Mais c’est pourtant ce qui a entretenu le manque de considération de la plupart de nos « élites » politiques vis-à-vis d’un secteur majeur de l’économie française. Comment ne pas s’interroger sur la représentation de l’industrie hôtelière dans les instances de réflexion de l’Etat, que ce soit au Conseil économique et social ou au Conseil national du Tourisme, quand certaines nominations de personnalités ressemblaient à des renvois d’ascenseur de retour d’un week-end généreusement offert au détriment des hôteliers qu’elles sont censées défendre. Il est tout à fait insupportable que de telles pratiques, dignes de la IVe République, soient encore tolérées alors que l’urgence est à la mobilisation des moyens pour assurer le financement et le développement d’une industrie performante. On a beau jeu de pleurer ensuite sur la disparition programmée de toute l’hôtellerie familiale et rurale quand on a contribué à les endormir et à leur promettre de retarder les échéances.
Paradoxalement, au début du quinquennat, il était question de réflexion stratégique, de relance de la destination France grâce à de nouveaux pôles touristiques, de modernisation des outils et des infrastructures… et petit à petit, la volonté s’est estompée. Les solutions bricolées pour perfuser des entreprises déjà en mauvaise santé ont remplacé le courage et la détermination. On n’a fait que reculer les échéances au risque de fragiliser toute une industrie et la livrer aux prédateurs étrangers aux aguets.
Le tourisme en général, et l’hôtellerie en particulier, ne peuvent pas continuer d’être sous-représentés dans les instances de décision de l’Etat sous prétexte qu’on y traite des loisirs. Le poste ministériel qu’il mérite au moins autant que l’agriculture ou le commerce n’est pas un sucre d’orge distribué à un parti charnière qui verrouille la majorité présidentielle ou à un « bon élément » du parti au pouvoir. Les candidats à la magistrature suprême vont être interpellés sur de nombreux sujets, qu’il s’agisse du déficit du commerce extérieur, de l’augmentation du chômage ou de la baisse de compétitivité des entreprises… Pour toutes ces questions, l’industrie hôtelière est capable d’apporter des réponses positives et exemplaires. Il serait temps de se déterminer par rapport aux positions qui seront défendus par les candidats. Il y a des choix à faire pour relancer la construction de nouveaux établissements et favoriser le renouvellement de l’offre hôtelière ; des décisions à prendre pour garder le cap des réformes déjà lancées, comme le classement hôtelier et les mises en conformité ; des efforts supplémentaires en matière de promotion pour ne pas se laisser distancer par des pays plus dynamiques… La division entre petites entreprises et groupes hôteliers n’a plus lieu d’être puisque les unes et les autres sont en train de lier leur destin à travers la franchise ou les coopératives. Les politiques ont pêché par faiblesse coupable. Il faut leur suggérer fermement de reprendre la lorgnette à l’endroit et de se projeter un peu plus loin dans le futur, en regardant les pays qui ont décidé de faire du tourisme et des équipements hôteliers le fer de lance de la reprise économique. Si les Etats-Unis ont pris conscience du potentiel économique de leur tourisme, pourquoi le pays, avec ses partenaires européens, qui a su faire passer les commandes d’Airbus devant celles de Boeing n’aurait pas la même légitimité et le même succès ?
Georges Panayotis
Directeur de la Publication


