentation, très largement supérieur aux standards de la région (près de 77% d'occupation sur les 11 premiers mois de l'année). Hors de la Péninsule Arabique mais toujours sur un marché-pays à forte exposition "pétrole", les hôtels d'Algérie voient leur RevPAR baisser de -7,8% sous l'effet d'un recul de plus de 6 points de la fréquentation.

A noter que Dubaï affiche aussi un RevPAR en baisse de -7,8%, ce qui ne semble pour le moment pas de nature à freiner les autorités dans leur politique d'expansion de l'offre hôtelière en prévision de l’Expo 2020. Le parc hôtelier dubaïote a ainsi dépassé cette année les 100 000 chambres, et Dubaï vient tout juste d'annoncer un nouveau méga-projet. Le célèbre émirat n'est pourtant pas à l'abri de soubresauts futurs : au début de la crise, en 2008-2009, il avait déjà traversé une période de ralentissement de son développement hôtelier. De nombreux projets avaient alors été gelés ou annulés ; mais l'émirat avait rapidement repris sa dynamique marche en avant.

Dans ce tableau Moyen-Oriental et d'Afrique du Nord pourtant déjà si sec que certains marchés hôteliers courent un risque de désertification structurelle, la palme de la plus forte baisse de 2016 revient malheureusement à la Turquie. Sa proximité géographique avec des territoires en conflit et la série d’attentats qui ont frappé le pays en 2016 (plus de 50 attentats en l’espace d’un an et demi selon Le Monde, attribués aux rebelles kurdes ou à l’organisation Etat islamique) ainsi que sa situation politique participent à enfoncer le pays dans une situation d’instabilité. Sur les onze premiers mois de l’année, la Turquie a enregistré une baisse de RevPAR de -31,4%, s’expliquant par un repli de -10,8 points du taux d'occupation et une chute de -18,1% du prix moyen.

Avec un taux d'occupation du 55,9% entre janvier et novembre 2016, la Turquie s'est ainsi rapprochée des performances des pays voisins du Levant, Liban et Jordanie, qui sont eux légèrement remontés (à près de 52%).

La région a ainsi été marquée par un contexte fortement perturbé, impactant l’activité économique et touristique de la région MENA : 2016 aura définitivement été une année noire. Quelques lueurs d'espoir pour 2017 : la remontée du cours du brut au cours de l'année 2016 devrait soulager les économies des pays producteurs de pétrole, réduire la pression budgétaire et faire repartir la demande. Et l'arrivée au pouvoir de Donald Trump et son rapprochement annoncé avec Moscou pourrait changer la donne dans les pays du Levant, impactés par la durée du conflit syrien ces dernières années.

D'ailleurs, les taux d'occupation de certains marchés-clés étaient repartis à la hausse en novembre (+3,9 points en Egypte et aux Emirats Arabes Unis, +3,6 en Tunisie, +1,4 en Arabie Saoudite...). Mais c'était au prix d'ajustements tarifaires significatifs sur la Péninsule Arabique (-8,5% aux EAU, -5% en Arabie Saoudite), et surtout avant qu'Istanbul ne soit frappée par une nouvelle tragédie au soir du 31 décembre.