Entretiens

Entretien avec Jean-Charles Denis et Sam Thomas, co-fondateurs de Wilburys Hotels Investment

Ancien directeur des opérations France pour InterContinental Hotels Group, Jean-Charles Denis (à droite) a décidé de passer de l’autre côté de la barrière et de se lancer dans l’investissement et la gestion hôtelière pour son propre compte. Via le fonds Risque & Sérénité et son président Guy de Soucy, il rencontre Sam Thomas (à gauche), ex-directeur général de la chaîne Balladins. Le courant passe entre les deux hommes qui ont une même vision des opérations et du développement. Avec Risque & Sérénité, les deux associés créent, fin 2009, Wilburys Hotels Investment pour acquérir les premiers établissements, murs et fonds. Depuis août dernier, le fonds a bénéficié d’un élargissement du tour de table qui lui donne une plus grande puissance d’intervention. Un 7ème hôtel vient de rentrer dans le portefeuille. 

Comment avez-vous décidé de travailler ensemble ?

Sam Thomas : Même si nos activités sont fondées sur un business modèle, des ratios et des montages financiers, cela reste une histoire d’homme et de confiance mutuelle. La rencontre s’est opérée via un financier qui nous connaissait bien tous les deux et qui a estimé que nous étions faits pour nous entendre.

Jean-Charles Denis : Comme directeur des opérations IHG, j’avais depuis un moment l’idée de me mettre à mon compte et de me lancer dans la constitution d’un portefeuille d’hôtels. On m’a vivement conseillé de ne pas le faire seul et de confronter mon expérience à celle d’autres professionnels. C’est effectivement pour cela que la rencontre avec Sam a été déterminante car nous étions très complémentaires de par nos parcours et nos expériences respectives, mais avec une même philosophie qui porte à privilégier les marques fortes, la cohérence d’un réseau et surtout la satisfaction de nos clients.

Comment vivez-vous l’arrivée de vos nouveaux associés ? Perdez-vous un peu de votre liberté d’action ?

JC Denis : Je dois dire que nous sommes très satisfaits de la qualité des partenaires qui nous ont rejoints pour apporter des moyens financiers supérieurs. Cette augmentation de capital conduite par Avenir Entreprises (aujourd’hui FSI Régions), filiale d’Oseo et de la CDC, avec BNP Paribas développement, IDF Capital et PHRV renforce non seulement les fonds propres mais aussi notre crédibilité auprès des partenaires.

S. Thomas : Nous venons d’ailleurs de faire une seconde augmentation de capital avec les mêmes partenaires.

Quel est votre objectif à terme ?

JC Denis : L’objectif est de constituer un portefeuille hôtelier cohérent en profitant des opportunités du marché. Nous cherchons à identifier dans les 20 plus grandes villes françaises des établissements en catégorie 3 étoiles de 70 chambres minimum pour assurer leur conversion en Holiday Inn ou Holiday Inn Express, deux marques que je connais bien. Je crois à la cohérence autour d’une marque et sa déclinaison qui permet de valoriser individuellement chaque hôtel. Nous sommes présents à Marne-la-Vallée, Marseille, Lille, Strasbourg, Toulon… Ce sont soit des hôtels indépendants, soit des hôtels franchisés sous une autre enseigne, soit des établissements en fin de parcours dans l’ancien périmètre IHG, comme les deux Garden Court que nous avons repris à Toulon et Clermont-Ferrand. Nous avons aussi converti deux Novotel et un Mercure.

S. Thomas : J’ai pourtant l’habitude de circuler en France et de visiter des hôtels, mais je dois dire que je suis encore surpris du faible niveau d’investissement, y compris de la part de groupes importants, dans l’entretien des bâtiments. Nous devons être très attentifs pour mesurer les investissements nécessaires à la remise à niveau de l’établissement.

Comment opérez-vous la sélection et la remise en route de ses établissements ?

JC Denis : Le processus de sélection est important et méticuleux. Ce sont souvent des établissements qui ont perdu des parts de marché en raison du manque d’investissement que signalait Sam, mais qui ont connu des périodes fastes. Il est donc nécessaire de réaliser de profondes rénovations pour revenir dans les standards de la marque.

S. Thomas : Nous sommes des franchisés exemplaires. Pour avoir été l’un et l’autre responsable de réseaux de franchise, nous ne discutons même pas de l’opportunité des standards. Ils sont une évidence qui permet la différenciation et l’amélioration du revenu.

Comment voyez-vous votre développement dans les prochains mois ?

JC Denis : Nous avons fixé le seuil à une douzaine d’établissements pour ne pas franchir un cap qui imposerait une structure centrale plus lourde.

S. Thomas : Dès le début nous avons installé une petite équipe performante avec une véritable expertise en revenue management et commercialisation. Nous avons aujourd’hui la capacité de prendre plusieurs hôtels en mandat de gestion, en dehors des nôtres, pour les faire bénéficier d’économies d’échelle et de notre connaissance opérationnelle. Nous connaissons le fonctionnement de plusieurs marques que ce soit chez Accor, Choice ou IHG. Nous ne sommes pas limités à la seule gestion d’Holiday Inn.