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Impact du Brexit sur le tourisme en France : Quels territoires pourraient être touchés ?

La sortie du Royaume-Uni de l'UE a entraîné dans son sillage une chute significative de la livre sterling face à l'euro. Le pouvoir d'achat des touristes britanniques en France en sera affecté, une dynamique qui pourrait à son tour avoir des effets sur leur tourisme. Mais quel est le poids des citoyens de Sa Gracieuse Majesté dans l'activité hôtelière des différents départements français ? 

Impact du Brexit sur le tourisme en France Impact du Brexit sur le tourisme en France

Au lendemain du résultat du référendum sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'Union Européenne, qui s'est conclu par la victoire du "Leave" et un Brexit à venir, les impacts de long terme de cette décision sur le tourisme sont encore à déterminer.

Les Britanniques sont un marché-source d'importance majeure pour l'hôtellerie française : à l'échelle de la France, en 2015, sur les 123,8 millions de nuitées réalisées en hôtellerie et hébergements assimilés (résidences de tourisme, villages vacances...), 11,8 millions ont été réalisées par les Britanniques, soit la part la plus importante par rapport aux autres pays européens. Le Royaume-Uni est ainsi le pays européen qui émet le plus de visiteurs en France, devant l'Allemagne et la Belgique. Mais il existe d'importantes disparités entre les territoires français.

Parmi les départements potentiellement les plus affectés figure sans surprise le Pas-de-Calais, porte d'entrée de l'Europe Continentale pour les Britanniques : ceux-ci y génèrent 18,7% du total des nuitées. Plus largement, du fait de la proximité géographique, les Britanniques génèrent le plus souvent plus du quart du total des nuitées internationales dans le Nord de la France (Hauts-de-France, Normandie et Champagne). Mais le poids plus important des clientèles domestiques, notamment d'affaires, en limite toutefois le poids, y compris dans le département voisin du Nord. Selon les catégories des établissements, l'impact pourra toutefois être différent : les hôtels haut de gamme lillois ou normands, bien plus exposés à la demande internationale, ressentiront proportionnellement plus les effets du "Brexit", s'il devait y en avoir.

Le second département le plus exposé à la clientèle britannique est... la Seine-et-Marne. C'est bien sûr imputable à la présence de Disneyland Paris, dont les britanniques sont généralement particulièrement friands, au point d'être le premier marché-source des hôtels du parc et des alentours, partenaires ou non. En revanche, il est à noter que les Britanniques ne représentent qu'une part modérée de la clientèle à Paris (7,3% du total) et dans tous les départements franciliens hormis la Seine-et-Marne : c'est un effet de l'aura internationale de la capitale et de sa capacité à toucher des marchés-sources très diversifiés, y compris extra-européens. Les Britanniques devraient donc pouvoir y être remplacés sans trop de difficultés, par exemple si à l'inverse les relations de l'UE venaient à se normaliser peu à peu avec la Russie.

Le 3e département le plus exposé au tourisme britannique est la Savoie (11,2% du total) : les sujets de Sa Majesté affluent chaque hiver sur les pistes. Sachant qu'ils sont aussi en moyenne plus dépensiers que les clientèles domestiques, leur poids sur l'économie des hébergements en stations en est encore plus significatif. Pour autant, les alternatives sont limitées, le marché du ski étant assez spécifique, et les stations littorales ou marchés urbains qui ont gagné du terrain auprès des Britanniques ces dernières années seront tout autant affectés par l'issue du référendum.

4e marché le plus exposé, la Marne : Reims et la Champagne sont traditionnellement une étape des britanniques sur la route des vacances, et le poids de la demande internationale sur le marché dans son ensemble y est significatif.

Derrière, les visiteurs britanniques représentent une part plus modérée du total des nuitées en hôtels et hébergements assimilés. Leur part reste tout de même significative (entre 5% et 10% du total des nuitées) dans le reste de la Normandie, le Nord, la Picardie, et dans certains territoires spécifiques. C'est le cas de la Haute-Savoie (toujours pour les pistes alpines), la Côte d'Or (vignobles bourguignons, Beaune, Dijon...), l'Indre-et-Loire (Tours comme point de base pour les Châteaux de la Loire), les Alpes-Maritimes (Nice et sa bien-nommée Promenade des Anglais, Cannes & la Côte d'Azur), l'Aude (Carcassonne) ou la Haute-Garonne avec la Ville-Rose, place forte de l'aéronautique, du rugby et de la gastronomie du Sud-Ouest.

Le poids des britanniques dans l'hébergement marchand est moins fort que l'on pourrait le penser dans le Périgord, mais c'est sans compter l'impact des britanniques naturalisés ou résidents mais ayant des revenus en livres, ni des séjours en résidences secondaires et plus largement des nombreux apports des Britanniques à l'économie locale, touristique ou non. Le poids des Britanniques dans l'hôtellerie en Gironde reste également assez modéré dans l'ensemble, mais d'importantes différences existent selon les profils d'établissement : leur part est bien plus significative en haut de gamme ou dans les châteaux du vignoble bordelais, tandis qu'il est faible sur le secteur du littoral près d'Arcachon.

A l'inverse, parmi les régions peu ou pas exposées aux conséquences du Brexit spécifique au tourisme figurent notamment l'Auvergne (et plus largement tout le Massif Central), l'Alsace, la Lorraine et la Corse.