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Grève des intermittents : des millions d’euros en jeu pour le tourisme à Avignon

Alors que la grève des intermittents du spectacle se poursuit en France, Avignon s’inquiète pour son festival annuel de théâtre. Le spectre de l’annulation de la manifestation en 2003 hante les hôteliers, qui sont inquiets pour leur activité estivale qui s’en trouverait fortement impactée, comme le montrent les données publiées par MKG Hospitality. Cette année-là, le chiffre d’affaires des hôteliers avait reculé de 12% en juillet. Compte tenu des évolutions des modes de consommation, l’impact pourrait être amplifié si un 2e acte d’annulation du festival venait à se jouer.  

Avignon Avignon

Alors que se déroulent les préparatifs du 68e Festival d’Avignon, qui se déroulera du 7 au 27 juillet prochain, l’ambiance n’est pas à la fête sur le pont. A moins d’un mois de l’évènement, les organisateurs s’inquiètent en effet des conséquences que pourrait avoir une éventuelle poursuite de la grève des intermittents du spectacle sur la manifestation, et par conséquent sur le tourisme comme sur l’hôtellerie de la ville. Il faut dire que la fréquentation des hôtels au mois de juillet dépasse largement la moyenne annuelle, avec des pics à plus de 90% de taux d’occupation. A lui seul, le mois de juillet représente ainsi 17% du chiffre d’affaires hébergement annuel des hôtels de la Cité des Papes ; on comprend donc bien l’enjeu que cette période représente.

Alors que la grève des intermittents du spectacle pourrait menacer le bon déroulement du célèbre festival, les professionnels du secteur se souviennent ainsi avec inquiétude de l’impact qu’avait eu l’annulation de l’évènement en 2003 en raison d’un mouvement similaire. La fréquentation des établissements sur l’ensemble du mois de juillet avait alors chuté de 11,6 points, avec un taux d’occupation de 82,4% en juillet 2003 contre 94% en juillet 2002, conduisant à une contraction du chiffre d’affaires de 12% par rapport à l’année précédente.

On peut donc imaginer l’impact qu’aurait une potentielle poursuite de la grève des intermittents du spectacle sur le mois de juillet, d’autant que la baisse de 2003 s’inscrivait dans un contexte où les réservations de dernière minute jouaient un rôle bien moins important qu’aujourd’hui. Georges Panayotis, PDG de MKG Hospitality, déclare ainsi : « Tandis qu’il y a une décennie certains visiteurs avaient pu se déplacer tout de même pour bénéficier des charmes d’Avignon, aujourd’hui le poids des réservations de dernière minute fait que les ventes risquent d’être purement et simplement perdues pour les hôteliers, les clients se reportant sur d’autres destinations. »

De la même manière, les tarifs n’étaient pas encore fonction des méthodes modernes de « yield management », qui consistent à ajuster les prix au jour le jour en fonction de la demande. Ainsi, alors qu’en 2003 la baisse de chiffre d’affaires avait été liée au recul de la fréquentation mais avec des prix pratiquement inchangés, « L’accélération apportée par l’innovation technologique fait qu’aujourd’hui la donne est différente d’il y a 10 ans : une annulation du festival d’Avignon impacterait non seulement la fréquentation des hôtels comme en 2003, mais aussi leurs prix de manière quasi instantanée. L’impact sur le chiffre d’affaires en serait démultiplié », ajoute Georges Panayotis.

Si le festival d’Avignon venait à faire rideau, MKG Hospitality estime ainsi qu’avec une baisse de 12 points du taux d’occupation se cumulant à un impact sur les prix moyens, la perte de chiffre d’affaires des hébergements pourrait ainsi être comprise entre 3 et 3,5 millions d’euros dans l’agglomération d’Avignon, et un total de 4,5 à 5 millions d’euros en incluant les secteurs plus éloignés. Compte tenu des multiples recettes apportées par le festival (billets, autres sorties, hôtellerie, restauration, shopping, transports…), l’impact global pour le tourisme d’Avignon et ses environs d’une annulation pure et simple pourrait ainsi être compris entre 8,5 et 9 millions d’euros*.

*Note méthodologique : impact calculé sur les recettes directes uniquement (hébergement, restauration, billetterie, divers), hors salaires, recettes fiscales et impact «de second tour».