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Jean-Samuel Beuscart, Orange Labs, décrypte l’économie collaborative

Sociologue, Jean-Samuel Beuscart est chercheur au sein du laboratoire des usages d’Orange Labs. Lors de la dernière édition du Global Lodging Forum, il est venu décrypter une partie de ses travaux qui portent sur les transformations numériques des marchés et de la consommation. 

Jean Samuel Beuscart, Global Lodging Forum 2016 Jean Samuel Beuscart, Global Lodging Forum 2016

La consommation collaborative correspond à un ensemble de services en ligne dont la vocation est d'organiser des échanges entre les particuliers autour de plusieurs biens et services. Pour être considérés comme collaboratifs, ces acteurs doivent répondre à trois critères : être au cœur du service d'une plateforme en ligne ; faire de l'intermédiation entre des détenteurs d'offre et des demandeurs ; et une partie de l'offre proposée au moins doit être assurée par des particuliers. Internet a radicalement changé l'échelle du comportement et l'efficacité de l'économie collaborative. Seulement 15% des individus déclarent toutefois avoir pratiqué le partage d'un usage comme la location d'appartement ou de voiture, signifiant que le secteur a encore un large potentiel de croissance.

Si l'économie collaborative apparaît comme plus écologique, et permettant une consommation plus satisfaite et revitalisant le lien social sur le territoire, elle a aussi ses détracteurs. Dans son ouvrage ("What's yours is mine"), Tom Slee fait par exemple quatre reproches à ce type de consommation : elle entraîne une concurrence déloyale ; elle affaiblit le territoire notamment en ce qui concerne le marché immobilier local ; la valeur qu'elle génère est davantage captée par les plateformes que par les participants eux-mêmes ; et elle ne permet pas une revitalisation du lien social mais transforme ses participants en "petits capitalistes" et calculateurs.

Nous nous sommes alors posé la question de savoir quelle consommation représente l'économie collaborative, en réalisant des enquêtes auprès d'un panel d'utilisateurs. Il en est ressorti que les usagers étaient avant toute chose des consommateurs, et non des militants, en recherche du meilleur bien au meilleur prix. Dans leurs réponses, l'argument économique n'était toutefois jamais seul, mais accompagné de la volonté de renouveler le lien social et de protéger l'environnement.

Nous nous sommes ensuite demandé si l'économie collaborative permettait un détachement de ses utilisateurs vis-à-vis de la notion de possession des objets, modifiant durablement les comportements. Si certains répondants ont déclaré ne plus posséder de voiture grâce à l'économie de partage, d'autres ont adopté un comportement d'hyperconsommation influencé par la facilité de revente des biens acquis, notamment sur des sites comme Leboncoin.com ou Videdressing.com. Nous avons ainsi observé une ambigüité intrinsèque dans la promesse écologique de l'économie collaborative.

Enfin, sur la question du renforcement du lien social, nous avons constaté que l'économie de partage restait pour la plupart de ses utilisateurs un échange marchand pur, soit d'un bien contre une somme strictement équivalente, entre des étrangers qui se traitent en tant que tel. Si c'est clairement le cas en amont de la transaction, avec une standardisation de l'offre et une minimisation des interactions, la relation évolue toutefois au moment de la rencontre vers plus d'échange social. Dans certains cas, les relations marchandes sont ainsi ré-enchantées par la consommation collaborative.

Vous souhaitez en savoir plus sur l'hébergement collaboratif, ses acteurs et leurs profils, la réglementation qui s'y applique ? Retrouvez notre dossier spécial Hospitality ON "les dessous de l'hébergement collaboratif"