Les annonces de plans de développement des groupes hôteliers insistent tous sur la priorité accordée aux pays émergents. La conquête de parts de marché en Asie, en Inde, au Brésil et en Europe centrale mobilise les énergies, les partenariats et l’enthousiasme des développeurs. On ne peut pas reprocher aux groupes d’étendre leurs réseaux sur des marchés en forte croissance, mais pour autant, faut-il renoncer à de nouveaux développements dans les pays européens qui constituent le socle de leur activité ? Il faut reconnaître qu’on ne leur facilite pas la tâche et qu’il est tentant de contourner les difficultés en privilégiant le recrutement de franchisés déjà en activité. Ce grossissement des effectifs des enseignes n’apporte pas de capacités nouvelles et le transfert entre le parc de l’hôtellerie indépendante et celui des chaînes n’est pas une solution satisfaisante à long terme. La pénurie qui s’installe petit à petit, au fur et à mesure de la disparition des hôtels vieillissants, crée une situation confortable à court terme, mais tout aussi perverse. Elle va éviter une trop forte agressivité commerciale en période de crise, mais sans préparer l’avenir. Les marchés européens restent les plus solides en matière de trafic national et international. Ils vont bénéficier, comme c’est déjà le cas, des arrivées de nouveaux voyageurs poussés en dehors de leurs pays par la curiosité et le goût des affaires. C’est donc maintenant qu’il faudrait conduire une véritable offensive de l’offre, qui repose sur de nouveaux concepts, de nouveaux produits dans toutes les catégories hôtelières. En termes de construction, d’emplois et de revenus générés, l’apport d’une nouvelle offre hôtelière n’a que des avantages au moment où les autorités cherchent désespérément des moteurs de croissance.
Pour des raisons qui restent incompréhensibles à bien des égards, il n’y a guère que le secteur des résidences de tourisme qui profite pleinement des incitations à la construction neuve. Tant en France que chez nos voisins européens, la volonté politique affichée par des grandes municipalités d’étendre et de moderniser leur offre hôtelière n’est pas relayée par la libération du foncier, par des mécanismes incitatifs et par une véritable animation touristique de pôle. Ce ne sont pourtant pas les acteurs qui manquent pour saisir les opportunités. Les groupes français sont très bien placés avec une gamme revisitée de concepts hôteliers qui ont pris la mesure des changements de comportements et des adaptations technologiques. Comme pour le Rafale, techniquement reconnu comme le meilleur avion du monde, et bientôt sauvé de la faillite commerciale par l’Inde et les Émirats, faudra t-il attendre que les enseignes françaises et européennes couvrent les pays émergents avant de s’installer largement sur leur territoire légitime ? En début de quinquennat, le développement d’une nouvelle offre était un axe fort affiché de la politique touristique. Le résultat est plutôt décevant.
L’ambition a cédé le pas à la prudence pour ne pas trop déranger les soutiens électoraux. Une nouvelle équipe va-t-elle relever le gant d’une véritable stratégie touristique ?
Georges Panayotis
Directeur de la publication


