Actus
Tags : France Tourisme

Quatre mousquetaires pour un Tourisme plus combatif

C’est avec une belle solidarité gouvernementale que deux des principaux ministres du Gouvernement de Manuel Valls flanqués de leurs secrétaires d’Etats réciproques, Laurent Fabius avec Fleur Pellerin, Arnaud Montebourg et la toute nouvelle Carole Delga, ont marqué leur détermination de sortir le Tourisme français de sa torpeur et le porter au rang de priorité nationale. 

Laurent Fabius conclut les Assises du Tourisme Laurent Fabius conclut les Assises du Tourisme

La session de clôture des Assises nationales du Tourisme, organisée dans le centre des conférences des Affaires étrangères, près du quai de Javel, a repris la longue liste des constats sur lesquels tout le monde est d’accord : un secteur porteur en termes de recettes internationales et d’emplois, un secteur éclaté et fragilisé par la concurrence internationale, un secteur vieillissant qui s’est beaucoup reposé sur ses lauriers et qui manque de souffle en matière d’investissements, un secteur très – trop - réglementé qui croule sous le poids des normes, des taxes, des interdictions et des incohérences.

La vraie interrogation des nombreux participants aux réunions préparatoires, aux groupes de travail et à la session finale est de savoir si les autorités vont enfin s’attaquer aux faiblesses, faire sauter les verrous et impulser une nouvelle dynamique. Au-delà des débats tristement ennuyeux et très convenus, la réponse est venue des quatre ministres en personne qui, chacun dans sa sphère d’activité, a donné une lueur d’espoir à tous ceux qui piaffent d’impatience depuis des années d’incompréhension, voire de mépris, pour leur activité.

Tous pour un et un pour tous, les quatre mousquetaires enfourchent leur cheval de bataille et promettent l’ouverture d’une nouvelle ère. Le Gouvernement veut décliner une politique de l’Offre dans le secteur du tourisme comme il veut le faire pour le reste des activités économiques. Pour Arnaud Montebourg, le défi économique est majeur et notamment en matière de distribution pour rétablir des règles de saine concurrence. Il a bien l’intention de mettre au pas ceux qui détruisent de la valeur de nos entreprises nationales, à commencer par les hôteliers, en captant abusivement leur clientèle. Pour Carole Delga, fraîchement nommée secrétaire d’Etat au Commerce et à l’Artisanat, l’ouverture des grands magasins le dimanche pour augmenter l’attractivité des destinations touristiques et le chiffre d’affaires France est quasiment actée. Fleur Pellerin, secrétaire d’Etat au Commerce extérieur et au Tourisme, a endossé sa nouvelle fonction en déclinant les cinq priorités qui doivent animer son action gouvernementale : 

  • Travailler l’offre pour la rendre plus attractive et mieux en phase avec les nouvelles attentes et les nouvelles clientèles ;
  • Faire en sorte que le parcours du touriste, depuis sa quête d’information, sa réservation, son arrivée sur le sol national, son séjour touristique et jusqu’à son retour à domicile, soit le plus facile, le moins stressant, le plus enthousiasmant ;
  • Améliorer ce qui reste à faire en matière d’hospitalité à la française et de qualité de service ;
  • Faire en sorte de retourner l’économie numérique au profit du tourisme en déployant une French Tech qui fasse de notre pays un pilote en matière d’outils technologiques ;
  • Redynamiser le tourisme national en donnant plus d’opportunités et de moyens aux Français pour découvrir leur propre pays.

«Nous devons ensemble réveiller la France, belle endormie du Tourisme», a-t-elle conclu. Il est de fait que les bénéficiaires de positions bien établies avaient peu d’envie que la belle se réveille et redistribue les cartes.

Il est revenu à Laurent Fabius, N°2 du gouvernement, récemment converti aux vertus du Tourisme, de synthétiser les actions qui constituent le Plan 2020 du secteur, avec pour objectif ultime d’atteindre les 100 millions d’arrivées internationales et de passer en seconde position (et pourquoi pas en première, on peut rêver) des recettes touristique mondiales. Le d’Artagnan du quatuor ministériel a repris à son compte des revendications anciennes et en a ajouté un paquet de nouvelles qui devraient libérer les énergies. Symboliquement, il a parlé des 30 décisions engagées (*), dont la mise en œuvre sera suivie attentivement par un Conseil de la promotion du Tourisme, présidé par l’ancien ambassadeur de France au Japon, Philippe Faure. Une Conférence annuelle du Tourisme regroupera les professionnels pour faire le point des avancées et mettre à jour la stratégie.

