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Retour sur l'impact des attentats du 11 septembre sur l'hôtellerie américaine

La tragédie des attaques du 13 novembre à Paris et les inquiétudes suscitées chez les professionnels du tourisme et de l'hôtellerie ne sont pas sans rappeler les difficultés rencontrées par le secteur dans d'autres pays frappées en plein cœur par le terrorisme: Tunisie, Égypte ou Turquie aujourd'hui, Espagne, Royaume-Uni et bien sûr États-Unis hier. Hospitality ON revient sur les difficultés rencontrées par l'hôtellerie new-yorkaise et américaine après le traumatisme du 11 septembre 2001 : quel impact, quelle durée ? Et quels enseignements en tirer ? 

Manhattan & One World Trade Center Manhattan & One World Trade Center

En raison de l'ampleur et du choc qu'elles ont représenté pour les États-Unis mais aussi dans le reste du monde, les attaques du 11 septembre 2001 ont durablement marqué le secteur touristique et hôtelier américain. La chute du taux d'occupation des hôtels américains a été immédiate après le 11 septembre et s'est poursuivie de manière significative au cours des cinq mois suivants. D'après une étude de Renáta Kosová et Cathy A. Enz publiée dans le Cornell Hospitality Quarterly en 2012, le taux d'occupation est l'indicateur qui a connu la baisse la plus flagrante après les attaques, entraînant dans sa chute les niveaux du Revenu par chambre disponible (RevPAR). C'est un constat qui doit être replacé dans le contexte de 2001, alors que les politiques de pricing dynamiques ne s'étaient pas encore répandues dans l'industrie hôtelière; c'est donc plutôt l'évolution du RevPAR qui permet une remise en perspective. Sur le mois de septembre 2001, le RevPAR national américain avait connu une baisse mensuelle de 20 à 25% en comparaison de l'année précédente, avec une dégradation de l'indicateur encore plus marquée à New York ou à Washington (-30 à -40%), villes directement touchées par les attentats. A l'échelle du pays, les destinations les plus touristiques (Honolulu, San Francisco, Boston, etc.), en particulier en ce qui concerne les arrivées internationales, avaient souffert plus durablement des répercussions des attaques. C'est aussi le cas des villes américaines accueillant de nombreux touristes d'affaires, en raison notamment d'une affluence plus faible aux conférences et conventions, voire d'annulations. Compte tenu du poids de l'économie américaine, les hôtels du pays n'avait d'ailleurs pas été les seuls touchés, et c'est toute l'hôtellerie mondiale qui avait alors enclenché un cycle de repli. Mais il faut rappeler que les attentats du 11 septembre avaient fait pas moins 2 977 victimes dans la première économie mondiale, qui n'avait jamais vécu de telles attaques sur son propre territoire, que cela avait conduit à la fermeture pendant plusieurs jours de la Bourse de New York, et que c'est tout le trafic aérien mondial qui avait ensuite été perturbé.

A New York, des différences d'impact entre les gammes hôtelières avaient été constatées, rappelle l'étude de Renáta Kosová et Cathy A. Enz. L'hôtellerie haut de gamme avait dans un premier temps particulièrement ressenti les effets du choc, mais fut ensuite capable de rétablir ses indicateurs plus rapidement que les hôtels des autres catégories. Au contraire, les hôteliers indépendants ou relevant des catégories économiques avaient d'abord moins souffert des répercussions des attaques, mais leur taux d'occupation avait mis plus de temps à rebondir. Au final, il fallut généralement attendre janvier 2002 pour constater un rebond de l'activité, c'est-à-dire que les impacts des attentats se sont fait ressentir environ 3 mois sur l'hôtellerie domestique.

La particularité des attaques du 11 septembre 2001, du fait de leur dimension et de leurs répercussions géopolitiques, avait aussi été leur impact global sur le tourisme mondial. D'après les chiffres de l'Organisation mondiale du tourisme, les quatre derniers mois de l'année avaient ainsi vu une chute de 11% des visiteurs à l'échelle mondiale: la baisse avait été particulièrement marquée pour les Amériques (-24%) et le Moyen-Orient (-30%). Il faudra d'ailleurs attendre jusqu'à 2004 pour constater une véritable reprise de la croissance des flux, avec une hausse significative des arrivées internationales dans le monde. Aux États-Unis, c'est aussi en 2004 que les recettes touristiques (visiteurs domestiques et internationaux) avaient finalement rattrapé leur niveau d'avant les attentats.

MKG Hospitality avait d'ailleurs mesuré l'impact des attaques du 11 septembre sur l'hôtellerie française: le RevPAR national avait alors connu un repli d'environ 6% en septembre 2001, 13% en octobre, 7% en novembre, avant de retrouver des niveaux pratiquement stables à la fin du mois de janvier.

Reste à savoir si les attentats du 13 novembre dernier, perpétrés en plein cœur de Paris, dissuaderont autant les visiteurs en direction de la France que le traumatisme global qu'avait alors constitué le 11 septembre. Si les annulations de réservation se multiplient dans l'hôtellerie parisienne depuis le week-end dernier, les annulations de vols restent en comparaison extrêmement marginales. Si les attaques ne sont bien évidemment pas comparables, il reste néanmoins probable que l'on constate un repli temporaire de la clientèle internationale, et que des semaines compliquées s'annoncent pour l'hôtellerie sinon française, tout au moins parisienne.

En janvier dernier, nous avions constaté l'impact relativement proche sur l'hôtellerie entre les attentats déjà perpétrés à Paris et les actes terroristes de Madrid en 2004 et Londres 2005. La tendance actuelle porte à penser que les répercussions des nouvelles attaques à Paris seront cette fois-ci plus durables. L'effet de répétition après les événements de janvier, la coordination des attaques, les méthodes employées, ou leur médiatisation encore plus importante à l'international... quelle qu'en soit la cause, les premières données de MKG Hospitality laissent entrevoir une fracture plus alarmante pour l'hôtellerie hexagonale. Fait notable, après les attentats de Charlie hebdo et de l'Hyper Casher du 7 janvier 2015, c'est un évènement majeur, la Fashion Week, qui avait permis à l'hôtellerie parisienne de retrouver des couleurs. Dans ce contexte, il est certain que les professionnels suivront avec attention les décisions relatives à la tenue et au format de la COP21.