Entretiens

Christophe Laure, nouveau président de l'Umih Prestige

Depuis quelques jours, Christophe Laure, Area General Manager Paris pour InterContinental, a succédé à Didier Le Calvez, à la tête de l’UMIH Prestige. Cette branche du principal syndical hôtelier patronal fédère des établissements 4, 5 étoiles et Palaces, ainsi que des restaurants étoilés. A la fois, organe syndical et vecteur d’influence, cette représentation d’un secteur particulièrement médiatisé veut traiter les dossiers spécifiques aux entreprises du luxe hôtelier, soutenir les sujets globaux de la profession et insister sur le rayonnement national et international du savoir-faire français. Christophe Laure explique dans quel esprit il aborde sa mission.

Christophe Laure, Président Umih Prestige Christophe Laure, Président Umih Prestige

Qu’est-ce qui vous a décidé à accepter cette fonction, en plus de vos responsabilités professionnelles déjà lourdes ?

C’est en grande partie parce que je constate, comme beaucoup de mes collègues, que nous représentons un métier extraordinaire, un poids économique considérable pour n’obtenir qu’une faible reconnaissance de ce que nous pesons en termes d’emplois, de recettes et d’image de l’excellence à la française. Il est important aussi de montrer que, sur bien des sujets, la voix du «haut de gamme» hôtelier peut renforcer celle des autres catégories hôtelières. Nous sommes naturellement plus en vue, autant peser sur les débats.

Dans quel esprit abordez-vous cette «mission» ?

Je dirai avec humilité et conviction. Humilité, car il ne faut pas que le mot «Prestige» puisse apparaître comme de l’arrogance. Il n’est pas question de renier ce que nous sommes et ce que nous apportons, mais je sais que nous sommes mieux armés que d’autres entreprises pour faire face à des sujets épineux comme la sécurité, les relations avec les partenaires distributeurs, la concurrence du collaboratif. Conviction parce que nos entreprises du «luxe» sont aussi très concernées par la protection de nos emplois, par une fiscalité équitable par rapport à d’autres acteurs de l’hébergement marchand, par une meilleure promotion de la destination Paris et France. Nous sommes une véritable force de frappe par les moyens dont nous disposons, mais nous sommes aussi sujets à des sautes de température radicales en matière de clientèle internationale, dès qu’un problème surgit.

Comment ressentez-vous l’état d’esprit des clients haut de gamme, après les divers événements violents subis à Paris ?

Il est évident que nous subissons la défaillance de clientèles très sensibles comme la clientèle japonaise, ainsi que d'autres segments de marchés. Pour autant, je reviens de la convention des agences Virtuoso, qui s’adressent dans le monde à la clientèle aisée, et tous les partenaires se montrent très solidaires avec la France et Paris pour ne pas diminuer leurs programmes ou leurs recommandations. Malheureusement, l’insécurité n’est pas l’apanage de la France et les grands voyageurs tendent à s’en accommoder. J’en tire la conclusion qu’il ne faut pas arrêter de sortir de nos frontières pour aller vendre la France auprès de nos clients traditionnels en Asie, au Moyen-Orient ou en Amérique latine. Notre mission est d’atténuer le caractère anxiogène des mesures de sécurité que le Gouvernement a raison de prendre. Même si c’est compliqué parfois.

Au-delà des dossiers que vous avez évoqués sur la fiscalité, le droit du travail, les relations avec les distributeurs, y-a-t-il d’autres questions que vous voudriez traiter ?

Dans les arts martiaux on apprend à se servir de l’énergie de son adversaire pour le faire basculer. J’aimerais assez que nous tournions aussi à notre avantage la puissance actuelle de l’économie collaborative. Elle est là pour durer. C’est un fait que l’on ne peut pas nier, autant y chercher des idées de passerelles et de complémentarité. Dans le haut de gamme, nous pouvons gérer des activités de conciergerie, proposer notre restauration… Je pense que cela mérite réflexion plutôt que d’avoir une opposition frontale. Cela n’empêche de garder en tête qu’il faut remettre de l’ordre dans les règles de concurrence pour jouer à armes égales. La deuxième idée est d’accentuer davantage notre communication sur l’image de l’hôtellerie et notamment l’hôtellerie de prestige. Nous avons de très belles histoires à raconter pour valoriser nos métiers, notre gastronomie, sans tomber dans les clichés médiatiques. Au-delà d’être une vitrine, nous sommes un secteur d’avenir et ils ne sont pas si nombreux. A force de voyager, je vois comment des destinations, hier modestes, sont en train de rivaliser sérieusement en termes de luxe, que ce soit Singapour, Dubaï ou Doha…

L’une des caractéristiques du syndicalisme patronal hôtelier est sa dispersion, comment pouvez-vous y remédier ?

Je constate avec plaisir que le discours des différents syndicats est identique sur les grands sujets qui nous touchent, même s’il s’exprime de manière dispersée. C’est déjà une base. Je compte sur les bonnes relations personnelles que j’entretiens avec Michel Jauslin, qui représente le luxe au sein du Synhorcat, pour que nos actions se renforcent mutuellement.