Il n’y a plus qu’à… commentaient avec une pointe de doute et un soupçon d’optimisme la plupart des participants, pourtant ravis de constater que le Tourisme mobilise les ministres les plus en vue. Il est de fait que si les 30 décisions trouvent vraiment une concrétisation sur le terrain, un grand pas aura été fait pour rattraper un retard coupable accumulé pendant les années de dilettantisme. Ces mesures engagées sont un premier socle, mais d’autres sont étrangement absentes comme l’amélioration des dessertes directes vers les grandes métropoles françaises en provenance des pays d’Europe qui représentent plus de 80% du trafic touristique. L’irrigation de la France en dehors du passage obligé par Paris est une autre priorité pour que les Régions rattrapent le décalage qui se creuse inexorablement avec la capitale.

Les ministres et leurs conseillers ont bien occupé le devant de la scène, les institutions, les collectivités territoriales, les syndicats professionnels étaient bien présents, on ne peut pas en dire autant des grands patrons du Tourisme qui ont un peu boudé la fête ou envoyer leurs seconds couteaux. Leur présence aurait été interprétée comme une volonté solidaire d’accompagner ce renouveau stratégique.

(*) Les 30 décisions engagées

  • Constituer 5 pôles d’excellence touristique : gastronomie&œnologie, sport&montagne, écotourisme, savoir-faire (artisanat, luxe), tourisme urbain.
  • 15 millions d’euros au profit de l’innovation et de la compétitivité dans le cadre du Programme Investissement d’Avenir
  • Mettre en avant les « marques » fortes du tourisme français : Paris, Mont St-Michel, Bourgogne, Champagne….
  • Améliorer l’accueil dans les Aéroports de Paris
  • et à la gare du Nord
  • Lancer le train Express Roissy-CDG (travaux prévus en 2017)
  • Augmenter la fréquence des trains directs actuels entre Paris et Roissy CDG
  • Instaurer un forfait taxi Aéroports
  • Créer une voie réservée aux bus et aux taxis sur l’autoroute A1
  • Etendre l’initiative Visa en 48 heures (expérimentée en Chine) à d’autres pays émetteurs
  • Supprimer l’obligation de présenter une réservation d’hôtel avant d’avoir son visa
  • Supprimer les visas courts séjours pour les pays voisins des DOM-TOM
  • Proposer de nouvelles exemptions de visa Shengen à l’Europe pour des pays émetteurs prometteurs
  • Mettre en place le Passeport Talent – 4 ans de droit de séjour – pour les étrangers investisseurs
  • Développer la notoriété du système Parafe de passage frontière aux aéroports
  • Améliorer la signalétique dans tous les sites pour faciliter l’information des visiteurs étrangers
  • Renforcer la sécurité autour des gares et des sites touristiques
  • Encourager les ouvertures des commerces le dimanche
  • Encourager les ouvertures de commerce dans les gares
  • Engager un véritable déploiement de wi-fi gratuit dans tous les lieux touristiques
  • Développer les services Internet adressés aux touristes, notamment les sites publics
  • Accompagner les acteurs du tourisme dans la «transition numérique»
  • Saisir l’Autorité de la Concurrence pour rétablir un juste cadre contractuel entre professionnels et agences de vente en ligne
  • Décliner les dispositions de l’Accord national interprofessionnel sur l’Emploi dans le Tourisme
  • Mettre en place dès la rentrée 2015 un bac Techno Hôtellerie-Restauration
  • Développer les actions d’accession aux vacances pour tous (Chèques Vacances)
  • Simplifier les normes applicables aux professionnels du tourisme (urbanisme, numérisation de documents, réglementation …)
  • Etendre les «Années Croisées» (collaboration annuelle entre la France et un autre pays) au Tourisme et pas seulement à la Culture
  • Inscrire la politique touristique dans la durée avec la création du Conseil de la Promotion du Tourisme.